UNITÉ SPÉCIALISÉE DANS LES HÔPITAUX : Plaidoyer pour une campagne de sensibilisation

Une dizaine d'associations féminines et de syndicats plaident pour une campagne de sensibilisation nationale sur l'existence d'une unité spécialisée dans les hôpitaux destinée à accueillir les victimes de viol. Ils ont envoyé une lettre ouverte dans ce sens à la ministre de l'Égalité des genres, à celle de l'Éducation et à celui de la Santé et de la Qualité de la vie ainsi qu'au Commissaire de police.  

Ce protocole existe depuis 2006 dans les cinq hôpitaux nationaux de Maurice et un de Rodrigues mais « il tombe dans l'oubli », déplorent les représentants de certaines associations. Selon Rajni Lallah, du Muvman Liberasyon Fam (FAM), outre les victimes et le public en général, des membres du personnel hospitalier qui ont la responsabilité de le mettre en œuvre ainsi que des officiers de police ne seraient pas au courant de son existence. Par conséquent, les différentes associations signataires de la lettre et qui ont à cœur la cause des femmes victimes de violence sexuelle estiment qu'une campagne nationale de sensibilisation, comme tel est le cas pour des sujets d'intérêt national comme le chikungunya, doit être organisée. Ils estiment important que les gens sachent qu'ils peuvent aller directement à l'hôpital et qu'ils seront pris en charge tout de suite. Elles proposent ainsi des annonces à la télévision et à la radio de même que dans la presse écrite pour faire mention de son existence.
Les signataires de cette lettre demandent au ministre de la Santé et de la Qualité de la vie et au commissaire de police d'organiser une conférence de presse conjointe pour informer le public de leur droit d'aller directement à l'hôpital pour des soins après une agression sexuelle. Elles estiment que le personnel du ministère de la Santé, en particulier, les clerks et ceux qui ont la responsabilité de déclencher ce protocole dans les hôpitaux publics, doivent avoir une formation adéquate. Idem pour les officiers de police pour qu'ils puissent offrir cette possibilité aux femmes victimes de viol et de faire leur déclaration complète plus tard.
Dans cette correspondance, elles notent qu'après une longue lutte, en 2002, une unité spécialisée avait été instituée dans les hôpitaux Jeetoo et Candos sur une base pilote pour prendre en charge les femmes victimes de violence sexuelle. Cependant, elles sont tombées en désuétude parce que les principales concernées n'étaient pas au courant de leur existence et elles ont continué à subir « the calvary of Corps de Garde and Forensic examinations under police conditions. » « So, we again put pressure on the Authorities and this time around, as you are already aware, won the 2006 written Protocol », écrivent-elles. Et de relever que malgré cela, « we hear of women who have trailed from police station to police station », comme dans le passé. Ainsi, suite à une rencontre au sein de la Women international association (WIA) en avril dernier à Quatre-Bornes, l'idée de solliciter le gouvernement pour une campagne de sensibilisation nationale a vu le jour et après consultations, les autres associations et syndicats ont décidé de s'y associer.
Les signataires sont : WIA, MLF, Gender Links, Government Services Employees Association(GSEA), Comité Sport Féminine Rodrigues, Mauritius Alliance of Women (MAW), Confederation Travayer Sekter Prive (CTSP), Gender Empowerment Association (GEA), Association des Femmes Mauriciennes (AFM) et la Government Teachers Union (GTU).
 


Atténuer le traumatisme

Le protocole mis en place dans les hôpitaux du pays en 2006 donne la possibilité aux victimes de viol de s'y rendre directement au lieu d'aller faire une déposition au poste de police d'abord.
Une fois sur place, la victime se dirige vers le département Casualty et le Medical Records Officer a le devoir d'informer le Ward manager ou le Charge nurse du Casualty department afin que le nécessaire soit fait pour recevoir la victime dans un emplacement dédié et pour qu'elle puisse être examinée par un médecin. Les spécialistes concernés (gynécologues, psychologues ou Medical Social Workers) sont alertés. Le Police medical officer a pour tâche d'effectuer un examen médical et des prélèvements. Des traitements appropriés lui sont administrés. Une policière est mandée sur les lieux pour prendre sa déposition. Le ministre de l'Égalité des genres en est informé.
Au cas où la victime se rend dans un poste de police, elle est appelée à faire une déclaration dans les grandes lignes avant d'être conduite à l'hôpital qui, à son tour, enclenche le protocole. Ce n'est que plus tard qu'elle est appelée à donner sa version des faits.
L'existence de ce « fast track one-stop-at-the-hospital » change ainsi le rapport de forces qui existe en faveur de la femme où elle sent que la société prend soin d'elle et ne la violente pas une nouvelle fois, fait ressortir les signataires de la lettre envoyée à la ministre de l'Égalité des genres, à celle de l'Éducation et à celui de la Santé et de la Qualité de la vie et au Commissaire de police.  « It means the victim is not the guilty one. She already begins to speak about what happened - to all those around her in the healing atmosphere of a hospital - and as everyone knows, this diminishes the trauma of rape », précisent ces derniers.
Les cinq hôpitaux concernés à Maurice sont : Jeetoo, à Port-Louis, le Sir Seewoosagur Ramgoolam National(SSRN) Hospital à Pamplemousses, l'hôpital de Flacq, l'hôpital Jawaharlall Nehru à Rose-Belle et Victoria à Candos.