UNIVERSITÉ DES MASCAREIGNES : Des cours tenant compte des besoins du marché du travail

Combien de jeunes diplômés ne rencontrent-ils pas de difficultés à trouver une place sur le marché du travail aujourd’hui, certains se voyant réduits à effectuer des jobs bien moins rémunérateurs que ceux censés découler de leur formation. D’autres sombrent dans une déprime engendrée par le chômage. Bien des secteurs hier mis en valeur sont aujourd’hui saturés. C’est ainsi que l’Université des Mascareignes, selon son directeur, Radhakrishna Somanah, met l’accent plus que jamais sur l’employabilité des jeunes qui sortent de cette institution. Les cours dispensés, assure-t-il, tiennent compte des besoins du marché du travail. Outre les formations professionnelles permettant de nombreux débouchés, l’Université des Mascareignes se targue ainsi aussi de délivrer un double diplôme mauricien et français (de l’Université de Limoges). Reportage dans le cadre d’une journée portes ouvertes organisée jeudi dans ses deux branches à Roches-Brunes et Pamplemousses.

« La majorité des jeunes issus de notre université, je dirais même presque 100%, trouvent leur place sur le marché du travail grâce à une connexion très forte avec le secteur privé. Nous avons la collaboration de la MEXA pour un “dual training program”. L’étudiant fait trois jours ici et trois jours dans une industrie, et ce dès la première année » soutient le directeur de l’Université des Mascareignes, Radhakrishna Somanah. Le partenariat avec l’Université de Limoges (France) constitue, selon lui, un des points forts de cette institution. « Autrefois connue comme l’Institut supérieur technique, elle est connue depuis 2012 comme l’Université des Mascareignes. Au terme de leur licence, les étudiants décrochent un double diplôme mauricien de l’Université des Mascareignes et un autre de l’Université de Limoges. Ils peuvent donc par la suite évoluer dans des entreprises internationales. » Radhakrishna Somanah ajoute que « des représentants du secteur privé nous conseillent sur les cours que l’on devrait dispenser », avant de préciser être « très adaptable au marché ».
Actuellement, l’Université des Mascareignes, poursuit-il, se trouve à la croisée des chemins. « Nous sommes en train de revoir nos cours. Nous voulons nous spécialiser dans des licences employables. » L’institution travaille par ailleurs en ce moment sur un cours de licence professionnelle de traitement d’eau en collaboration avec l’Université de La Réunion, l’Université de Diego de Madagascar et l’Université de Limoges. « C’en est encore à un stade embryonnaire », précise pour sa part le doyen de la faculté d’ingénierie, Mangesh Demkah. Les deux responsables font par ailleurs voir qu’à l’avenir, « nous proposerons aussi des cours à la demande ». Ainsi, par exemple, « si la CWA fait une demande de formation, on pourra la dispenser pour une licence et, ensuite, la renouveler quand il y a une demande ».
Les papiers d’examens et le contenu des cours sont visés par l’Université de Limoges, selon le directeur. L’Université des Mascareignes compte quelque 500 étudiants à Roches-Brunes et 500 autres à Pamplemousses. L’inscription pour la nouvelle année universitaire en août a déjà débuté et durera jusqu’au 31 mai.
Lors de la journée portes ouvertes jeudi, les aspirants étudiants ainsi que leurs parents ont pu s’informer sur les divers cours ainsi que des facilités de prêt offertes par la SBM et la MCB pour le financement de leurs études. Pour une année en ingénierie, il faut ainsi compter environ Rs 45 000. Ceux en visite à la branche de Roches-Brunes, spécialisée en ingénierie, ont par ailleurs pu visiter les divers laboratoires où des étudiants présentaient leurs projets.
Axel Mallet est en première année d’ingénierie. Il veut être ingénieur en électromécanique. « J’ai choisi de venir à l’Université des Mascareignes parce que je n’avais pas les moyens d’aller à l’étranger. Ici, on a l’avantage d’avoir un diplôme mauricien et français, et j’habite tout près. J’aurai la possibilité d’aller travailler à l’étranger si je le souhaite après. » Le jeune étudiant a déjà eu l’occasion de faire l’expérience d’un stage de trois semaines dans une entreprise. « Cela m’a rendu plus responsable et m’a beaucoup aidé », reconnaît-il.
Dans un autre laboratoire, Kelvinah Ragoopathee, en deuxième année d’ingénierie électrique, est parmi les rares filles à poursuivre ses études dans cette filière. Ici, des initiatives aussi diverses qu’un projet photovoltaïque ou un robot détecteur de fuite de gaz sont exposés. La jeune femme se fait un plaisir de nous expliquer le projet sur lequel elle a travaillé avec un groupe d’amis : une villa intelligente. « C’est une maison dont on peut contrôler les lumières ou la climatisation des pièces à distance, à partir de son téléphone portable. » Pourquoi l’ingénierie ? « Je suis fascinée par la physique. Quand je suis venue pour la première fois lors d’une journée portes ouvertes, j’ai été enthousiasmée par l’accueil. En tant qu’étudiante, je suis bien encadrée ici. » Cette jeune habitante de Souillac ne s’ennuie pas avec les études d’ingénierie. « On travaille sur des projets innovateurs et on a la possibilité de faire des stages. J’ai effectué un stage à Omnicane l’an dernier et cela m’a donné plus de confiance en moi. J’ai fait des plans de tableau de distribution lors de mon stage et j’ai fait la programmation pour balancer le sucre. » Elle avoue qu’elle est parfois confrontée à des obstacles en tant qu’élément féminin dans le domaine. « Par exemple, chez Omnicane, j’ai été appelée une fois à escalader très haut, mais je me suis dit qu’il fallait que je le fasse. »
Augustin Fernando et Burtson Perrine, tous deux de Rodrigues, ont, eux, construit un robot détecteur de fuite de gaz. « Nous avons décidé de travailler dessus car des fois, dans de grands immeubles, il y a des faux plafonds et il peut y avoir des fuites de gaz. Le robot dispose de capteurs qui détectent le gaz. S’il détecte du gaz, une alarme se déclenche. Il y a aussi un capteur de température au cas où il y a un endroit auquel on ne peut accéder pour cause de toxicité. On peut alors envoyer le robot pour une première inspection. Le robot peut être piloté à distance par Bluetooth, jusqu'à une distance de 30 mètres, ou par Wi-fi, sur une distance illimitée. »
Nous faisons aussi la rencontre de M. Babet, premier lauréat du Lycée polytechnique Sir Guy Forget. Il est venu inscrire son fils au Lycée des Mascareignes pour des études en génie électromécanique. Travaillant aujourd’hui comme Commissioning and Installation Engineer pour une société taïwanaise et voyageant entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe dans le cadre de son travail, il estime qu’une « institution française pour des études techniques est idéale car, de nos jours, on apprend par cœur ». Or, poursuit-il : « L’enseignement français vous démontre comment arriver à une formule par des énoncés. Et l’accent est aussi mis sur le côté pratique. Tous mes amis qui ont été au lycée polytechnique de Flacq sont aujourd’hui bien placés. »