UNIVERSITÉ DE MAURICE : Une plateforme pour assurer la durabilité des études créoles

Cette initiative adoptée après la décision unilatérale de la direction de l’UoM d’arrêter les cours de Creole Studies cette année

Les étudiants du BA (Hons) French and Creole Studies de l’Université de Maurice ont organisé hier une demi-journée de réflexion sur la durabilité des études créoles au sein de l’institution. Ce thème, en lien avec celui choisi par l’Unesco pour marquer la Journée internationale de la Langue maternelle, est d’actualité pour ces étudiants de par la décision de l’UoM de supprimer les cours de Creole Studies pour la prochaine rentrée universitaire. Afin de mieux faire connaître la contribution de l’université et de ses étudiants dans les études créoles, une plateforme sera mise en place bientôt.

« Vers des avenirs durables grâce à l’éducation multilingue. » Tel est le thème choisi par l’Unesco pour marquer la Journée internationale de la Langue maternelle cette année. Les étudiants de l’Université de Maurice l’ont adapté en “Lavenir ek dirabilite etid kreol dan Liniversite Moris”. Le sujet est d’autant plus pertinent que l’UoM a décidé de ne pas offrir de cours en Creole Studies pour la prochaine rentrée universitaire.
Le Dr Arnaud Carpooran, responsable des études créoles à l’UoM, explique : « Il y a des nuages sur la créolité, mais ce n’est pas nécessairement mauvais. Cela nous permet de nous poser des questions et, surtout, de trouver des solutions pour que le problème ne se pose plus. » En revanche, ce qui dérange le Dr Carpooran, c’est l’absence de communication entre la direction et les chargés de cours. « Il y a eu comme un court-circuit. Ceux qui ont pris cette décision n’ont pas jugé utile de consulter ceux qui ont monté le cours et qui l’enseignent. »
Le Dr Daniella Police, qui a également contribué à la mise en place de ce cours, a réagi aux propos du Dr Carpooran en avançant : « Il ne s’agit pas simplement d’un problème de communication, mais d’un non-respect des procédures démocratiques. Il y a eu la démission de ceux responsables du fonctionnement de ces procédures démocratiques. » De manière plus globale, a poursuivi le Dr Carpooran, cette question d’études créoles concerne trois institutions, soit le ministère de l’Education, le Mauritius Institute of Education et l’Université de Maurice. « Ces trois instances sont inséparables et sont supposées communiquer entre elles. Or, dans le cas présent, le ministère a décidé de procéder au recrutement des enseignants de français et d’anglais pour enseigner le kreol morisien au secondaire. Le MIE a été sollicité pour leur offrir un “crash course” sur le kreol morisien. L’Université de Maurice, elle, qui forme les étudiants en Creole Studies, n’a pas été sollicitée. La communication a bien eu lieu entre le ministère et le MIE, mais pas avec l’université. J’espère qu’il ne s’agit que d’un ratage qui peut encore être rattrapé. »
Hier, c’était aussi l’occasion de revenir sur le combat des « créolistes » pour faire entrer le kreol dans le système éducatif. L’Université a été à l’avant-garde de cette initiative bien avant la décision d’introduire la langue maternelle comme matière optionnelle au primaire. Outre les différentes activités de partage et de réflexions organisées sur le campus à Réduit, trois chargés de cours, en l’occurrence le Professeur Vinesh Hookoomsing, le Dr Arnaud Carpooran et le Dr Daniella Police, ont fait partie de l’Akademi Kreol Morisien pour l’élaboration d’une graphie standard et de la grammaire, notamment.
Arnaud Carpooran rappelle que ce parcours des universitaires avec les études créoles a démarré il y a 17 ans. « C’était en 2000, juste un an après les émeutes qui avaient secoué le pays. À la Faculty of Social Studies and Humanities, nous avons pris cela comme une claque : quelle réponse avions-nous à donner à une telle situation ? Avec le soutien de Vidula Nababsing, qui était doyenne de la faculté à l’époque, nous avons démarré des sessions de “brainstorming”, qui ont abouti à un groupe de réflexion sur les études créoles. Il faut savoir qu’à l’époque, le sujet était tabou. »
Pour assurer la durabilité des études créoles à l’université de Maurice, les participants à la réflexion ont décidé de mettre en place une plateforme pour partager tout ce qui a été fait depuis 2000. « Nous ne savons pas encore quel type de plateforme nous allons mettre en place, mais c’est le seul moyen de mettre en évidence la contribution des étudiants de l’UoM. » Cette plateforme réunira les étudiants de Creole Studies – anciens et actuels – pour un partage de leurs expériences. « Nous voulons aussi mettre les ressources nécessaires à la disposition des intéressés pour l’avancement des études créoles », dit le Dr Carpooran.