Alors que l’Université de Maurice veut instaurer une nouvelle politique visant à permettre à ses Lecturers de dispenser 90 heures de cours par an dans d’autres institutions, sans avoir à verser un tiers des revenus à l’institution, cette décision prise au petit bonheur, sans aucune consultation avec les membres du personnel académique, risque d’être la source d’un cas de conflit d’intérêts. L’idée de cette nouvelle politique émane de l’Executive Committee de la University of Mauritius Academic Staff Union (UMASU), au sein duquel siègent les trois « Lecturers marron », sur qui l’ICAC enquête actuellement. Des chargés de cours à l’UOM déplorent le fait que la représentante du personnel académique du conseil, Preethee Gonpot, la cousine germaine d’un des « Lecturers marrons », n’ait pas déclaré ses intérêts personnels dans cette affaire avant d’aller de l’avant avec une telle proposition devant le conseil de l’UOM.
Depuis le début de l’année, l’Independent Commission against Corruption (ICAC) a initié une enquête sur le campus du Réduit en vue de mener la traque des « Lecturers marrons » et de démanteler un réseau de chargés de cours de l’Université de Maurice travaillant au noir au sein d’autres institutions tertiaires. À ce jour, trois chargés de cours – en l’occurrence Robin Sanassee, Boopen Setanah et Robin Nunkoo – sont dans le collimateur des enquêteurs de l’ICAC. Or, une décision prise il y a quelques jours au sein de cette institution pour apporter une nouvelle politique permettant aux Lecturers de travailler 90 heures par an dans d’autres institutions sans avoir à verser 33% de leurs revenus à l’UOM, n’est pas perçue comme une démarche tout à fait innocente dans le sens où ces trois Lecturers devraient se présenter dans les locaux de l’ICAC incessamment pour des explications. Cette nouvelle politique est en fait une proposition de la majorité du comité exécutif de l’UMASU, sur qui siègent Robin Sanassee, Boopen Setanah et Robin Nunkoo. Ce faisant, les trois principaux concernés, ainsi que la représentante du personnel académique sur le Council de l’UOM, Preethee Gonpot, dont le nom de jeune fille est Nunkoo et qui est la cousine germaine de Robin Nunkoo, ont été les seuls à avoir eu des consultations et des discussions sur cette nouvelle politique. Ce document, qui est toujours un mystère pour le personnel académique, a déjà été présenté au conseil et son approbation figure à l’agenda d’une réunion du conseil prévue ce jeudi.
Demande d’amnistie
Au sein de l’UOM, le personnel académique estime que des décisions ont été prises en catimini au profit de certains. « Il nous semble que l’UOM veut venir de l’avant avec cette nouvelle politique rapidement afin de pouvoir dire à l’ICAC que l’institution a désormais une nouvelle politique et que l’enquête peut être abandonnée », fustigent certains chargés de cours. Par ailleurs, l’ICAC est actuellement en présence d’une lettre « secrète », envoyée par l’UMASU au Staff Committee récemment, demandant l’amnistie pour tous les chargés de cours concernés par cette situation.
Cette lettre est déjà perçue par certains comme un « aveu de culpabilité ». Par ailleurs, d’autres craignent que cette nouvelle politique, permettant désormais à un chargé de cours de travailler 495 heures par an, donne lieu à une situation où le PRB ou la TEC viennent exiger des heures additionnelles de travail aux chargés de cours sans aucune rémunération supplémentaire. Actuellement, les chargés de cours font 270 heures de “face to face teaching” par an. L’UOM leur permet de faire 135 heures additionnelles en guise d’overtimes, ce qui est rémunéré. Or, avec la nouvelle politique, ceux qui le souhaitent pourront aussi faire 90 heures de plus dans d’autres institutions. « L’Université de Maurice a toujours été à court de revenu. Dans le futur, la TEC ou le PRB peut exiger qu’on fasse plus de 270 heures par an sans aucune rémunération en retour. Ils peuvent venir dire que si certains Lecturers peuvent travailler 495 heures par an, alors tout le monde peut le faire », déplore le personnel académique. Le campus dit ne pas comprendre comment ces chargés de cours, qui font actuellement l’objet d’une enquête de l’ICAC et qui sont sur le comité exécutif de l’UMASU, peuvent de façon aussi flagrante venir de l’avant avec une nouvelle politique « servant leurs propres intérêts » en sus d’être juge et partie à la fois. Cette situation de conflits d’intérêts, qui préoccupe plus d’un sur le campus, devrait d’ailleurs faire l’objet d’une motion demain à la fin d’une réunion de l’UMASU. Les membres comptent demander que les membres du comité exécutif de l’UMASU ayant un intérêt direct dans cette affaire doivent le déclarer et ne pas participer à aucune discussion en relation avec cette dernière.