VASANT BUNWAREE: « La population attend les nouvelles élections avec impatience »

Le leader du Mouvement Travailliste Mauricien (MTM) considère, dans une interview accordée au Mauricien, que la population attend les élections générales « avec impatience ». La raison principale est, selon lui, que les Mauriciens considèrent en général que sir Anerood Jugnauth et Pravind Jugnauth ont « conclu un deal sur leur dos ». Ce qui fait, dit-il encore, que si ce dernier est légalement Premier ministre, il ne l'est toutefois pas légitimement. À son avis, il n'est en outre pas impossible que le Premier ministre opte finalement pour des élections générales  plutôt que d'élections partielles.

On ne vous a pas beaucoup entendu parler de l'élection partielle prévue à Belle-Rose/Quatre-Bornes. Est-ce à dire que cette élection ne vous intéresse pas ?
Ce n’est pas vrai de dire que je ne suis pas intéressé. Je le suis. Nous faisons un travail au sein de mon parti. Il est toutefois intéressant de se pencher sur le contexte dans lequel cette élection intervient et la façon dont elle a démarré. J’ai créé le Mouvement Travailliste Militant en 2014 et il est important de situer le contexte dans lequel se produisent les problèmes dont nous sommes témoins depuis les dernières élections. Nous savons que la popularité du gouvernement actuel est au plus bas. Mais pour moi, la personne qui est responsable de la situation, c’est Navin Ramgoolam. S’il avait fait son travail comme il le fallait, alors qu'il était au pouvoir, et s'il n’avait pas introduit un projet de réforme constitutionnelle avec le MMM, qui a eu l’effet d’un coup de massue sur la tête des Mauriciens, nous ne serions pas dans la situation qu'on connaît aujourd’hui. En 2014, l’électorat n’avait pas de choix et l’histoire est témoin que l’électorat a toujours agi dans le non-sens, sanctionnant la politique préconisée par le Ptr et manifestant son mécontentement contre l’ancien gouvernement pour les nombreuses gaffes accumulées depuis 2012-2013. Il y a eu une mauvaise gestion de la chose politique, le parlement avait été paralysé. La population en avait ras le bol et a voulu éjecter l’ancien gouvernement du pouvoir. Ce qui fait que l'Alliance Lepep a obtenu le pouvoir sur un plateau.
Toutefois, depuis l’arrivée du nouveau gouvernement, la population est allée de déception en déception. L’espoir qui avait surgi dans l’esprit des Mauriciens s’est graduellement évanoui. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation où la population attend avec impatience de nouvelles élections générales afin de redresser la situation.

Vous connaissez Roshi Badhain, qui est un parent proche. Est-ce que sa démission était justifiée ?
Non, je ne le pense pas. Maintenant qu'il a démissionné, une élection partielle est obligatoire parce que la démocratie exige que lorsqu'une personne démissionne, il faille la remplacer. Cette personne qui sera élue, elle sera appelée à faire quoi si ce n'est que de représenter la circonscription. Moi-même j'ai fait mon entrée en politique après avoir été choisi comme candidat à une élection partielle dans la circonscription No 12 après la démission de Lutchmeeparsad Ramsahok, en 1986. La popularité du parti au pouvoir, dirigé par sir Anerood Jugnauth au moment de ma désignation, était estimée à pas plus de 10 ou 12%. Après le lancement de la campagne dans laquelle j'avais jeté tout mon poids, la confiance dans le gouvernement revenait graduellement. Mais à un certain moment, sir Anerood Jugnauth, voyant que la situation commençait à tourner en sa faveur, a décidé de ne pas organiser d'élections partielles pour aller directement aux générales. Rien à ce stade ne dit que le gouvernement actuel ne contemple pas cette éventualité.  

Vous pensez donc que nous allons vers des élections générales plutôt que partielles ?
Je ne peux pas l'affirmer avec certitude, mais c'est une des options dont dispose le gouvernement. Cette élection partielle est pour le moment caractérisée par une division de l'opposition. Vous me demandez pourquoi je ne m'engage pas, mais les partis de l'opposition se battent en eux pour le moment et je ne veux pas venir envenimer cette situation. Cela ne veut pas dire que nous ne sommes pas prêts à présenter un candidat. D'ailleurs, nous disposons d'un candidat qui, à notre avis, répond à tous les critères de cette partielle.

Quel est donc le profil idéal pour cette élection ?
Il ne faut pas mal me comprendre parce que cette élection permet de donner un avant-goût de ce qu'un parti peut faire pour le pays. La première qualité est qu'il doit être jeune. Il doit être professionnel. Je ne suis pas communal, mais puisque c'est un parlementaire hindou qui a démissionné, le candidat devrait être de la même communauté dans les circonstances actuelles. Je pense également que le candidat doit être une femme. De telles valeurs que je considère comme idéales s'inscrivent dans le respect du principe que nous préconisons. Je dois préciser toutefois que je travaille en collaboration avec Xavier-Luc Duval. Il a déjà désigné son candidat et je le respecte parce que je reconnais également qu'il n'est pas facile de trouver un candidat répondant exactement à tous ces critères.

Roshi Badhain et même Alan Ganoo soutiennent l'idée d'un candidat unique de l'opposition. Qu'en pensez-vous ?
Je ne crois pas que cela soit nécessaire. Au contraire, le gouvernement aurait dû également participer. Cela constitue pour le moment une anomalie. Le gouvernement semble vouloir s'asseoir et regarder les partis de l'opposition se déchirer entre eux. Mon point,  c'est que si on présente un candidat unique de l'opposition est de savoir ce qui se passera après. Il y aura un député élu, même si personne ne fait pas campagne. Si on présente un candidat unique, cela peut projeter l'image de la pratique d'une pensée unique à Maurice.

Même si la campagne électorale devient par exemple un référendum contre le métro ?
Non, la campagne doit être bien plus large que cela. Vu de l'angle de Badhain, je comprends sa situation. Il  a sa façon de voir la politique. Ce qui n'est pas nécessairement juste et ne correspond pas à ce dont Maurice à besoin. Il est jeune et doit comprendre qu'il se heurtera à des obstacles et “pou gagn cogne”. Toutefois, il ne faut pas que Maurice sorte meurtrie. Le métro ne concerne pas uniquement Quatre-Bornes. Pourquoi est-ce juste Quatre-Bornes qui devrait porter le poids de cette décision ? Laissons-le faire sa campagne, mais la population de Quatre-Bornes n'est pas dupe et lui donnera sa réponse.

C'est donc une occasion pour que les partis se préparent à une élection générale ?
Pour les partis qui peuvent s'entendre ensemble, oui. Comme dans notre cas, nous nous entendons avec le PMSD. Cela ne veut pas dire que nous avons fusionné, mais le courant passe bien entre nous.  Qu'est ce qui s'est passé en 2014 ? Un groupe de partis a fondé l'Alliance Lepep sans aucun programme précis. C'est la raison pour laquelle ils n'arrivent pas à respecter leur promesse et font ce qu'il ne faut pas faire.
Pour Maurice, les partis qui souhaiteraient travailler ensemble doivent ouvrer sur un projet de société commun. Au MTM, nous avons déjà commencé à travailler sur un programme et nous proposons entre autres un minimum social familial. Le salaire minimum ne résout pas tous les problèmes de la misère. Il s'agira d'étudier les revenus et les dépenses d'une famille et ses besoins avant de fixer une moyenne minimale.

Pensez-vous que, dans la situation actuelle, il vaudrait mieux qu'il y ait des élections générales ?
Le Premier ministre doit comprendre qu'il est illégitime, même s'il n'est pas illégal. Je l'ai dit dès le départ. Tout le monde sait que le leader du MSM, après SAJ, serait Pravind Jugnauth. Ce qui exaspère les gens, c'est que cette question n'a pas été suffisamment débattue par la population et tout le monde a été mis devant le fait accompli. Si on avait expliqué que SAJ, en raison de son âge, ne pouvait pas continuer avec ses responsabilités, etc., cela aurait été clair depuis le début. C'est pourquoi nous considérons que Pravind Jugnauth est un Premier ministre illégitime. Je dois dire que les parlementaires de l'opposition n'ont pas réussi à secouer cet édifice illégitime. Aujourd'hui, Pravind Jugnauth a été “légitimisé” à ses fonctions par l'attitude de l'opposition à son égard.

Qu'auraient-ils pu faire ?
On s'adresse à lui aujourd'hui comme “Honorable Prime minister”, comme s'il était le Premier ministre légitime.

Pouvaient-ils faire autrement ?
S'ils l'avaient présenté comme “the most illigimate Prime minister”...

Ce qui aurait été antiparlementaire...
On aurait trouvé une autre formule, sans prononcer le mot “Prime minister”. On aurait pu dire “Honorable Pravind Jugnauth”. Mais il est trop tard et il a déjà été “légitimisé”. À mon avis, si on avait voulu frapper un grand coup, on aurait pu annoncer la démission de tous les membres de l'opposition. Je ne pense pas que le gouvernement aurait pris le risque d'organiser des élections partielles. Il aurait été forcé d'organiser des générales.

Le parlement vient d'entrer en vacances après trois mois de travaux parlementaires en direct. Que retenez-vous de la qualité des travaux ces derniers mois ?
La qualité des travaux parlementaires et le niveau des travaux ont été, et je suis triste de le dire, en dessous de la moyenne. Certaines personnes ont fait correctement leur travail. Mais le langage utilisé, les gestes indécents et les scènes dont nous avons été témoins n'ont jamais été vus dans les annales parlementaires. La couverture en direct des travaux parlementaires a été une bonne chose. Tant mieux pour la démocratie. Les parlementaires auraient dû faire un effort et agir avec une plus grande maîtrise. Peut-etre qu'il faudrait une formation régulière.

L'opposition reproche à la Speaker de ne pas être à la hauteur.
Elle donne l'impression qu'elle ne peut oublier l'attachement qu'elle avait avec son ancien parti. Il est vrai que c'est un membre d'un parti qui a été nommé à cette fonction. Harilall Vaghjee était un travailliste. Il est devenu Speaker mais, jusqu'à aujourd'hui, tout le monde, même ceux qui étaient dans l'opposition, ont un respect pour lui. Cela demande une force de caractère et la foi dans le travail que vous faites. Cela demande une maîtrise de soi. Si on ne l'a pas, on peut apprendre. Il faut faire un travail sur soi et arriver à se changer car le parlement concerne tous les Mauriciens.

Que pensez-vous de la performance du gouvernement ?
Il serait injuste de dire que sa performance est nulle, bien qu'on ait cette impression. Cela est dû au nombre de scandales dont on a été témoin, de même que de la corruption, du non-respect des valeurs et de l'éthique... Malgré tout ce qu'on a entendu de la commission d'enquête sur la drogue, Gulbul est toujours en place. Il aurait dû avoir soumis sa démission de son propre gré de la GRA et de la LRC sans attendre que le Premier ministre le fasse. Chacun aurait dû prendre ses responsabilités et “step down”. Les principaux concernés ne se rendent pas compte qu'avec les moyens modernes de communication, le monde suit tout ce qui se passe à Maurice. Certains nous prennent en exemple et comme guide et ce qu'ils voient à la télévision n'est pas très réjouissant.

Le gouvernement a annoncé qu'il ira de l'avant avec le métro. Que pensez-vous de ce projet ?
Je ne crois pas que ce sera une solution au problème de transport. Les embouteillages dont on parle à l'entrée et à la sortie de Port-Louis durent une heure et demie le matin et le même temps l'après-midi. Qu'est-ce que le métro fera durant la période creuse ? Je ne dis pas qu'il ne faut pas de métro. J'étais ministre des Finances et il y avait un projet de ce genre à l'étude. On avait à l'époque mis plusieurs comités pour se pencher sur ce dossier. Le gros problème reste le tracé. Le problème est à Quatre-Bornes, parce que l'ancienne voie ferroviaire a été utilisée pour des constructions urbaines. Maintenant, le gouvernement veut aller très vite parce qu'il a obtenu des financements de l'Inde. Or, ce pays veut financer des projets de valeur. Sauf qu'ils ne pourront pas utiliser le trajet du métro comme annoncé. Je ne pense pas que la fréquence des trains soit un problème. Le projet n'a pas été bien travaillé. On aurait dû impliquer tout le monde, faire des assises et laisser toutes les parties prenantes s'exprimer. Cela a été le cas pour le Nine-Year Schooling par exemple.

Parlez-nous en ?
Ce projet est inévitable. C'est la tendance au niveau international. C'est la raison pour laquelle je n'ai jamais été d'accord avec Kailash Purryag sur cette question. Ce système est souhaité avec insistance par les organisations internationales, comme la banque mondiale et le FMI. Nous l'avons préparé, j'ai laissé un schéma en 2014 et le nouveau gouvernement est venu avec un autre. On n'a qu'à comparer les deux. On verra alors que tout ce qui se fait actuellement – que ce soit la formation des enseignants, les “supports teachers”, la nécessité d'avoir deux enseignants dans une classe – se trouvait déjà dans mon schéma initial. Je constate qu'ils vont dans cette direction avec un ou deux enseignants supplémentaires dans chaque école pour s'occuper des enfants qui ne peuvent suivre le programme du “mainstream”. Il faut qu'il y ait des équipements appropriés. Toutefois, il y a un problème qui risque de faire capoter tout le projet. Tout le monde était d'accord avec l'abolition du CPE, qui était le nerf du problème, avec tout ce que cela représentait comme pression sur les enfants, les leçons privées, etc. Nous étions d'accord pour remplacer le CPE par un simple examen au niveau de la 6e, comme c'est le cas pour les classes précédentes, et l'enfant devait poursuivre jusqu'à la Form III. Or le résultat du PSAC, qui a remplacé le CPE, est utilisé comme un des critères pour choisir l'école secondaire. Sauf que contrairement au CPE, le choix des parents est limité géographiquement. Avec pour résultat que pour avoir un bon collège, il faut avoir de bons résultats au niveau du PSAC. Ce qui veut dire que la compétition se poursuit et que les leçons continueront de plus belle alors que le choix a été réduit à 20 collèges, contre quelque 80 collèges auparavant.
 
Vous parlez souvent du PTr. Est-ce que vous regrettez d'avoir quitté ce parti ?
Pour être franc, je ne peux pas dire non. La famille Bunwaree a traditionnellement été travailliste à l'époque de l'indépendance. Je parle du vrai travailliste. Aujourd'hui, c'est le MTM qui représente le vrai travaillisme. C'est le seul parti qui fait un dépôt de gerbes le 23 février au Champ de Mars pour commémorer le lancement du parti par Maurice Curé. Notre action politique s'inspire pleinement de la phrase de Maurice Curé : « J'ai choisi la lutte et non la fortune. »

Que feriez-vous si vous aviez l'occasion de retourner au PTr ?
J'ai un parti structuré maintenant, et présent dans toutes les circonscriptions. Je suis ouvert au dialogue. S'il s'agit de faire quelque chose de bien pour le pays à travers un système étendu... Je crois que les  travaillistes doivent faire leur examen de conscience. Aujourd'hui, j'entends Ramgoolam critiquer Badhain et Soodhun, etc. Or, il a lui-même commis les pires gaffes alors qu'il était au pouvoir.

Que pensez-vous des propos de Soodhun ?
Soodhun est un hors-la-loi. Je pense qui fait à Pravind Jugnauth perdre le maximum de points possibles. Ce dernier aurait dû réagir très vite.
 
Comment voyez-vous l'avenir de Maurice ?
Je crois dans la chance de Maurice. Il faut toutefois que nous puissions ratisser large dans les idées nouvelles. J'espère que la population saura choisir les bons éléments qui émergent. Une fois élus, ces derniers devront savoir ce qu'il faut faire pour mener le pays dans la bonne direction.