Vers « la compagnie aérienne la plus prisée d'Afrique »?

L’histoire retiendra les cent jours du nouveau CEO d'Air Mauritius, qui n’aurait pas trouvé le temps de rencontrer son personnel et les représentants syndicaux de la compagnie nationale d'aviation. Cependant, il a su dégager du temps pour un exercice de communication à travers un titre de presse multimédia. Celui à qui est attribué de strictes directives peu après sa prise de fonctions – envoyées à l'ensemble du personnel de ne pas s'engager à travers des déclarations à la presse – semble être devenu adepte du «  faites ce que je dis, mais surtout pas ce que je fais... », cela commence bien. Ce faisant, ne contredit-il pas lui-même en premier ses directives? « L'exemple ne vient-il pas d'en haut ? », comme dirait l'autre.
Par ailleurs, les évènements étaient inscrits sur les murs depuis longtemps; entretemps a éclaté la subite « épipolotie » de gastroentérite, clouant au sol plusieurs pilotes affectant par là même plusieurs vols internationaux et laissant sur le carreau un millier de passagers pris au dépourvu...
Une lettre ouverte (au président d’Air Mauritius) de Michel G.A. Bourgeois, commandant de bord long-courrier et naturalisé mauricien, vaut peut-être mieux par les temps qui courent. L'auteur, dont l’article figure dans la dernière édition de Week-End,  met le doigt sur la plaie béante et purulente, presque nécrosée. Au moins, lui, contrairement au commandant Patrick Hofman, ne court pas le risque d'être expulsé manu militari sans autre forme de procès. Mais attention quand même, mon commandant! Certains peuvent avoir la main lourde sur le manche à balai, les moutouk de service…
Voilà qui en dit long sur la cohérence des discours appelant les compétences internationales de haut calibre et de haut vol en l'espèce, de venir projeter notre pays dans la catégorie des économies à haut revenu. Tu parles et on te vire comme un ‘malpropre’. De quoi rassurer les investisseurs et autres philanthropes qui ont tout sauf froid aux yeux? Il faut aussi saluer la sortie, contrainte et forcée, du nouveau CEO pour sa déclaration urbi et orbi face à la presse, aux caméras et au monde avec les compliments d'internet et des réseaux sociaux. Et on se permet même de reprendre les journalistes lui posant des questions… En fait, cette sortie publique mériterait une analyse de contenu qui en dit long sur le personnage, cowboy solitaire dans le domaine aéronautique jusqu'au mois de juillet, qui a même fait quelques essais dans le secteur privé mauricien ainsi qu'au niveau de la compagnie nationale d'aviation.
Dans le premier exercice médiatique ciblé, tournant autour d'un salon commercial, il n'aborde aucunement les questions relatives aux attentes et aspirations du personnel de la compagnie d'aviation, ceux-là mêmes qui, bon an (et surtout) mal an, au gré des turbulences et turpitudes générées par un interventionnisme politique de tous les instants, se sont vu offrir une
pitance à l'occasion du jubilé d'or du Paille en Queue, et que ce grand élan de générosité était soumis aux coupes et ajustements de toutes sortes... Dans une société de service, il se soucie plus du prix du carburant que du bien-être de sa matière première essentielle et vitale : les femmes et les hommes qui permettent aux avions de voler, de décoller et d'atterrir en toute sécurité, en assurant le service quotidien sur les nombreuses destinations desservies par la compagnie. C'est donc la tête dans le viseur des cours du pétrole, et non pas en dialoguant avec son personnel, pilotes, mécaniciens, ingénieurs, hôtesses et stewards que le boss compte galvaniser ses troupes qu'il a, à ce jour, superbement ignorées et évitées.
Grâce à l’obsession des économies, il avance même qu'il souhaite 'se rapprocher des clients parce que nous voulons leur offrir des services personnalisés'. Son quatrième objectif, c'est lui qui le dit,« concerne l'effectif d'Air Mauritius... » Tout un programme. De son siège éjectable, à la merci des coteries politicardes qui minent le quotidien de la compagnie, du tréfonds de ses couches sédimentaires de dumping politique datant d'un demi-siècle, le chevalier sans peur et sans reproche, sorti de l'ombre solitaire de sa vie antérieure, se retrouve à la tête d'un monstre à multiples têtes, se sent pousser des ailes et se rapproche dangereusement des rayons calorifères qui provoqueraient sa chute. Et que dire des tristes et dramatiques évènements à la fin de la semaine dernière, avec du jamais vu comme pagaille à la suite de la gastro-entérite contagieuse au point d'affecter d'un coup plusieurs pilotes et provoquant la mise à pied immédiate de trois d'entre eux.
Sans même attendre les findings de l'enquête annoncée avec le doigt vengeur et la tête en mode crête de coq de combat. Pourquoi et à quoi bon d'ailleurs s'en embarrasser? Des renifleurs du PIO se mirent derechef en mode ‘sniffer’ sur la trace de deux d'entre eux pour les virer comme des ‘malpropres’. Et puis finalement, le psychodrame tombe sur un os : injonction intérimaire émise par un juge en chambre. Ultime rempart s'il en est dans ce pays en proie aux mamelouks inspirés des mains sales des sbires de papa et bébé doc. Voilà qui est en phase avec le souhait du petit chef pour atteindre son objectif et propulser notre porte-drapeau aérien comme « la compagnie aérienne la plus prisée d'Afrique ».