L’élection partielle dans la circonscription Belle-Rose/Quatre-Bornes avait pour but d’élire un nouveau membre du parlement en remplacement de Roshi Bhadain après sa démission et, de l’avis général, se présentait également comme une primaire parmi les partis de l’opposition dans la perspective des élections générales. Elle aura tenu toute sa promesse. Saluons d’abord les 23 112 électeurs sur 42 052 inscrits qui ont bravé l’indifférence, la peur, le risque d’être considéré comme un partisan de l’opposition donc anti gouvernemental et qui ont fait leur devoir citoyen et votant en leur âme et conscience. Même si le taux d’abstention est considéré comme élevé, le taux de participation a dépassé la barre fatidique de 50 % des électeurs inscrits pour avoisiner 55 %. Les gens sont libres désormais d’interpréter cette démarche comme ils le veulent, y compris que 55 % des électeurs de la circonscription N° 18, présentée comme la vitrine de l’électorat mauricien, se sont prononcés contre la politique gouvernementale durant ces dernières années. Le gouvernement aurait tort de minimiser les résultats mais devrait au contraire les accueillir comme un avertissement et agir en conséquence.

Laissons le soin aux partis politiques et aux autres candidats de faire une analyse détaillée des résultats et de leur campagne qui a préparé l’élection du 17 décembre. On ne peut nous empêcher de constater qu’à première vue l’ampleur de la victoire d’Arvin Boolell sur celle arrivée en deuxième position, Nita Juddoo. Il a remporté 7 990 voix, soit une avance de 4 729 voix sur la candidate du MMM. Paul Bérenger attribuait hier cette avance au taux élevé d’abstention, à la personnalité d’Arvin Boolell, à un report d’un certain nombre de votes du MSM sur le candidat travailliste, à la présence de trois candidats de la gauche (Bizlall, Diolle et Parapen) et au cafouillage qui avait caractérisé le début de la campagne de son parti. La vérité, c’est que ce parti paie encore le prix de la division qui l’a marqué durant ces quatre dernières années avant et après les dernières élections générales. Le revival de son parti se fait péniblement. Le flou quant à la présence de la candidate Nita Juddoo à Quatre-Bornes lors des prochaines élections générales et la méfiance et le manque de confiance de l’électorat face aux annonces répétées que le MMM ne conclura aucune alliance avec le MSM et qu’il ira seul aux élections ont aussi contribué à la performance de ce parti.

Le MMM peut toujours se consoler de se retrouver à la deuxième place. Ce qui n’est pas une moindre affaire et permet d’espérer qu’il peut améliorer sa performance à l’avenir à condition de prendre les bonnes décisions.

Les dirigeants du Parti travailliste ont été les premiers surpris par l’ampleur de leur victoire. Ils avaient misé sur une avance de quelque 1 000 à 1 500 voix sur le MMM et estimaient le potentiel de ce parti à 26 % des suffrages. Ce qui explique que les rouges avaient jeté tout leur poids dans les efforts visant à faire sortir leur électorat traditionnel dimanche après-midi de manière à maintenir une marge de sécurité de l’ordre de 55 % dans certains centres comme Louis Nellan. Leur stratégie semble avoir dépassé leurs espérances. Leur plus grande satisfaction est que leur base traditionnelle est toujours là et a répondu présent aux sollicitations.

Le plus heureux parmi les perdants est sans aucun doute Jack Bizlall du Mouvement Premier Mai. Non seulement il occupe une quatrième place honorable mais il n’a pas perdu sa caution. Ce qui l’autorise à avoir une voix au chapitre dans les affaires du pays mais lui permet aussi de se positionner comme une force alternative au niveau de l’opposition extraparlementaire.

Le grand perdant de cette élection est Dhanesh Maraye dont la performance a été nettement en dessous des espérances des dirigeants du PMSD. Si l’essoufflement de ce parti vers la fin de la campagne était apparent, personne ne s’attendait à ce qu’il connaisse une telle débâcle. Le PMSD est perçu désormais comme un parti d’appoint condamné à une alliance électorale pour les élections législatives.

La plus grande désillusion, elle, a été celle de Roshi Bhadain du Reform Party qui avait provoqué l’élection partielle. Il était convaincu jusqu’à la dernière minute d’une victoire avec une avance de 2 000 voix. En quelques mois, il est passé de la fonction de ministre influent à un simple citoyen. Désormais tout est à refaire pour lui.

L’élection terminée, il est évident que l’opposition redoublera d’efforts pour forcer les élections générales anticipées. Le plus important reste la situation économique du pays qui, à la lumière des derniers rapports du FMI, mérite une attention urgente.

En attendant, nous souhaitons joyeux Noël à tous les Mauriciens.

Jean Marc Poché