Le jugement, tant attendu, dans l'affaire du Gagging Order contre deux groupes de presse est tombé. La liberté de la presse de publier ce qu'elle considère utile, pertinent ou nécessaire à l'information du grand public, est ainsi sauvegardée, sinon réaffirmée.
Le juge soutient que Nandanee Soornack « can have no reasonable expectancy of privacy in respect of all aspects of her private life ». Une telle observation devrait susciter une réflexion ou un débat élargi sur la question vie privée / vie publique. La frontière entre le privé et le public n'est pas facile à tracer ; elle est le plus souvent en mouvement, et le public et le privé se situent dans une relation d'interdépendance. Les deux espaces, occupés dans un passé pas trop lointain, respectivement par les femmes et par les hommes, sont en mouvance, en mutation, en transformation, en remise en question par les principes d'égalité des genres, de la liberté de la presse et de la protection des mineurs. Cette frontière se déplace constamment.
Où commence la vie publique et où s'arrête la vie privée ? La problématique est d'autant plus complexe car souvent les protagonistes jouent sur les deux registres. Ils soufflent, pour employer une phrase populaire, sur le chaud et le froid. C'est avant tout – ne soyons pas dupes ! – une question de leur intérêt, à court ou à long terme. Le processus de « publicisation » de privé n'est pas sans intérêt, soit politique, soit pécuniaire. A contrario, le recours à la « privatisation » du public peut cacher des transactions pas toujours correctes, selon les critères établis dans un état de droit. On s'enrichit et on enrichit ses amis au détriment de la société. La « res publica » devient la « res petita ». C'est pour ces raisons qu'on doit débattre publiquement et légitimement de certaines questions, relevant, à priori, du privé.
Et des fois, comme tel est le cas qui fait la une des journaux depuis décembre dernier, cela commence par Nandanee Soornack qui après avoir déclenché la tempête, cherche par tous les moyens d'arrêter l'orage et le cyclone. Dans un lieu public, au cours des élections municipales, cette dame affichant fièrement et légitimement les couleurs de son parti politique, s'offusqua et prit à parti un agent d'une formation politique adverse qui essayait de lui prendre en photo, avec son portable. Furieuse, elle arracha le portable et, qui plus est, aurait ajouté « ou kone ki sann la mo ete ». Cette instrumentalisation de sa personne, de son identité, a ouvert « un droit de suite » à la presse. La réaction ne se fit pas attendre - des journalistes, presque à cœur joie, se mirent à la recherche de « ki sann la li ete » et jour après jour, de long en large, les deux journaux qu'elle avait cherché à museler, fouillèrent sa vie privée et publique et souligna habilement les interconnexions, les interdépendances. Article après article, les journalistes s'évertuèrent à démontrer comment les cercles des deux sphères, celle du privé et du public, se recoupent, s'entrecroisent, jusqu'au point de gommer toute ligne de démarcation.
Certains journaux et magazines « people » font de la vie privée des hommes / femmes dans la politique, un show-business entre autres, et avec leur consentement tacite ou explicite, leur fonds de commerce. Les émissions de télé-réalité sont édifiantes. Les participants racontent publiquement, sans censure et sans pudeur, leurs problèmes intimes, qui ne doivent, à priori, intéresser grand monde. Cependant, ces histoires se vendent bien et remplacent l'information sur les problèmes de société, qui peuvent déranger le train-train quotidien. Le « publicisation » de la vie privée peut aussi se faire de façon plus subtile, par exemple, quand un journaliste se contente d'écrire sur telle ou telle personne en se limitant à ses goûts culinaires, vestimentaires, ses loisirs, ses passe-temps favoris et j'en passe. Chez les « people », le vécu s'expose et se profane.
Les blogs et les réseaux sociaux empiètent davantage sur cette ligne de démarcation entre le privé et le public. Qui ne se souvient du fameux tweet privé de Valérie Trierweiler, la compagne du président de la république française qui avait soulevé une grande polémique sur les frontières, entre le public et le privé. Quand on ouvre la boîte de Pandore, on prend le risque qu'elle nous claque sur les doigts si on veut la refermer !
La frontière entre le privé et le public continuera à se déplacer mais les grandes mutations arriveront quand la « res publica » sera au centre du débat politique. Le privé est politique, les féministes avaient vu loin et tout semble montrer que ce slogan est politiquement correct.
Vie privée - vie publique, le débat est relancé.
Commentaires
Je dirais que lorsqu'on fait de la politique, on choisit soi-meme une vie publique. Des lors, on doit s'attendre a ce que les details de sa vie soient disseques, d'autant plus que, dans le fondamental, lorsqu'on choisit d'etre politicien(ne)on est suppose etre un modele en quelque sorte. le citoyen ordinaire ne peut esperer que ses vertues soient publiees dans la presse. Les vertues de l'homme public sont publiees dans la presse, alors on doit reconnaitre a cette meme presse de mettre a nu ses defauts. C'est de bonne guerre. Dans le cas qui nous preoccupe, on ne doit meme pas se lever de bonne heure pour rechercher les multiples defauts de cette personne at les passe-droit dont elle a beneficie de par son appartenance politique. Alors pourquoi s'etonner que la presse en fasse mention, d'autant plus qu'elle a eu droit a de multiples faveurs au detriment peut-etre des plus meritants qui n'ont pas de "piston" politique.
Elle a crache en l'air en disant "ou conne qui mo ete?". Cela lui est retombe sur la figure et il faut maintenant qu'elle et ses protecteurs en fassent les frais. J'espere seulement les gens se souviendront de cette affaire en faisant exercice de leur droit de vote.
Pas si sûr! Car il est dommage que certaine organisation comme la Voice-of-Hahahihi est en train de réveiller l’émotion communal, en accusant les deux groupes de presse de vouloir attaquer une communauté particulière. Et dans certain milieu ça prend. Comme parmi ceux qui ne regardent que notre TV dite nationale, ou qui ne lisent que certaine presse la moins chère…
Et pourtant, si leurs raisons dominaient leurs émotions, ils/elles auraient dû se rendre compte que tout Mauricien ou toute Mauricienne de n’importe quelle communauté a le droit de réussir (quelle que soit la définition de réussite), pourvu que se soit à la sueur de son front…. Mais pas d’autre partie de l’anatomie !
M. Monish,
Je veux etre plus optimiste que vous. Certes, les VO ?? et les autres scelerats du genre sont en train de reveiller le demon communal,parce qu'ils ne connaissent d'autres arguments. Mais j'ose esperer que le mauricien n'est pas si cretin que cela. La colere gronde profondement contre le pouvoir en place et les VO?? sont en train de traiter les symptomes superficiels qui sont sur le tip de l'iceberg. Ils ne se douteront jamais de l'etendue du mecontentement qui sommeille parcequ'ils ne sont pas a l'ecoute des gens. Ils emettent dse FATWAS a partir du confort de leurs bureaux. Facebook et les radios privees sont autant de temoins du mecontentement.
Souvenez-vous de 1983. Le parti travailliste pensait pouuvoir encore une fois berner le peuple en distillant le communalisme. A la cle il y avait un cinglant 60-0
Quand c'est la VOH qui parle, c'est du communalisme. Quand c'est le Pere Gregoire qui parle, c'est la parole de Dieu...hahhaha. Vous me faites marrer!
Only a blind fool will fail to understand that it is the so-called independent press which is showing hatred towards the H community. And it is normal that assiciations of the H community react. This bad role of the press is not weakening the Ramgoolam GM at all. The country is moving forward, and the 2015 election will be a formality for Navin with a stronger list of candidates than in 2010, and mega-projects underway and already completed (airport, new roads, metro-leger).