Langue millénaire, l’hindi est considéré comme la mère de toutes les langues indiennes. Dans certains pays, c’est une langue oubliée. Pourrait-on et devrait-on le faire revivre ? C’est sur ce thème que se pencheront les 2 000 délégués qui participeront aux travaux de la 11e conférence internationale sur la diaspora indienne du 18 au 20 août au centre swami Vivekananda à Pailles.

Pour Vinod Kumar Mishra, le secrétaire général de la World Hindi Secretariat, il est important de trouver les moyens nécessaires de maintenir, protéger et défendre cette langue. Après 1976 et 1993, Maurice sera la capitale de l’hindi, le temps de la conférence. Selon notre interlocuteur, l’hindi aura bientôt un statut officiel aux Nations unies et un “road map” a déjà été défini, mais les Nations unies devront amender certains statuts.

Sushma Swaraj, ministre des Affaires de l’Inde, l’invitée d’honneur à cette conférence, sera au pays le 17 août. Voici l’essentiel de l’entretien qu’a accordé au Mauricien en hindi et en anglais Vinod Kumar Mishra.

l Quels sont les objectifs de cette conférence ?

— La décision d’organiser la troisième édition de la conférence internationale sur la langue hindi a été prise à Bhopal en 2015. Maurice, comme l’Inde, est le pays de la coexistence pacifique et les Mauriciens comme les Indiens veulent avant tout marcher vers l’unité. Malgré les injustices sociales, les travailleurs indiens venus à Maurice en 1832 ont défendu la cause de l’hindi avec ardeur. Et la riche littérature mauricienne donne une idée suffisante du talent des hommes de lettres mauriciens dont Abhimanyu Unnuth et Madhukar Bhagat.

Cette conférence placée sous le thème de l’hindi au niveau global et la culture indienne (Vishwa Hindi Aur Bharatiya Sanskriti) est aussi déterminante pour l’entrée de l’hindi aux Nations unies. Cette conférence de trois jours verra la participation des écrivains, des journalistes et des éducateurs reconnus. Le ministre des Affaires étrangères, Sushma Swaraj, accompagné des ministres V.K. Singh et Kiran Rijigu, arrive le 17 août avec une délégation de 20 personnes dont des académiciens et des célébrités du cinéma indien, Jaya Bachchan, Hema Malini et Anupam Kher. Elle aura plusieurs séances plénières où plusieurs thèmes seront débattus dont la promotion de l’hindi à travers la technologie, le statut de l’hindi au sein de la diaspora indienne, la littérature pour enfants, le journalisme en hindi, les dictionnaires en hindi, les préjugés à l’encontre de l’hindi.

La diaspora s’ouvre toujours vers les autres cultures, ouverture qui apparaît dans leurs choix linguistiques, musicaux et culinaires. Mais dans certains pays, il n’y a pas de reciprocité. L’hindi partout glorifié est aujourd’hui victime d’une incroyable négligence. Il existe une vaste conception erronée selon laquelle cette langue est peu maniable et n’est réservée qu’à l’usage d’une classe particulière. À Maurice, vous avez la chance d’avoir la Hindi Pracharini Sabha et l’Arya Samaj qui ont contribué énormément à la promotion de cette langue. Il ne faut pas l’oublier que l’hindi a été utilisé par les immigrants indiens qui l’ont protégé et fait progresser.

L’avenir de l’hindi s’annonce brillant à Maurice et cette langue a une portée universelle ; elle est d’amour et de paix.

— La World Hindi Secretariat a été inaugurée en mars 2018 par le président indien, Ram Nath Kovind. En dépit des liens fraternels et culturels qui unissent l’Inde et Maurice depuis des années, pourquoi ce projet a pris du temps à se concrétiser ?

— Les bases pour la construction du World Hindi Secretariat ont été jetées en 1975 à Nagpur lors de la première conférence internationale sur la langue hindi. Le Premier ministre d’alors, feu Sir Seewoosagur Ramgoolam, avait émis une proposition pour que ce centre soit construit à Maurice et regroupe une majorité de personnes issues de la diaspora indienne. Cette proposition est revenue à la table des discussions en 1976 à Maurice. Les délégués ont également soutenu la motion afin que l’hindi devienne la septième langue officielle aux Nations unies. Plusieurs résolutions adoptées en 1975 et 1976 ont été concrétisées dont la création d’une université pour la promotion de la langue hindi et la création du World Hindi Secretariat.

Le gouvernement indien a financé le projet au coût de 178 millions alors que l’État mauricien a alloué le terrain. Le Premier ministre indien, Narendra Modi, lors de la cérémonie de dévoilement d’une plaque commémorative pour le lancement des travaux du quartier général à Phoenix en mars 2015, avait déclaré que l’on a perdu trop de temps et voulait que le centre voie le jour au plus vite. Il avait parlé de la nécessité pour tous les humains de coexister pacifiquement tout en préservant leur spécificité et leur individualité. Maurice, avait-il dit, est une mosaïque de cultures.

Le terrain pour la construction du WHS a été attribué par le gouvernement mauricien. La lettre d’intention a été envoyée au WHS le 18 février 2015 et un terrain de 7 650 m2 a été identifié pour la construction du quartier général du WHS. La pose de la première pierre a eu lieu en novembre 2001 par Sri Murli Manohar Joshi, le ministre indien des Ressources humaines. Le Dr Vinod Bala Arun a été nommé premier secrétaire général en janvier 2007, suivi du Dr Rajendra Mishra et de Poonam Juneja. Depuis 2008, le WHS fonctionnait à partir des locaux se trouvant à Forest-Side sous la direction éclairée de Gulshan Sooklall.

Quels étaient les préparatifs avant l’organisation de cette conférence à Maurice ?

— Nous avons eu plusieurs séances de travail avec le ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun-Lutchoomun, celui des Arts et de la Culture et du Prime Minister’s Office, pour passer en revue le travail accompli et assurer que la conférence se déroule dans les meilleures conditions. Sushma Swaraj avait fait le déplacement à Phoenix cette année pour constater de visu les préparatifs. L’hindi, la troisième langue la plus parlée au monde, mérite une reconnaissance au niveau mondial.

Les travaux seront aussi axés sur une utilisation des nouvelles technologies pour la promotion et l’enseignement de l’hindi. Nous avons 5 000 livres au WHS et les internautes peuvent naviguer sur les Web magazines, les blogs et échanger des informations en utilisant l’hindi. Cette langue est un instrument important pour la promotion des valeurs culturelles, historiques et sociales. Notre objectif est de créer un musée sur l’hindi au quartier général du WHS.

— Quelles étaient les difficultés rencontrées pour la reconnaissance de l’hindi aux Nations unies?

— Nous avons le soutien de 129 pays mais notre objectif bute sur un aspect financier. L’Inde est prête à prendre à sa charge les frais des pays démunis, mais il n’y a aucune disposition prévue dans les statuts des Nations unies pour permettre le soutien de ces pays. Il faut que les statuts soient amendés. C’est un problème technique qui date de 1975. Il y a de lourdes implications financières concernant la traduction des livres, des documents et des manuscrits.

— L’Inde octroi des distinctions à ceux ayant contribué à la promotion de l’hindi ? Qui seront les récipiendiaires mauriciens cette année ?

— L’Inde accorde, à chaque conférence, des distinctions à 20 Indiens et 20 issus de la diaspora indienne. Kessen Budhoo, journaliste à la MBC, Udaye Narain Gangoo, le président de l’Arya Samaj et l’écrivain Girdhari recevront des samaan (distinction). Abhimanyu Unnuth, disparu récemment, sera aussi à l’honneur. Son nom sera donné à la principale salle de conférences du SVICC et toute la zone sera connue comme le Goswami Tulsidas Nagar en hommage au poète indien, auteur du Ramayana. Une organisation, le Hindi Pracharini Sabha qui milite depuis 1935 pour la promotion de la langue hindi, sera aussi recompensée. D’autres personnalités seront honorées. Ainsi, le coin aménagé pour les journalistes sera connu comme le Bikhramsing Ramlallah Hall, l’espace pour la réception et l’enregistrement des participants comme le Manilal Doctor room et la salle de déjeuner, le pandit Naradeo Veda Lankar.

— Quel est le calendrier de visites de la délégation indienne ?

— Sushma Swaraj aura un calendrier très chargé au cours de ces trois jours. Elle participera à des délibérations et aura des séances de travail avec les jeunes sur l’emploi au Mahatma Gandhi Institute. Elle se rendra ensuite à Grand-Bassin pour un “Ganga Aarti”. Et de là, elle se rendra au Ramayana Centre où une réception sera donnée en son honneur. Le samedi 18 août, elle s’adressera à l’assistance lors de l’inauguration de la conférence au SVICC. Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, s’adressera aussi aux délégués. Ce dernier a mis toutes les facilités à notre disposition afin d’assurer le succès de cette conférence.