VIOL ALLEGUE :Dominique Strauss-Kahn reconnaît une "faute morale" devant les Français

L'ex-patron du FMI Dominique Strauss-Kahn a reconnu dimanche avoir commis une "faute morale" en ayant une relation "non tarifée" avec Nafissatou Diallo qui lui a fait rater son rendez-vous avec les Français pour la présidentielle de 2012.

"C'est une faute morale et je n'en suis pas fier".

Quatre mois après être apparu menotté sous l'accusation de tentative de viol à New York sur la femme de chambre de 32 ans, il a fait acte de contrition devant les Français en s'exprimant au journal télévisé de TF1, le plus regardé en France.

Pour cette première interview depuis que sa vie a basculé le 14 mai, l'ancien favori des sondages pour la présidentielle, qui est apparu le visage grave, a reconnu avoir eu une relation "non tarifée" avec la jeune Guinéenne dans la suite 2806 de l'hôtel Sofitel de New York.

"C'est une relation inappropriée, plus que cela une faute", a-t-il dit. Mais comme il l'a affirmé dès le début devant la justice américaine, il a répété qu'il n'y avait eu "ni violence ni contrainte, aucun acte délictueux".

Cette affaire, pour laquelle toutes les charges pénales ont été abandonnées contre DSK, a brisé le destin d'un des hommes les plus puissants au monde et écorné son image entachée par le déballage de sa vie sexuelle.

Il a concédé avoir "fait du mal" à son épouse Anne Sinclair qui l'a toujours soutenu: "je le sais, je m'en veux". Dit avoir compris combien il avait pu avoir "choqué" les femmes: "je le paye toujours". Affirmé avoir perdu sa légèreté "pour toujours".

"J'ai eu peur, j'ai eu très peur, j'ai été humilié", a raconté l'homme qui était apparu sur les images du monde entier hagard à la sortie d'un commissariat de Harlem comme un vulgaire délinquant. "Quand vous êtes pris dans les mâchoires de cette machine, vous avez l'impression qu'elle peut vous broyer".

Depuis, les poursuites pénales à New York ont toutes été abandonnées le 23 août, les procureurs estimant après trois mois d'enquête que son accusatrice avait trop menti pour être crédible et que même s'il y avait eu relation sexuelle il ne pouvait être établi qu'elle avait été imposée.

Mais Dominique Strauss-Kahn devra encore répondre aux Etats-Unis de poursuites au civil, procédure dans laquelle il a dit "ne pas avoir l'intention de négocier" un accord avec la plaignante.

Et en France faire face à la plainte de la journaliste et romancière Tristane Banon, 32 ans, qui l'accuse d'avoir tenté de la violer en 2003. Une nouvelle fois dimanche il a rejeté les accusations de violence - après avoir reconnu cette semaine lui avoir simplement fait des "avances".

Dans cette histoire, DSK a dû renoncer à tout. A la direction du Fonds monétaire international (FMI) dont il a démissionné et aussi, désormais officiellement, à la trajectoire qui aurait pu le conduire à la présidence française.

"Oui, je voulais être candidat" à la présidence mais "tout ça est derrière moi, je ne suis évidemment pas candidat", a-t-il dit dimanche. "J'ai manqué mon rendez-vous avec les Français".

Cette affaire continue d'embarrasser ses camarades du Parti socialiste (PS) en pleine campagne pour désigner leur candidat à la présidentielle au cours d'une primaire organisée les 9 et 16 octobre.

L'ancienne patronne du PS en lice pour l'investiture Martine Aubry a récemment reconnu partager l'avis de "beaucoup de femmes sur l'attitude de Dominique Strauss-Kahn" à leur égard. Un autre candidat, Arnaud de Montebourg, a réclamé "des excuses à toute la gauche".

Dans ce contexte, M. Strauss-Kahn a indiqué qu'il ne choisirait pas entre les candidats à l'investiture du PS: "Je ne crois pas que cela soit mon rôle de m'immiscer dans la primaire".

Pour autant, il n'a pas voulu se prononcer sur son avenir politique, alors qu'une majorité de Français souhaitent son retrait, selon un sondage publié dimanche. "Je vais d'abord me reposer, retrouver les miens, prendre le temps de réfléchir. Mais toute ma vie a été consacrée à essayer d'être utile au bien public et on verra", a-t-il déclaré.

Le temps pour lui de repasser le film des quatre mois qu'il vient de vivre. Et de réfléchir à ce qui a pu le faire tomber. "Un piège? c'est possible, un complot, nous verrons".

L'avocat en France Nafissatou Diallo a dénoncé une "opération de communication totalement maîtrisée" et a accusé DSK d'avoir exhibé le rapport du procureur de New York "en lui faisant dire des choses qu'il ne dit pas" notamment lorsqu'il affirme qu'il n'y a dedans "aucune trace de violence".

Dans ce rapport diffusé le 23 août, le procureur n'écartait pas explicitement d'éventuelles violences, mais estimait que les "éléments physiques (...) n'établissent pas de manière indépendante son affirmation (de Mme Diallo, ndlr) d'une rencontre forcée et non consensuelle".

A New York un des avocats de la jeune femme, Douglas Wigdor, a regretté que DSK n'ai "donné absolument aucune précision sur ce qui s'est passé" le 14 mai dans la suite du Sofitel et qualifié de "totalement ridicule" l'hypothèse d'un complot qu'il a évoqué, dans des déclaration à l'AFP.