VIOLENCE AUX FEMMES:SOS Femmes et La Chrysalide font cause commune

Du 25 novembre au 10 décembre, 16 jours d’activisme autour du thème « Dites Non Tous Unis » et d’activités avec des victimes

Ambal Jeanne, de SOS Femmes, et Marlène Ladine, du centre La Chrysalide, montent au créneau pour ponctuer une campagne de sensibilisation autour des violences faites à l’encontre des femmes. Ces deux figures de proue de la lutte pour le respect des droits des femmes et leur valorisation notent que « les types de violence à l’encontre des femmes ont pris une nouvelle tournure. Désormais, les bourreaux frappent, jusqu’à tuer ».
Ambal Jeanne, figure emblématique de la lutte pour le respect des droits des Mauriciennes, aux côtés de sa sœur, l’avocate disparue Rada Gungaloo, toutes deux pionnières de SOS Femmes, est catégorique. « Si on prend de 2010 à 2017, les cas de violence envers les femmes sont non seulement en nette progression, mais surtout, l’élément que l’on retient, c’est que les bourreaux cognent désormais avec l’intention de tuer. » La responsable de SOS Femmes s’appuie sur « les très nombreux cas » recensés au shelter ainsi que sur les données recueillies auprès des organismes avec lesquelles elle travaille. La tendance, dit-elle, « est très inquiétante ». Cette année, pour « ne pas rester silencieuses face à la montée des violences envers les Mauriciennes », Ambal Jeanne et Marlène Ladine, directrice du centre de réhabilitation La Chrysalide, ont décidé de joindre leurs efforts, le temps d’une campagne commune, qui démarrera le 25 novembre prochain.
À titre indicatif, Ambal Jeanne reprend le cas de la jeune Urvashi Joygobin qui a été « défigurée, violemment battue, brûlée… ». « Avant, les bourreaux ne tapaient pas avec cette haine fulgurante, cette envie de tout casser. Mais depuis quelques années, les cas recensés prouvent qu’il y a une escalade dans cette violence. Désormais, c’est le passage à tabac », ajoute-t-elle. La responsable de SOS Femmes poursuit : « Et comme nous évoluons dans une société où la violence est banalisée, qu’elle soit verbale, psychologique ou physique, eh bien on ne peut pas s’attendre à grand-chose… »
Cependant, dit notre interlocutrice, « nous avons noté un élément positif ces dernières années, c’est que de plus en plus de jeunes femmes ont le courage de vouloir sortir de l’enfer des coups ». Ambal Jeanne explique cela par le fait que « le shelter, par exemple, ne désemplit pas ». Elle ajoute qu’il y a quelques années, on pouvait compter sur les doigts le nombre de femmes qui avaient l’audace de quitter le toit conjugal et chercher refuge. « C’est un signe positif ».
« En vue d’encourager la grande majorité des victimes souffrant en silence de violences conjugales, nous avons décidé cette année dans le cadre de la campagne de 16 jours qui démarre le 25 novembre de mettre en avant les victimes-survivantes et leur vécu afin qu’elles aident les autres victimes à sortir du silence et de leur isolement. Que celles-ci réalisent qu’elles ne sont pas seules malgré le fait que durant toutes ces années, elles ont subi le joug du bourreau et qu’elles ont perdu toute estime d’elles-mêmes au point d’être totalement déshumanisées. Elles ont droit au bonheur et à la vie comme chaque être humain », explique-t-elle.
C’est autour de la thématique « Dites Non Tous Unis », dans le sillage de la campagne lancée par les Nations unies l’an dernier, que celle de SOS Femmes et La Chrysalide sera axée. Une série d’activités sont au programme. « Le jour du lancement de la campagne, nous donnerons la parole aux victimes-survivantes qui viendront avec des slogans et des phrases pour dire leur vécu », explique Ambal Jeanne. « Il y aura ensuite un débat avec des victimes et le 9 décembre, nous aurons entre les deux centres, SOS Femmes et La Chrysalide, une journée de rencontres et de partage entre les résidentes des deux ONG ».