J’ouvre ce matin-là distraitement un journal. Entre deux pages pleines de pubs, l’histoire d’un homme de vingt ans qui agresse un nourrisson de dix mois ! Sur la même page, juste en dessous de cette sombre nouvelle, l’annonce suivante : clearance sale up to 70% sur des portables et autres bricoles. Et un article sur des recrutements pas très catholiques effectués dans la fonction publique.

Ça donne plutôt envie de se recoucher direct ! Je n’avais qu’à pas lire les papiers imbibés de sang. Triste réalité. Les avis d’obsèques achèvent, juste après, de saper ma bonne humeur. J’aurais mieux fait de lire les bonnes œuvres de ma banque préférée. On aime bien éventer ses œuvres à caractère caritatives dans le milieu corporate. C’est bon pour l’image de l’entreprise de sponsoriser les pauvres et moins aisés. Ou de patronner des émissions télé. C’est bien plus efficace qu’une pub traditionnelle.

Si l’individu lambda (vous et moi) voulait en faire autant, ça donnerait quoi ? Zoom sur une rutilante pièce de monnaie et, au second plan, le visage sale du mendiant content de cette obole. La photo est prise avec un portable doté de caméras immersives pour un rendu plus nature. On placardera volontiers le cliché sur des murs Facebook, histoire de vanter la bienfaisance corporate. Ceci n’est évidemment qu’une caricature.

C’est certes assez indécent comme opération com’. Faire publicité de sa charité. Cela me semble un chouïa manquer de retenue. C’est presque comme si je me mettais à écrire (dans un souci d’intérêt public) que ma petite cousine est à nouveau enceinte… un mois après avoir accouché. Est-ce encore la peine de vouloir introduire une éducation sexuelle décomplexée à l’école ? Passons directement au family planning ! Ça nous fera gagner du temps et de l’argent.

Sa mère voulait la faire avorter chez un dokter nipat, mais elle a voulu garder le zanfan… et les neuf mille roupies qu’aurait coûtés le curetage. D’ailleurs, le jeune couple n’avait pas les moyens de se payer cette intervention. Il est évidemment hors de question de solliciter l’aide des parents. Question d’amour-propre. Combien de petites cousines se baladent ainsi dans la nature, sans un encadrement approprié ? Je n’avais qu’un soupir comme réponse.

Je feuillette la gazette jusqu’à la rubrique cinéma. Y est écrit en grand le titre d’un long-métrage : Sang froid, une excellente comédie noire (selon la critique). Pourquoi les gamins n’essayeraient pas eux aussi de faire gicler du sang juste pour rire… sinon inconsciemment dans un accès de colère ? C’est à se demander si à force de voir des tueries à l’écran, ça ne finirait pas par influer sur le subconscient de nos chères têtes brunes. Qui un jour deviendront grands.

Quid de la violence à laquelle les aura abreuvés Hollywood ? Cette hégémonie culturelle semble fondée sur nos plus bas instincts. Inusuels sont les films sans un coup de feu et sans effusion de sang. Tuer paraît si simple dans les fim aksion dont sont friands de nombreux jeunes. Qui sont morts de rire en visionnant des films d’épouvante. Si banals, si esthétiques et aseptisés. Quasi cool ! Les assassins et autres détraqués genre Dexter sont mis en valeur.

Faudrait peut-être que des autorités compétentes (politiques, administratives, éducatives, religieuses) réagissent. Personne ne veut être parmi les complices passifs d’une violence qui semble passer à travers les écrans jusque dans le cerveau. Souillant par là même les esprits de sperme et de sang. Que comptent faire les institutions concernées ? Et que comptez-vous faire, bien chers parents ?

Vous pouvez continuer à manz pistas ek get sinema. Et croire que votre gamin/e n’est pas concerné/e. Que ces choses-là n’arrivent qu’aux autres. Vous avez le droit de garder le silence, mais tout ce que vous ne direz pas pourrait un jour être retenu contre vous.