La participation du Premier ministre, Pravind Jugnauth, au 33e sommet de l’Union africaine, à Addis-Abeba, aura permis à Maurice de manifester concrètement sa volonté de s’intégrer politiquement en Afrique.

Même si le pays a toujours revendiqué son appartenance au continent africain, Maurice a pendant longtemps évolué en marge de l’Afrique sur le plan politique. En effet, si beaucoup de Mauriciens connaissent sur le bout des doigts la situation aux Etats-Unis, en Europe, en Inde ou en Chine, on s’est très peu soucié de ce que se passait dans les pays africains, sauf dans des cas exceptionnels. Aujourd’hui encore, les médias, en général, se soucient très peu de la situation en Afrique. Et il faut reconnaître que pour s’informer de la situation sur le continent, on dépend largement des informations de BBC Afrique ou de RFI Afrique, qui consacrent quotidiennement une bonne partie de leur temps d’antenne aux informations africaines.

Au niveau politique et gouvernemental, pendant longtemps, on a fait peu de cas de l’Afrique, malgré le fait que de temps en temps on se gargarisait d’avoir une stratégie africaine. L’ancien Premier ministre, Navin Ramgoolam, autant qu’on s’en souvient, n’a pratiquement assisté à aucun sommet de l’Union africaine. Même sous le régime de Jugnauth, l’opposition a régulièrement reproché au Premier ministre de faire peu de cas de ces sommets. Il était souvent représenté par le ministre des Affaires étrangères ou, occasionnellement, par le président de la République, qui n’a aucun pouvoir exécutif. Et ne parlons pas de nos représentations diplomatiques en Afrique. Il y a eu même un moment où notre représentant à Addis-Abeba était devenu la risée des autres diplomates. Les autres représentants au Caire ou à Pretoria, autant qu’on s’en rappelle là encore, ne se sont pas faits particulièrement remarquer.
En vérité, notre relation avec l’Afrique a toujours été économique. Dans ce domaine, on s’est surtout occupé de nos intérêts.

C’est en effet à travers l’Afrique qu’on a bénéficié de facilités d’accès pour l’exportation de nos produits, en particulier le sucre, dans le cadre d’accords entre les pays ACP et l’UE. Aujourd’hui encore, notre stratégie africaine consiste à voir comment nous pouvons tirer profit des développements dans certains pays africains en devenant un centre financier pour le continent ou un tremplin pour les investissements étrangers en Afrique. Mais les Africains ne sont pas dupes et n’ont pas raté l’occasion de nous égratigner dans le secteur des services financiers. Le Sénégal, par exemple, a résilié notre accord de non-double imposition et on attend toujours la réouverture des négociations entre nos deux pays. On avait connu le même problème avec le Kenya qui, heureusement, semble avoir été résolu. La création de zones économiques dans certains pays n’avance par ailleurs pas à la vitesse souhaitée.

À Addis-Abeba, Pravind Jugnauth, selon son entourage, aura rencontré de nombreux chefs d’Etat présents, et de s’intéresser non pas uniquement à la zone de libre-échange continental, mais également aux défis urgents auxquels l’Afrique est confrontée, à savoir la paix et la sécurité, la crise climatique et l’éradication de la pauvreté. Ce qui l’a amené à traiter de questions comme la situation au Sahel, la crise Libyenne, le dossier du Sahara Occidental et la situation dans d’autres pays affectés par le terrorisme. Maurice a modestement proposé d’accueillir tout effort de médiation et de dialogue politique.

Il revient désormais au Premier ministre de démontrer que l’engagement de Maurice en Afrique est pérenne en participant aux deux sommets annoncés par le nouveau président de l’Union africaine, Cyril Ramaphosa, sur les conflits en Afrique et sur la mise en opération de la zone de libre-échange continental. L’Afrique a déjà manifesté son engagement aux côtés de Maurice en soutenant les résolutions concernant la décolonisation complète de Maurice aux Nations unies. L’engagement en Afrique veut dire de s’y intéresser, et ce dans tous ses États.