Si Nicolas Ritter, directeur de Prévention, information et lutte contre le sida (PILS), Ong phare dans la lutte contre le virus ces 20 dernières années dans l’île, est resté jusqu’ici plutôt discret, voire silencieux, contrairement à son habitude, en ce 1er décembre, marquant la Journée internationale de la lutte contre le sida, celui-ci sort de son mutisme. Surtout pour tirer la sonnette d’alarme car, explique-t-il, « nous avons toutes les bonnes raisons de nous inquiéter ». Cela faisant suite aux mesures de Réduction des Risques (RdR), notamment le traitement à la méthadone, qui ont été brutalement supprimées cette année par le ministre de la Santé Anil Gayan.
« Jusqu’ici, le gouvernement ne nous a donné aucune preuve qu’il fait de la lutte contre le sida une de ses priorités. Au contraire », argue d’emblée Nicolas Ritter. « Soustraire le National AIDS Secretariat (NAS) des prérogatives du Prime Minister’s Office (PMO) et le placer sous la férule du ministère de la Santé, cela vient, à notre sens, signifier que nos décideurs n’accordent que peu d’importance au problème ! Je comprends que le nouveau gouvernement a une foule de priorités une année après sa prise de pouvoir. Nous comprenons aussi que de nouvelles “Ressource Persons” ont été affectées à des secteurs sensibles et qu’il nous faut leur donner le temps de se familiariser avec leurs dossiers. Cela étant dit, le sida est une maladie et il est question de vies humaines. Si l’on tarde trop, les dégâts peuvent être terribles et irréversibles… »
Une argumentation souvent brandie cette année par le ministère de la Santé concerne le fait que le nombre de nouvelles infections a « considérablement diminué ces dernières années, comparé à la flambée enregistrée en 2002 et les années suivantes ». Interrogé sur cet argument, Nicolas Ritter soutient que « c’est un point qui ne tient pas du tout la route ! » Il ajoute : « En septembre 2014, 31 nouveaux cas de contamination au VIH étaient détectés. Un an après, ce chiffre est de 30. Donc, aucune amélioration ! Car l’objectif, ce n’est pas de réduire le nombre de nouvelles infections, mais bien de s’en défaire. » Le directeur de PILS rappelle, de ce fait, « l’OnuSida et les Nations Unies préconisent, dans les Millenium Goals, que l’on en arrive à “zéro nouvelle infection”. Avec 30 nouvelles infections, on en est encore loin. »
De plus, rappelle-t-il : « Même s’il est encore relativement tôt pour jauger les répercussions, tous les observateurs de la question ne manqueront pas de s’inquiéter de la suppression depuis quelques mois du traitement à la méthadone, ajouté à quelques nouvelles mesures préconisées sur les sites d’échange de seringues, ainsi que le fait que les nouveaux traitements alternatifs à la méthadone, tels que préconisés par Anil Gayan et annoncés, n’ont toujours pas été rendus accessibles. »
Qui plus est, souligne Nicolas Ritter, « le nombre de patients sur les sites d’échanges de seringues, sous la férule de CUT (Collectif Urgence Toxida) et le nombre de femmes porteuses du virus ont beaucoup augmenté… Dans le premier cas cité, le chiffre a doublé en une année. C’est alarmant. »
Premier Mauricien à avoir déclaré publiquement vivre avec le virus du VIH et qui a fait de la lutte contre le sida sa priorité, Nicolas Ritter soutient que « nous avons encore le temps de nous ressaisir, si le gouvernement présente rapidement des mesures concrètes et sensibles ». Pour rappel, le directeur de PILS, dont il est le fondateur, est également membre de plusieurs organisations régionales et internationales de la lutte contre le sida.