Le leader du PMSD, Xavier-Luc Duval, exprime ses inquiétudes face à la crise sanitaire économique et sociale. Tout en critiquant les couacs du gouvernement, il fait une série de propositions. « Au niveau du PMSD, nous sommes prêts à aider et nous faisons des suggestions constructives », affirme-t-il. Pour la séance de l’Assemblée nationale de vendredi, il se demande s’il ne faudrait pas envisager la convocation d’une séance par téléconférence afin de revoir certaines législations.

Xavier-Luc Duval, en tant que dirigeant politique, comment évaluez-vous la situation avec la propagation de la pandémie de Covid-19 à Maurice ?

Je suis très inquiet pour l’avenir. Nous faisons face à une crise sanitaire et économique, qui pourrait se transformer en une crise sociale. Oublions le passé et les couacs gouvernementaux. Remettons le compteur à zéro et tournons nos regards vers l’avenir. Tout d’abord, je remercie de tout cœur tous les camarades travailleurs opérant dans les services médicaux pour leur dévouement. Surtout ceux qui travaillent avec les patients contaminés. Le gouvernement, comme dans beaucoup de pays, doit non seulement s’assurer qu’ils disposent d’équipements de protection mais aussi leur donner un logement spécial afin qu’ils ne contaminent pas leurs proches lorsqu’ils rentrent chez eux. Nous disposons de 13 000 chambres d’hôtels et la plupart sont vides.
Commençons par la crise sanitaire. D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le confinement ne suffit pas et c’est l’exercice de dépistage qui est le plus important. En Allemagne, les autorités effectuent 500 000 tests par semaine. Ce pays est le champion de la lutte contre le Covid-19.
A l’échelle de Maurice, nous aurions dû pouvoir effectuer 8 000 dépistages par semaine. De l’avis du directeur des services de santé au ministère de la Santé, 900 tests ont été effectués depuis le début de la crise. C’est nettement insuffisant. Il est très important d’augmenter le nombre de tests immédiatement. Si on avait testé le malade, qui est décédé dimanche, les choses auraient été différentes aujourd’hui.
La deuxième préoccupation concerne le traitement des malades qui ont été infectés. En Italie, en raison d’un manque de respirateurs artificiels, les autorités ont dû établir une liste de priorités et faire un choix entre les malades. C’est dramatique lorsque nous savons dans quelle condition le décès intervient.
Pour le traitement des personnes infectées, environ 5% auront besoin de respirateurs artificiels. Nous disposons de 40 à Maurice, nombre qu’il faut à tout prix accroître. On nous annonce que des équipements arriveront durant la première semaine d’avril. Mais on ne dit pas lesquels. On ne sait pas ce qu’on recevra et si ce sont des respirateurs. Ce n’est pas sécurisant pour la population. Il faut donc un bon traitement des malades avec des équipements sophistiqués.
D’autre part, il faut reconnaître que la fermeture des frontières est intervenue trop tard. Je l’avais demandé depuis le 12 mars et je me suis fait insulter par le ministre Bobby Hurreeram lorsque je l’ai répété au Parlement. Si on l’avait fait plus tôt, le nombre de contaminations n’aurait probablement pas été aussi élevé. Mais puisque c’est fermé, c’est une bonne chose.

Tout le monde s’accorde à dire que le confinement est un des moyens les plus efficaces pour combattre le virus. . .

Pour ce qu’il s’agit du confinement, on doit reconnaître que c’est une bonne chose. Mais force est de constater que cet exercice a été mal planifié. Il donne lieu actuellement à beaucoup de souffrance en oubliant ceux qui se retrouvent sans manger du jour au lendemain et sans le sous à la maison. Aussi, il nous faudra désinfecter les lieux publics, sinon nous mettrons à mal tous les efforts que nous faisons.

Le Covid-19 entraîne dans son sillage une crise économique que l’on peut difficilement occulter. Quelle est votre lecture de l’impact du coronavirus à Maurice ?

L’économie et le social sont liés avec le plan de soutien du ministre Padayachy. Le risque est que nous allions vers des centaines et des milliers de compagnies en faillite avec plus de 100 000 chômeurs est grand. Imaginons le coût que cela représente. Il faut prévenir ces faillites afin d’empêcher une crise économique qui pourrait durer longtemps. Il faut empêcher que ces entreprises ne fassent faillite. A ce chapitre, le plan de soutien est inadéquat. Dans tous les pays, le gouvernement central offre des garanties bancaires aux banques qui prêtent aux compagnies en difficulté. En France, 330 milliards d’euros sont offerts en guise de garantie. A Maurice, c’est zéro. Beaucoup de compagnies fermeront leurs portes, si le gouvernement ne change pas de politique. Il nous faut agir rapidement avant que ce ne soit trop tard. Une banque ne pourra prêter aux petites entreprises sans l’espoir de retrouver son argent. Or, beaucoup d’entre elles, comme les restaurants, vont se retrouver en difficulté.
Le gouvernement ne fait pas suffisamment pour les Self-Employed, qui comptent des dizaines de milliers de personnes. Pourquoi ne pas envisager un plan de soutien pour les Self-Employed enregistrés à la Mauritius Revenue Authority (MRA) ? Il faudrait donner un soutien aux contracteurs, plombiers, jardiniers et tous ceux qui font des petits métiers en demandant à la MRA de leur rembourser 50% de leurs contributions déclarées l’année dernière avec, bien entendu, un plafonnement. Il faut pour cela s’inspirer du modèle anglais.
C’est très important. Sinon ces gens qui travaillent au jour le jour vont mourir de faim. Ils n’ont rien pour nourrir leurs familles.
Imaginons le coût social que cela représente avec tous ces gens qui se retrouvent à la maison sans le sou. Beaucoup d’entre eux vont à la police pour chercher du pain. Une aide sociale d’urgence s’impose. Il est aussi important que le NEF débloque près de Rs 1 milliard qu’il dispose dans la National CSR Foundation, montant à être alloué aux ONG actives sur le terrain pour soulager les malheureux.

Etes-vous satisfait des mesures économiques annoncées par le gouvernement et pensez-vous que cela suffit ?

Sur le front économique, le ministre des Finances a annoncé qu’il empruntera Rs 4 milliards du Fonds monétaire international (FMI), plus encore Rs 26 milliards (USD 650 millions) avec d’autres institutions internationales alors que des dettes considérables ont déjà été contractées, notamment Rs 800 M pour l’aménagement de deux routes nullement nécessaires à Anse La Raie et à côté de l’aéroport, Rs 1,8 milliard pour le câble sous-marin de Rodrigues et Rs 19 milliards pour le Safe City Project. La liste est longue mais la caisse est vide.
Nous avons fait des dépenses faramineuses et incontrôlables et avons dévalisé la Banque de Maurice de Rs 18 milliards à un moment où elle a besoin de cet argent pour défendre la roupie qui est menacée. C’est grave. Nous reconnaissons que le ministère des Finances veut prendre cet argent pour s’assurer que Maurice dispose de fonds pour acheter à manger. Il faut tout faire afin de s’assurer que l’argent n’est pas retiré de façon brutale par des investisseurs étrangers. Je suis donc inquiet pour l’avenir. Même très inquiet.

Autres sujets de préoccupation ?

Je suis inquiet pour les personnes âgées qui sont très à risque, surtout celles qui sont au-dessus de 70 ans. Ceux qui n’ont pas de compte en banque iront chercher leurs pensions en faisant la queue devant les bureaux de poste. Il faudra s’assurer qu’ils respectent le distancement social en restant 3 pieds les uns des autres. Il leur faudra également faire attention aux malfrats qui tenteront de profiter de la situation. Je demande à tous les voisins et voisines de les aider.

Faudra-t-il solliciter l’aide étrangère ?

Aujourd’hui, dans le monde, c’est la diplomatie médicale qui a remplacé la diplomatie économique. Il nous faut approcher tous les pays amis dont l’Inde, la France, etc. Dans le passé, le gouvernement chinois a été très proche de Maurice. Aujourd’hui, la Chine aide beaucoup de pays en difficulté, dont l’Italie, Pakistan et bien d’autres. Il paraît que les autres pays sont en train de nous dépasser dans ce domaine. Il est donc important que notre pays renforce grandement ses efforts diplomatiques, principalement avec la Chine, afin qu’on reçoive les équipements et le personnel médical qualifié au plus vite.

Vous semblez être très disposé à faire des propositions, n’est-ce pas ?
Si je me permets de faire des propositions, c’est que j’ai été ministre des Finances, ministre de l’Intégration sociale, ministre de l’Industrie et du Commerce, et ministre du Tourisme. Au niveau du PMSD, nous sommes prêts à aider et nous faisons des suggestions constructives. J’espère que le gouvernement écoutera. On dit maintenant que certaines compagnies d’assurances ne couvrent pas les voitures qui roulent pendant le couvre-feu. C’est inacceptable et c’est un vol parce que c’est un couvre-feu sanitaire. Ces compagnies doivent avoir honte. S’il faut changer la loi, je suis d’accord d’envisager la possibilité d’organiser une séance parlementaire par téléconférence.

Le mot de la fin ?
En Angleterre, en quelques jours, 600 000 personnes se sont portées volontaires pour aider à combattre le coronavirus. En tout cas, tous les députés, conseillers municipaux, et d’autres membres du PMSD sont disponibles pour aider les autorités sur le terrain dans les actions d’envergure.