SEDLEY ASSONNE

Le Vicomte des gueux

Aucune présence féminine n’était acceptée lors du banquet offert par l’Honorable Showkutally Soodhun, président de la Saudi Arabia Friendship Association of Mauritius, en l’honneur du prince Adbulaziz Bin Saud Bin Naif Bin Abdulaziz et de la délégation saoudienne qui l’accompagne. Et les journalistes femmes étaient aussi interdites, mais heureusement pour elles, un haut conseiller du Bureau du Premier ministre a pu intervenir en leur faveur.

Selon ce que rapporte la presse, M. Soodhun a loué le prince Salman, qui a permis que les Saoudiennes prennent enfin le volant. La presse ne nous dit cependant pas si le député Soodhun a fait son discours en anglais ou en arabe. Car, s’il s’était exprimé en anglais, il aurait pu le conclure par un « Yeah men » à l’intention de tous les mâles présents.

Mais, aurait-il pris le risque de s’exprimer dans la langue de Shakespeare, sachant qu’un malentendu phonétique pouvait découler de ce « Ye(ah) men » ? Car, il ne faut pas oublier que l’Arabie Saoudite est en première ligne pour bombarder le Yémen, et  queles Nations unies ont déjà tiré la sonnette d’alarme, pour cause de famine aggravée dans ce pays. Mais qu’importe que des musulmans meurent de faim et de soif au Yémen, pourvu qu’on a notre hôpital à quelque Rs 890 millions, n’est-ce pas ?

Des déplacés yéménites et leurs enfants, ayant quitté Hodeida en raison des
combats, dans un centre médical du nord de Abs – AFP

On ne sait ce que pensent les mères musulmanes mauriciennes de la visite de ces Saoudiens, qui laissent également Israël bombarder Gaza à satiété tous les jours qu’Allah fait. En clair, le prince Salman ne se soucie guère des mères musulmanes qui meurent au Yémen et en Palestine. Et c’est pour ses pairs que notre État a déroulé le tapis rouge s’il vous plaît !

Il fut un temps où pour moins que ça, un parti politique mauricien, en l’occurrence le Mouvement Militant Mauricien, serait descendu au rond-point de Saint-Jean et aurait manifesté sa désapprobation de cette visite royale. Mais comme dirait mon ami Bob Dylan, « the times they are changin’… ». Même l’Union européenne, si prompte à émettre un communiqué en faveur de la communauté LGBT, n’a rien dit jusqu’ici sur cet affront fait aux femmes mauriciennes. Parce que le temps d’aujourd’hui dicte qu’on s’aplatisse devant les puissants. En foulant aux pieds les principes.

À se demander de quels ventres ils sortent ces princes saoudiens… !