Une Constitution doit-elle être intouchable? Ou doit-elle s’adapter en fonction du temps qui passe et des nouvelles donnes d’un monde sans cesse en mouvement?
Question d’actualité à Maurice à la veille de la célébration des 50 ans de notre indépendance. Question de brûlante actualité aux États-Unis avec le débat sur la possession d’armes à feu.

Le 14 février dernier, les États-Unis ont été secoués par un nouveau cas de mass shooting dans un lycée. Armé d’un fusil semi-automatique AR-15, le jeune Nikolas Cruz, 19 ans, a tué 17 personnes dans le lycée Stoneman Douglas de Floride dont il avait été expulsé peu de temps avant pour comportement dangereux. Si c’est le plus mortel, il ne s’agit pas moins du 18ème cas de mass shooting dans un lycée américain depuis le début de cette année, apprend-on. L’année 2017 en a totalisé… 384.

Ces chiffres peuvent ne pas paraître étonnants quand on sait que les États-Unis sont un des pays où il est le plus facile de se procurer une arme à feu en toute légalité. C’est en effet un droit que garantit le 2nd Amendment de la Constitution américaine, datant de l’époque où les «pionniers» estimaient que de la possession d’une arme relevait leur survie et celle de leur famille. Aux États-Unis aujourd’hui, on peut, le plus simplement du monde, acheter une arme semi-automatique pour peu que l’on ait 18 ans. Alors que la vente d’alcool n’est autorisée qu’à partir de 21 ans, pièce d’identité à l’appui. On ne parle pas ici de pistolet à six coups. On parle d’armes semi-automatiques, équipées de bump stocks, mécanisme qui permet aux armes semi-automatiques de tirer des centaines de balles à la minute. Comme l’a montré la fusillade de Las Vegas en octobre 2017 où un seul homme, posté à la fenêtre de sa chambre d’hôtel, avait en quelques minutes fait 58 morts et plus de 500 blessés. 5 millions de fusils semi-automatiques seraient en circulation en ce moment aux États-Unis.

Ce qui fait toutefois la différence cette fois, c’est le ras le bol, la colère et la détermination affichées par de jeunes lycéens dans le sillage de la fusillade du 14 février dernier. Et ce sont les outils dont cette génération dispose pour s’exprimer et pour agir.
Ainsi on a pu, dès le lendemain, assister à de vastes rassemblements de jeunes exhortant les politiques à prendre leurs responsabilités et à légiférer pour un renforcement du contrôle des armes à feu. En utilisant à fond les réseaux sociaux, ils sont en train de se mobiliser, de s’exprimer et d’agir comme jamais auparavant. Au cours de la semaine écoulée, ils ont été sur tous les plateaux télé pour dire leur colère et leur détermination à faire changer les choses. Ils ont réussi à forcer leur passage jusqu’à une rencontre avec Donald Trump. Ils projettent, le 25 mars prochain à Washington, une immense «March for our lives». Pour laquelle ils ont obtenu des millions de dollars de dons, venant de multiples célébrités comme George et Amal Clooney.

Et pour le 20 avril prochain, date du 19ème anniversaire du massacre du lycée de Columbine dans le Colorado, les lycéens de tous les États-Unis sont appelés à quitter leurs classes à 10h et manifester pour qu’un terme soit mis à la violence par les armes dans les établissements scolaires. Un projet de National Walkout qui est à mettre à l’initiative d’une jeune étudiante de 15 ans, Lane Murdock, du Connecticut. Elle raconte comment, le 14 février dernier, horrifiée en apprenant la fusillade dans le lycée de Floride, elle est rentrée chez elle, a écrit une pétition postée sur internet et créé un compte Twitter qui a immédiatement explosé. «Des jeunes comme moi peuvent lancer un mouvement en utilisant un ordi. Il nous est facile d’entrer en contact avec d’autres personnes qui partagent les mêmes idées et les mêmes espoirs. Même si notre génération est jeune et sans expérience, nous sommes braves, résiliants, et nous nous soucions les uns des autres. Nous demandons à ceux qui sont plus âgés de se montrer patients et de nous écouter alors que notre génération fait son entrée dans le débat national», dit-elle.

L’opposition, en face, est puissante. Avec ses 5 millions de membres, la National Rifles Association pèse de tout son poids sur le pouvoir politique. Portant Donald Trump qui, depuis le début de sa campagne présidentielle en 2016, s’est fait le champion du 2nd Amendment. Allant jusqu’à révoquer un arrêté de Barack Obama qui empêchait les personnes ayant des rapports de mental illness d’acheter une arme. Sa parade, so far, a été de proposer… d’armer les profs dans les écoles…

Les jeunes animateurs du mouvement ont cette semaine tour à tour été accusés d’être des acteurs, ou d’être au service des Conservateurs. Mais leur détermination est intacte. «We are the people of America. We the people are the ones who change this country. We the people elect those we pay to be in office. They need to remember that. Change will come», déclarait Alfonso Calderon, jeune lycéen survivant de la fusillade de Floride, sur CNN vendredi.

De l’autre bout du monde, on a pu voir cette semaine les images terribles de jeunes et d’enfants victimes de fusillades en Syrie. Face à une industrie de l’armement, majoritairement américaine, qui pèse plus de 2 trilliards de dollars par an, une jeune génération armée de nouveaux outils peut-elle avoir un poids? Affaire à suivre…