YOUSUF MOHAMED, légiste et ancien ministre du Travail : Non au best loser system si c’est pour faire perdurer le communalisme

Yousuf Mohamed fait partie de ceux dont la voix s’est toujours fait entendre durant ces cinquante dernières années. Il avait grandi à côté de son père, sir Abdool Razack Mohamed, et connaît toutes les péripéties qui ont mené à l’accession de Maurice à l’indépendance. Dans cette interview, il évoque quelques souvenir personnels autour de la période difficile précédant et suivant l’indépendance de l’île. Bien que le Comité d’action musulman (CAM) se soit battu pour l’obtention de « reserved seats » pour les minorités, ce qui a pris par la suite la forme du Best Losers System, Yousuf Mohamed dit aujourd’hui non à ce système si c’est pour faire perdurer le communalisme. Il dit rêver d’une île Maurice où c’est la compétence et non pas la communauté ou la caste qui sera le critère de sélection à tous les niveaux du pays, à commencer par le poste de Premier ministre. Il estime également que Paul Bérenger a été le meilleur Premier ministre que le pays ait connu après sir Seewoosagur Ramgoolam. Il trouve que le pays est aujourd’hui à genoux par la faute de la gourmandise et du népotisme.

Vous figurez parmi les élus aux élections générales du 7 août 1967. Vous êtes donc bien placé pour nous parler de cette période difficile, mais passionnante du passage de Maurice à l’indépendance. Pouvez-vous nous en parler ?
J’ai toujours été intéressé par la politique. Papa était politicien avant que je ne parte en Angleterre pour mes études. Je faisais campagne pour lui à la municipalité de Port-Louis. À cette époque, les maires avaient des pouvoirs considérables et pouvaient, par exemple, recruter et limoger les employés. Je me souviens avoir mené une campagne pour mon père contre Mme Damoo. Les activités de mon père, que ce soit à la municipalité ou au conseil législatif, m’avaient toujours passionné. Alors que j’étais en Grande-Bretagne et que papa venait à Londres en compagnie d’autres ministres, j’assistais aux discussions avec ses collègues. Ce qui me permettait de suivre l’évolution constitutionnelle du pays. Jules Kœnig, bien que n’étant pas du même bord politique que mon père, nous emmenait dîner et vantait la cuisine française. Il n’y avait pas à cette époque l’animosité qui existe aujourd’hui entre les politiciens. C’était également le cas pour Renganaden Seeneevassen alors qu’il séjournait à Londres.
En 1963, il y a eu des élections générales. J’avais conseillé à Robin Ghurburrun, qui avait fait ses études supérieures en même temps que moi, de ne pas se porter candidat. Il ne m’a pas écouté. À cette époque, je partais pour la France pour mes études de droit et les élections ne m’intéressaient pas. Après mon retour en 1965, je me suis marié en 1966, soit une année avant les élections générales. J’avais refusé dans un premier temps de me porter candidat malgré l’insistance de mon père. Raouf Bundhun avait, lui aussi, insisté dans ce sens. La raison était que mon père m’avait toujours conseillé de ne pas me présenter comme candidat et avait souhaité que je me perfectionne dans ma profession d’avocat. Or, en 1967, il m’a dit qu’il avait besoin de moi. Cela m’a étonné. J’ai refusé. Mon épouse avait également soutenu ma décision. Dans son patois indien, il a dit à ma femme : « Oule ou mari zis pou ou tou sel. » Devant la forte pression qu’il avait alors exercée sur moi, m’accusant notamment de ne pas avoir de reconnaissance, j’ai cédé. J’ai présenté ma candidature et j’ai été élu aux côtés de Veerassamy Ringadoo et de Mahess Teekuck dans la circonscription Moka/St-Pierre. Papa avait été battu par Ibrahim Dawood, Oozeerally et Ah-Chuen. Il devait, par la suite, entrer au parlement comme Best Loser.

Cette époque avait également été marquée par de fortes tensions. Quels souvenirs gardez-vous ?
Je dois dire que les bagarres raciales de 1967 avaient effrayé les gens. Beaucoup ont eu peur de se rendre aux urnes. Dans la circonscription N° 3, où mon père se présentait, on avait vu Maita Desmarais, une proche du Parti mauricien, dans une voiture remplie d’argent. Gaëtan Duval avait demandé à ses partisans de Cassis de voter très vite et de descendre par la suite à Plaine-Verte. Il y avait un désordre épouvantable qui empêchait les électeurs de se rendre aux bureaux de vote. C’est la raison pour laquelle papa est tombé. Ce n’était pas fini, car le PMSD ne voulait pas de l’indépendance contre laquelle il s’était battu, même à Londres parce qu’il était en faveur de l’association avec la Grande-Bretagne. Il y a eu des bagarres entre les Créoles et des Musulmans après les élections. Même avant les élections en 1967, il ne faut pas oublier qu’il y avait les bagarres de Trois-Boutiques en 1965. J’avais moi-même défendu les gens de là-bas. C’était purement électoraliste. Les Hindous de Trois-Boutiques étaient accusés d’“unlawful assembly” et de violence. La plupart ont été acquittés en première instance.

Quelles étaient les vraies origines de ces bagarres ?
On parle toujours d’un “gang warfare” mais je ne crois pas. Ils voulaient à tout prix stopper l’indépendance et n’ont pas réussi. Je me souviens de ces affrontements meurtriers. Il y avait des assassinats partout. Abou Soobratty, le lieutenant de mon père, avait été assassiné. Avec lui, un dénommé Abass Peerbaye avait été tué à Ste-Croix. Tout cela était très triste pour Maurice. C’est la raison pour laquelle je me suis insurgé contre les propos tenus par Soodhun contre Xavier-Luc Duval. J’ai fait une déclaration pour dire qu’on a un terroriste potentiel au parlement. On ne veut pas d’une autre bagarre raciale.

Les photos illustrant votre face-à-face avec Gaëtan Duval ont fait la une des journaux de l’époque. Qu’est-ce qui s’était passé ?
Gaëtan Duval était contre l’indépendance et on se critiquait mutuellement avec force. À un moment donné, il a lancé un défi en vue d’une confrontation à Plaine-Verte. C’était après les bagarres raciales. Mon père, qui était malade, avait reçu un appel téléphonique de quelqu’un qui lui avait dit : « Si ou garson desann Plaine-Verte demin, so lamor. » Mon père m’avait alors dit : « Si ou ena mo disan ou pou ale. Si ou pena mo disan, ou pa pou ale. » J’y suis allé. Monaf Fakira avait déjà quitté le Parti mauricien pour se joindre à nous. Je suis arrivé à Plaine-Verte avant Gaëtan Duval, coiffé d’un fez avec mon drapeau de CAM flottant. On a attendu Gaëtan Duval. Lui, a fait sortir un camion de pompier qui avait déclenché sa sirène et le suivait dans une voiture décapotable jusqu’à Plaine-Verte. Comme il est arrivé, je me suis précipité dans sa voiture. Il m’avait poussé. Je suis tombé à l’extérieur. Ses partisans l’ont pris sur leurs épaules et les miens en ont fait de même. Les Mobile Force étaient là. Heureusement que le vent soufflait ce jour-là en direction de Gaëtan Duval. Voyant que la situation allait se détériorer avec risque de bagarres violentes, ils ont fait usage de gaz lacrymogène pour disperser la foule. Le gaz poussé par le vent est allé en direction de Gaëtan Duval qui est tombé par terre. Je suis ensuite parti. La confrontation avait pris fin.
Par la suite et heureusement pour Maurice, le visionnaire qu’était Seewoosagur Ramgoolam, en consultation avec mon père, avait accepté que Gaëtan Duval se joigne au gouvernement de coalition qui a été créé en 1969. SSR avait réalisé que, pour le progrès de Maurice, il fallait que tout le monde se mette ensemble. Sookdeo Bissoondoyal, qui ne voulait pas de Gaëtan Duval, avait alors quitté la coalition pour se rendre dans l’opposition. Maurice Lesage, Guy Ollivry et Raymond Rivet avaient également quitté le Parti mauricien pour créer l’UDM. Mon père l’avait accepté malgré les bagarres raciales. Je me souviens d’ailleurs que, pour mettre fin à ces bagarres, Gaëtan Duval était venu à la maison en présence de la MBC. Mon père et lui se sont embrassés pour montrer aux deux communautés concernées qu’à l’image de leurs leaders, ils avaient à vivre en paix. Avant cette embrassade, SSR et mon père étaient allés voir le commissaire de police, un Britannique. Mon père avait exigé que les troupes britanniques soient envoyées à Maurice. Heureusement qu’elles sont arrivées et ont désarmé les deux communautés à Plaine-Verte, à Cassis, en passant de maison en maison. C’est cette coalition qui a contribué à mettre l’économie de Maurice sur les rails. À cette époque, il n’y avait que le sucre. Il n’y avait pas d’industrie ou de tourisme. Cyril Marchand, alors membre du gouvernement, avait beaucoup contribué pour lancer le développement industriel.

La coalition est également marquée par le renvoi des élections générales…
Je me souviens qu’après le discours du Trône en 1967, j’avais été choisi par sir Seewoosagur pour remercier la Reine. J’avais alors parlé de l’ère coloniale, de camps sucriers, etc. J’avais aussi dit que nous pardonnerions, mais que nous ne pourrions pas oublier. Papa était devenu ministre des Logements et des Terres. Le gouvernement de coalition s’était attelé à la tâche. C’est vrai, on avait amendé la Constitution pour que les élections de 1972 soient renvoyées à 1976. Ce qui avait été bien mal vu par la population et l’opposition MMM d’alors. Est-ce que c’était nécessaire ou pas ? À ce moment, nous avions cru que c’était nécessaire pour que la population ne soit pas dérangée après avoir connu les bagarres raciales et pour que le pays puisse progresser économiquement. La décision de SSR était raisonnable à la lumière de ce que je viens de vous dire. En 1976, nous sommes à nouveau allés aux élections et mon père, bien qu’il ne veuille pas être candidat, a été forcé à se présenter par Ramgoolam. Il a été battu. Pour ma part, j’étais parmi les Best Losers dans la circonscription N° 8. Le MMM est arrivé en force au parlement. Je me souviens que nous avions une très faible majorité. Nous avions bien travaillé contre cette opposition féroce menée par Paul Bérenger et Dev Virahsawmy, entre autres. Lors des élections de 1982, le MMM est arrivé au pouvoir après une victoire de 60-0, mais cela n’a pas duré longtemps. Nous savons que ce qui s’est passé par la suite avec l’arrivée, en 1983, de l’alliance Bleu-Blanc-Rouge au pouvoir. Il y a eu de grands moments, mais également des épisodes bien tristes avec les Amsterdam Boys ou la Commission d’enquête sur la drogue présidée par sir Maurice Rault. On avait allégué que le MSM était financé par les barons de la drogue… L’histoire se répète en 2017. Je ne ferais pas plus de commentaires à ce sujet parce qu’il y a une Commission d’enquête.

Paul Bérenger disait récemment que le CAM n’était pas nécessairement en faveur de l’indépendance et que ce que voulait le parti, c’était le Best Losers System. Pouvez-vous nous éclairer ?
Le CAM était pour l’indépendance, à condition qu’on ait des Reserved Seats pour les minorités. Papa ne parlait pas des musulmans seulement, mais aussi des minorités. Jules Kœnig et Gaëtan Duval s’opposaient à cela. Ils craignaient que ces sièges aillent seulement aux musulmans. C’est alors que Ramgoolam a demandé à CAM de le soutenir et a promis de nous accorder le Best Losers System, pas uniquement pour les musulmans, mais aussi pour les autres minorités. My father sided with Ramgoolam for the independence because he has the guarantee that he will get the Best Losers System. Il avait aussi fait la demande que les musulmans soient régis par la Charia, la loi islamique. Malheureusement, lorsque Jugnauth est arrivé au pouvoir, en 1983, il a rayé cela. Avec du recul, je pense que c’était peut-être une très bonne chose surtout qu’aujourd’hui on a beaucoup de mariages mixtes. Je suis moi-même le produit d’un tel mariage. Ma mère était chrétienne avant sa conversion. Cela aurait été difficile pour moi-même.

On vous a présenté comme le leader des musulmans à un certain moment. Qu’en est-il vraiment ?
Non. On ne m’a jamais accepté comme leader. J’ai essayé de faire revivre le CAM mais je n’ai pas réussi. Le PIM avait quand même battu, en 1982, les candidats du PAN à Plaine-Verte. J’avais obtenu la 4e position après les candidats du MMM. Cependant, il ne faut pas oublier que Cassam Uteem fut un temps un membre du CAM qui avait été élu conseiller à la municipalité de Port-Louis. Subséquemment, il a quitté le CAM tout comme Raouf Bundhun. Ils sont partis après l’échec de 1976 et après la mort de mon père pour se joindre au MMM. Cassam Uteem est par la suite devenu président de la République et Raouf Bundhun est devenu vice-président avec le soutien du MSM.

Vous avez été ministre du Travail pendant les grèves générales qui avaient secoué le pays… Que s’était-il passé ?
Je suis devenu ministre du Travail en 1976. Bien sûr, j’ai connu les grèves déclenchées par les syndicats menés par Bérenger. C’est là que j’ai fait face à Bérenger et à Alex Rima de même qu’à d’autres syndicats. J’avais réussi à avoir certains syndicats de mon côté, mais pas ceux soutenus par le MMM. À cette époque, Satcam Boolell était le seul ministre qui m’avait soutenu comme ministre du Travail. Je me souviens aussi que SSR m’avait demandé de venir le voir à l’aéroport alors qu’il quittait le pays pour une mission à Londres. Il m’avait dit : « Minister you put an end to the strike at all cost. » « How can I put an end to a strike which I didn’t start », lui avais-je répondu. Il est parti, mais la grève s’est poursuivie à son retour. Bérenger ne voulait plus avoir affaire à moi et moi non plus. Je ne voulais pas le rencontrer de même que les autres grévistes aussi longtemps qu’ils étaient dans l’illégalité. Pour moi, ils étaient des hors-la-loi. Je me suis rendu un jour à la télévision pour demander que la grève cesse, mais ils ne m’ont pas écouté. La veille, alors que j’étais à la télévision, on m’avait privé d’image et j’ai dû me rendre à la radio afin de poursuivre mon intervention. C’était un désordre épouvantable à Maurice à cette époque. On s’était attaqué à mon père parce qu’il avait parlé contre la nationalisation du port…

Vous semblez garder un mauvais souvenir du MMM, n’est-ce pas ?
Oui, mais je ne suis pas rancunier. Je dois vous dire que lorsque Paul Bérenger est devenu Premier ministre suite à un accord à l’israélienne avec sir Anerood Jugnauth, je l’ai beaucoup apprécié. Je n’étais pas au pays au moment de son installation et je suis rentré après avoir occupé un poste d’ambassadeur. Je n’étais pas au parlement et n’étais pas ministre ou député. Je dois reconnaître que Paul Bérenger était quelqu’un qui avait le respect de tous, des fonctionnaires du PMO et de tous les autres en général. C’était quelqu’un qui était à l’écoute de tout le monde. À part SSR, on peut classer Bérenger comme le meilleur Premier ministre que le pays ait connu. Jamais il n’a lancé des dossiers au visage des fonctionnaires. Il était toujours très élégant. Je n’étais ni ministre ni député, mais, lorsque je lui avais téléphoné, il m’a demandé de venir le voir immédiatement. Cela n’a jamais été le cas pour les autres.

Vous avez aussi connu sir Anerood Jugnauth. Quel souvenir gardez-vous de lui ?
J’étais Deputy Speaker, mais ce n’était pas la même élégance. Je considère que Bérenger était quelqu’un de plus cultivé, bien qu’il ait été mon adversaire. C’est un “political animal” qui passera sur le cadavre de ses adversaires, mais c’est également un excellent leader de l’opposition. The Best Leader of opposition the country has ever had. C’est quelqu’un qui fait son travail et qui est pointilleux. Après avoir démissionné comme ministre du Travail pour aller en Égypte, je me rappelle avoir reçu une lettre de Burrenchobay, à qui Bérenger avait confié que j’étais “the best labour minister”. C’était un compliment venant de Burrenchobay et indirectement de Paul Bérenger. À l’époque de la grève, j’étais là pour faire charger les bateaux, je faisais sortir les bus. J’étais à l’écoute des travailleurs. Je faisais justice. Je connais la douleur des travailleurs malgré le fait que Bérenger m’avait donné le titre d’avocat des patrons. J’étais un ministre indépendant vis-à-vis des travailleurs comme des patrons. Je n’ai pas travaillé avec Navin Ramgoolam lorsqu’il était Premier ministre. Par contre, mon fils Shakeel a été ministre du Travail au sein de son gouvernement.

Quel regard jetez-vous sur le pays aujourd’hui ?
L’indépendance a vraiment porté ses fruits à Maurice. Il ne reste d’ailleurs que trois personnalités, en faveur de l’indépendance et qui avaient participé à l’élection d’août 1967, qui sont encore en vie. Ce sont M. Jeetah, Raouf Bundhun et moi-même. Aujourd’hui, je suis triste de voir ce pays pour lequel on s’est battu. On a connu beaucoup de difficultés pour obtenir l’indépendance et faire voter la population en faveur de l’indépendance. Je rêvais alors que les gens marcheraient la tête haute et fiers de cette liberté obtenue d’une longue lutte. Aujourd’hui, après 50 ans d’indépendance, on voit un pays à genoux par la faute de la gourmandise des gens, leurs intérêts privés, leur favoritisme, leur népotisme afin de placer leur personnel, leurs parents, copains, copines. Ils s’en fichent pas mal du bonheur des Mauriciens. Qu’est-ce que mes petits-enfants, nos petits-enfants auront demain ? Après-demain ? Quel avenir y a-t-il pour eux ? Sommes-nous en train de construire leur avenir ? C’est fini pour Maurice. Il y a beaucoup d’effets d’annonce sans que rien ne se concrétise et rien ne se concrétisera.

Même pas le Metro Express ?
Excepté le Metro Express. Vous réalisez, il n’y a plus d’humanisme. On veut déloger les gens de leurs propres maisons. Il fallait d’abord trouver des maisons pour loger ces gens-là. Où iront ces marchands ambulants, ces maraîchers de Rose-Hill et de Quatre-Bornes ? Savez-vous quelle débandade et quelle congestion routière il y aura ? On est en train d’hypothéquer l’avenir de nos enfants. Voilà ce que fait le gouvernement de Pravind Jugnauth. Beaucoup de ses députés ont été élus par défaut. S’il y avait une élection aujourd’hui ce gouvernement serait balayé. Les gens sont malheureux, il n’y a plus de sourire sur les visages. Le chômage s’accroît, les diplômés et les “school leavers” n’ont pas de travail. À chaque fois que Soodhun ouvre la bouche, le gouvernement perd des milliers de votes. Je ne reconnais plus ce Gayan qui écrivait des chroniques très intéressantes dans la presse. Quant à Collendavelloo, pour qui j’avais le plus grand respect comme légiste, il est devenu la voix de son maître.

Que pensez-vous de la réforme électorale ?
Nous vivons en 2017. Nous sommes tous patriotes malgré certains abus de certaines personnes qui ne pensent qu’à leurs intérêts. Nous sommes arrivés à un moment où il ne faut plus penser à sa communauté, à sa caste au moment des élections. Il est temps que l’on donne à chaque Mauricien la chance d’être reconnu pour sa compétence et non pour sa communauté ou sa caste. Je vais plus loin… Pourquoi faut-il qu’il y ait toujours un Vaish comme Premier ministre ? Pourquoi ce Vaish doit être un Ramgoolam ou un Jugnauth ? N’y a-t-il pas d’autres Vaish qui sont compétents ? N’y a-t-il pas de Baboojee, de Ravived, de Créoles, de Musulmans, de Blancs qui soient des Mauriciens compétents ? Pourquoi ne choisit-on pas la compétence, la méritocratie pour qu’avance l’île Maurice ? Malheureusement, cela continuera on aura soit Ramgoolam soit Jugnauth comme Premier ministre !

Et Bérenger ?
Allez voir les statistiques et les recensements de la population. Vous verrez que la population générale est devenue la population majoritaire. Pourquoi pas un membre de la population générale comme Premier ministre ?

À vous entendre, on peut se demander si vous êtes toujours pour le Best Losers System.
Si c’est pour perpétuer le communalisme, non. Ce n’est pas dans l’avantage des minorités d’être des communautaristes. Nous voulons être reconnus et avoir notre part du gâteau national. C’est tout. Mais ne me donnez pas ma part parce que je suis musulman, mais parce que je suis compétent.

Quels sont vos vœux pour ce 50e anniversaire ?
Avant d’arriver là, je voudrais dire que je suis triste de constater que lorsqu’on parle du développement d’Agaléga, le gouvernement de Jugnauth refuse de publier l’accord qui existe entre Maurice et l’Inde concernant le don de plusieurs milliards de roupies accordé par ce pays. Pourquoi ne pas le publier ? Qu’est ce qu’il y a de mal à cela ? Nous attendons avec impatience. Pour répondre à votre question, je souhaite que Maurice appartienne aux Mauriciens, que tous les Mauriciens aient les chances égales partout, que nous ayons des institutions libres et non dictées par le gouvernement, que la PSC et toutes ses institutions soient libres. Je souhaite une télévision indépendante et libre qui ne soit pas dictée par aucun gouvernement, qu’il y ait une loi sur la Freedom of Information. Je souhaite également qu’il y ait une législation sur le financement des partis politiques. Je souhaite enfin que l’on puisse avoir les élections générales demain. La population ne veut plus de ces gens-là.