1er mai : baromètre politique

La fête du travail renouera cette année avec la vieille tradition bien établie consistant à être le baromètre de popularité des forces politiques sur le plan local. En effet, après avoir laissé le champ libre à l’ancienne Alliance Lepep durant des deux dernières années, le MMM sera de retour sur la scène nationale avec l’organisation d’un meeting Place Edward VII alors que le Mouvement patriotique, lui, fera son baptême du feu à la Louise, Quatre-Bornes. Le PMSD, pour sa part, donnera le ton avec son congrès annuel dans la cour de l’école hôtelière dans la matinée de demain.
L’enjeu est de taille pour toutes les formations politiques, à commencer par l’alliance gouvernementale, dont la configuration a été sensiblement modifiée après quelque 28 mois passés au pouvoir. L’Alliance Lepep, qui avait pourtant remporté haut la main les élections générales de décembre 2014, s’est en effet depuis désagrégée pour devenir l’alliance MSM-ML après le départ du PMSD. Afin de conforter sa majorité parlementaire, des dissidents du MMM et du PMSD, qualifiés de « transfuges », ont dû être recrutés. Le changement le plus marquant intervenu au niveau gouvernemental aura été évidemment la démission de sir Anerood Jugnauth en tant que Premier ministre, le fauteuil revenant ensuite à son fils, Pravind, en sa capacité de leader du MSM. Cette passation de pouvoirs sans passer par les élections est, comme on le sait, critiquée par l’opposition et même contestée en Cour suprême par le PMSD et le Ptr. Pravind Jugnauth et le gouvernement MSM-ML auront donc l’ingrate besogne de démontrer, à travers la mobilisation de leurs partisans à Vacoas lundi, que la perception d’impopularité qui les affecte n’est pas justifiée. La tâche de Pravind Jugnauth est d’autant plus compliquée qu’un de ses anciens lieutenants, en l’occurrence Roshi Badhain, et qui a quitté le gouvernement le jour de sa nomination comme Premier ministre, s’est engagé dans une lutte sans merci contre le gouvernement et contre lui personnellement. Alors qu’il célébrera cette semaine ses premiers 100 jours à la tête du gouvernement, Pravind Jugnauth devra ainsi démontrer qu’il dispose déjà d’un bilan de réalisations, qu’il bénéficie de l’adhésion de toute la population et qu’il s’apprête à entamer la deuxième partie de son mandat gouvernemental sous de bons auspices.
Après sa cuisante défaite électorale en 2014, le MMM, lui, avait entrepris sa traversée du désert en s’engageant dans une réflexion sur sa propre organisation. La fête du travail avait ainsi été marquée, durant les deux dernières années, par l’organisation de journées de réflexions, qui ont finalement débouché sur l’adoption d’une nouvelle constitution pour le parti. Le MMM a également connu de graves secousses avec le départ de plusieurs de ses cadres, dont Alan Ganoo et Jean-Claude Barbier, qui ont fondé le Mouvement patriotique. D’autres, comme Joe Lesjongard et Raffick Soreefan, se sont joints au MSM alors que Kavi Ramano siège actuellement en indépendant dans l’opposition. Avec le passage dans l’opposition du PMSD, le MMM est passé de la première à la deuxième place en tant que force d’opposition parlementaire. Mais il ambitionne de redevenir la première force politique du pays capable de se présenter seule aux prochaines élections générales, avec Paul Bérenger présenté comme « Premier-ministrable ». Le succès du meeting de lundi est crucial pour son positionnement futur sur l’échiquier politique local.
Au niveau du PMSD, son leader, Xavier-Luc Duval, a fait une entrée réussie comme leader de l’opposition avec des PNQ qui ont laissé des traces au niveau gouvernemental. Certains parlementaires bleus, dont le jeune Adrien Duval, se sont déjà fait remarquer et donnent des indications qu’ils ont de l’avenir sur la scène politique. La question aujourd’hui est de savoir si le PMSD dispose de la même aura dans l’opposition qu’il en disposait au temps de sa présence au gouvernement. Le Ptr, pour sa part, continue à rester sur la touche en attendant des jours meilleurs.
Les prochains jours s’annoncent donc palpitants pour les observateurs politiques, à condition toutefois que la météo ne joue pas au trouble-fête. On pourra alors se faire une idée des différentes configurations qui pourraient se dégager dans la perspective de prochaines élections générales, dont l’organisation est réclamée avec force par l’opposition.