Un 1er mai sous la pluie

Les principales formations politiques et associations syndicales ne se sont pas laissées impressionner par le mauvais temps et la pluie lundi dernier pour organiser leurs traditionnels rassemblements à l’occasion de la fête du travail. À l’évidence, elles ont toutes adopté la citation de l’écrivain Vivian Greene, qui considère que : « Life isn’t about waiting for the storm to pass… It’s about learning to dance in the rain. » Au propre comme au figuré, surtout lorsqu’il s’agit de la lutte politique et syndicale.
Force est de reconnaître que les regards et l’attention étaient surtout braqués vers Vacoas, où l’alliance MSM-ML avaient convoqué ses partisans, tandis qu’à Rose-Hill, le MMM faisait son retour place Edward VII. L’alliance gouvernementale avait déployé tous les grands moyens dont elle dispose pour s’assurer de la présence d’une bonne foule à son rassemblement. Et si cette dernière n’était pas celle des grands jours, elle était toutefois suffisante pour booster les dirigeants de l’alliance gouvernementale. Ce qui aura encouragé Pravind Jugnauth à prévoir que son gouvernement ira jusqu’à la fin de son mandat après avoir réalisé d’importants travaux d’infrastructures, dont le métro express. Pour Pravind Jugnauth, ce meeting symbolisait en quelque sorte une coupure politique avec son père, sir Anerood, qui, pour la première fois dans l’arène politique, n’a pas pris la parole à un meeting du 1er mai. Des observateurs ont noté qu’à aucun moment il n’a fait mention de ce dernier, voire même remercier son père, qui l’a intronisé aux fonctions premierministérielles il y a un peu plus de 100 jours. L’étape du 1er mai terminée, le vrai test pour lui viendra avec la présentation du budget 2017-18, qui fait actuellement l’objet de consultations. Le défi sera d’autant plus grand qu’il le présentera en tant que Premier ministre et ministre des Finances.
A Rose-Hill, le MMM semblait être requinqué par ce qu’ils ont réussi pour ce premier meeting national depuis près de trois ans. Avec les moyens du bord, ce parti a réussi à remplir la place Edward VII. La photo de la foule prise lors de l’intervention de Paul Bérenger sera d’ailleurs apparemment utilisée comme affiche dans le cadre d’une campagne de mobilisation nationale. Toutefois, à entendre les dirigeants mauves, la principale source de satisfaction ne réside pas dans l’importance de la foule, mais plutôt dans sa composition. Ils sont en effet convaincus, après la période difficile ayant suivi les élections générales de décembre 2014, que le MMM a réussi dans une grande mesure à réunir tous ses militants traditionnels, y compris tous ceux qui avaient tourné le dos au parti à la suite de l’alliance conclue avec le Ptr. Ce qui amène Paul Bérenger à dire que son parti a retrouvé sa force d’avant les dernières élections générales. Requinqué par ce qu’il a vu lundi, le leader mauve se sent désormais conforté dans sa volonté de se rendre seul aux prochaines élections, rejetant tout rapprochement avec le Ptr, et encore moins avec le MSM. « Tout nous éloigne de ce parti », lance-t-il afin, semble-t-il, de tuer dans l’œuf toute velléité d’alliance avec le MSM. La posture du MMM, désormais, semble de se rendre aux élections seul, comme en 2010, et en cas de victoire, de conclure une alliance afin de gouverner le pays. Sa remarque à l’effet que le MMM s’ouvrira « aux jeunes, aux professionnels et aux politiciens propres et compétents » a d’abord été interprétée comme une volonté de prendre une assurance avant les élections. Mais Paul Bérenger a dissipé cette confusion lors d’un point de presse cette semaine en précisant que cette ouverture se fera « après » les élections. Toutefois, cette configuration politique semble s’inscrire dans la probabilité que les élections soient organisées dans trois ou six mois, selon le système électoral présent. Le MMM ne croit en effet pas qu’il y aura de réforme électorale. La question qui se pose maintenant est de savoir ce qui se passerait si, malgré la très forte pression des partis de l’opposition, l’alliance gouvernementale arrivait, comme le souhaite son leader, à se maintenir au pouvoir encore deux ans. Le MMM pourra-t-il alors vraiment faire cavalier seul contre tous les partis politiques présents sur l’échiquier ? Que se passerait-il si une alliance, bien improbable pour l’instant, s’organisait pour faire barrage au MMM ? « One week is a long time in politics », dit-on, et l’expérience nous enseigne que tout est possible en politique à Maurice. Bien malin celui qui pourrait pronostiquer quelles seront les configurations politiques qui s’affronteront pour les prochaines élections générales. En parlant d’élections d’ailleurs, l’attention internationale sera tournée vers la présidentielle en France, un pays ami. A Maurice, le sentiment est que la politique d’ouverture et de fraternité universelle devrait avoir le dessus sur toutes les formes de protectionnisme et de replis sur soi. Mais sur ce point, laissons le choix aux électeurs français.