2017, année charnière

Alors qu’on tourne la page sur l’année 2016, qui a été difficile, nous entrons inexorablement vers l’année 2017 qui devrait être une année charnière à plus d’un égard.
Au-delà des bouleversements politiques propres à notre démocratie caractérisée par les alliances et les mésalliances politiques, Maurice maintient sa réputation d’être un des pays les plus stables d’Afrique et éventuellement dans le monde. Cela est dû à plusieurs raisons, notamment le respect de l’État de Droit, la continuité de l’État quel que soit le parti politique au pouvoir, le rôle du secteur privé dans l’économie, l’expérience des cadres de la fonction publique et le respect des institutions.
Au niveau politique, le rééquilibre des forces parlementaires devrait être salutaire pour le fonctionnement de notre démocratie. Avec le renforcement de l’opposition, le gouvernement à mi-mandat n’a plus droit à l’erreur et à des abus de pouvoirs. Il se doit d’être performant afin d’assurer sa propre survie. L’attention sera fixée sur le remaniement ministériel qui devrait intervenir durant le premier trimestre de l’année. Le message du Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, à la Nation ce soir est attendu avec beaucoup d’impatience par la population. Il devrait permettre de se faire une idée de la feuille de route du gouvernement pour l’année qui vient.
C’est au plan de l’économie et du développement intégré que se jouera l’avenir de Maurice. Après plusieurs mois consacrés à l’assainissement des finances publiques caractérisé par la déconstruction de certains canards boiteux — ce qui n’avait pas empêché certains acteurs dans le giron du pouvoir à se livrer dans les activités moralement condamnables — on a pu observer quelques signes positifs sur le plan économique. La croissance économique a tourné autour de 3,8 % en 2016 et les prévisions de croissance pour 2017 sont de 3,9 %. L’annonce du lancement de plusieurs projets d’infrastructure comme le métro express, les smart cities, la gare routière de Port-Louis etc. laisse présager une relance dans l’industrie de la construction. L’investissement commence à reprendre au niveau du secteur privé où les bases pour une série de projets ont été jetées. Les opportunités se précisent. Tout se jouera dans la mise en œuvre. À ce niveau, des signes de faiblesse ont été constatés, notamment en ce qui concerne l’ingérence croissante des hommes politiques au niveau opérationnel dans le service public. Une fois la décision politique prise au gouvernement, une plus grande liberté devrait être donnée aux fonctionnaires pour leur concrétisation dans le respect de la transparence et la bonne gouvernance. Il devrait y avoir une ligne de démarcation claire entre le « policy making » et la mise en œuvre en faisant confiance à la fonction publique. Dans ce contexte, la chute de Maurice dans le classement de l’indice Doing Business préparé par Banque mondiale constitue un avertissement qui ne devrait pas être négligé. Ce qui nous amène à souligner l’importance des institutions qui sont des garants de la stabilité dans la République de Maurice souveraine et démocratique. La manière dont les amendements constitutionnels ont été présentés au Parlement dans le but de revoir les pouvoirs du DPP a constitué un mauvais signal envoyé par Maurice. Dans une démocratie participative comme Maurice, l’exécutif ne peut pas être le seul détenteur de la vérité et le seul à avoir raison face à toutes les autres forces actives et institutionnelles qui ont la confiance de la population. D’où la pertinence de l’action du PMSD qui a eu l’honnêteté et le courage d’empêcher que la Constitution soit amendée de manière intempestive. Tout amendement constitutionnel, fut-il le Prosecution Commission Bill ou une éventuelle réforme électorale, devrait obligatoirement passer par le dialogue.
Maurice n’évolue pas dans un vacuum et reste vulnérable face à tout ce qui se passe et se décide sur le plan international. À ce propos, beaucoup de défis nous attendent cette année : l’arrivée de Donald Trump à la tête des USA en janvier, le début des négociations concernant le Brexit, la fin du quota sucrier interne en Europe, l’introduction du BEPS concernant les services financiers par l’OCDE, l’entrée en vigueur du GARR en Inde. Tout cela fait que l’année 2017 sera une année charnière pour Maurice. Souhaitons donc à tous les Mauriciens une bonne et heureuse année.