50 ans d’indépendance : à quand le réveil du comité organisateur ?

Ce mois d’août 2017, qui prend fin cette semaine, a été marqué par des dates déterminantes dans la destinée de Maurice et son parcours vers l’accession à l’indépendance le 12 mars 1968, dont nous célébrerons le jubilé l’année prochaine. Il y a eu d’abord le 7 août, date à laquelle se sont déroulées, avec en toile de fond une tension politique et raciale, les élections générales qui faisaient office de référendum pour l’indépendance. Le pays était alors pratiquement divisé en deux et c’est le Parti de l’Indépendance menée par sir Seewoosagur Ramgoolam qui devait remporter la majorité des suffrages, malgré la forte opposition symbolisée par le PMSD qui remporta 44 % des suffrages. Il y a eu ensuite le 22 août, date à laquelle l’Assemblée législative, nouvellement élue, adopta la motion présentée par le Premier ministre en vue de demander au gouvernement britannique d’accorder l’accession de Maurice à l’indépendance. Elle était stipulée comme suit : « That this Assembly requests Her Majesty’s Government in the United Kingdom to take the necessary steps to give effect, as soon as practicable this year, to the desire of the people of Mauritius to accede to Independence within the Commonwealth of Nations and to transmit to other Commonwealth Governments the wish of Mauritius to be admitted to membership of the Commonwealth on the attainment of Independance ». Cinquante ans après, le discours empreint d’espoir prononcé à cette occasion par sir Seewoosagur Ramgoolam a toujours sa pertinence. Il rendit alors un vibrant hommage à ces Mauriciens qui ont contribué à la marche de la population vers la libération de leur pays. Il devait citer, entre autres, des noms comme Rémy Ollier, Prosper d’Épinay, Sir William Newton, Eugène Laurent, Anatole de Boucherville, Gaston Gébert, Raoul Rivet et sir Edgar Laurent. « They all participated in the political evolution of Mauritius », a-t-il affirmé. Il enchaîna en rendant hommage aux grands démocrates disparus alors comme Anquetil, Rozemont et Seeneevassen. « These illustrious sons of Mauritius have brought history to the feet of our struggling people as offerings to be honoured and cherished ». Pour le père de la nation, la lutte pour la liberté politique s’inscrivait profondément dans l’histoire en rappelant qu’en 1794, l’isle de France était devenue une colonie française rebelle et que pendant quelques années la colonie s’était comportée comme si elle était virtuellement indépendante. La lutte ne s’est jamais interrompue au fil des années et a débouché sur l’institution d’un Conseil gouvernemental en 1825. En 1885, il fut convenu que ce conseil composé alors de 27 membres comprendrait 10 membres élus. Maurice s’est dotée d’une « elective Constitution » en 1886. SSR conclut son discours en affirmant que Maurice entrait dans une ère nouvelle. « Mauritius begins today a new chapter of its history. Let us resolve that our determination to build a better future for ourselves and our children we shall all be inspired by the loftiest principles of patriotism and love for our island home. We have striven for many years now to create a new sense of unity out of our rich diversity… »
Beaucoup d’eau a depuis coulé sous les ponts. Au prix de sueur, de sang et de sacrifices, beaucoup de progrès ont été accomplis dans la construction d’une nation mauricienne. Il reste encore beaucoup à faire. La Constitution en vigueur depuis l’indépendance a largement contribué à maintenir la stabilité dans le pays et a assuré le maintien d’un État de droit sans lequel aucun progrès économique et social n’aurait été possible. Et, comme le souligne Milan Meetarbhan, auteur d’un livre intitulé « Constitutional law of Mauritius » lancé le 22 août dernier, il y a encore « room for improvement » notamment au niveau de la réforme électorale, pour approfondir la démocratie en veillant qu’elle ne soit pas amendée aussi facilement et de façon capricieuse.
Nous sommes presque à six mois de la célébration du 50e anniversaire de l’indépendance. Il est dommage que la mobilisation annoncée qui devait monter crescendo pour atteindre son apothéose en mars prochain se fasse toujours attendre. À l’exception des initiatives privées, aucune des dates marquantes comme celles célébrées ce mois-ci n’a été marquée de manière significative. Le flambeau symbolisant la flamme de l’indépendance circule dans le pays dans l’indifférence. Seuls les promoteurs de Moris Dime multiplient les efforts de mobilisation à travers le pays alors que Porlwi by Nature, autre initiative privée prévue du 29 novembre au 3 décembre, promet de marquer l’imagination en vue de la célébration du 50e anniversaire.
Il est temps que le comité institué pour galvaniser la population et préparer la célébration du 12 mars prochain présidé par Nando Bodha se réveille.