50 ans et des confettis...

Cinquante ans. L’histoire a parfois de ces vérités. Comme celle qui entoure le vote aux Nations unies concernant les Chagos, alors que va s’ouvrir, la semaine prochaine à l’Université de Maurice, une grande conférence internationale portant sur les 50 ans d’indépendance de Maurice, que nous célébrerons en mars 2018.
Il aura donc fallu quasiment cinquante ans pour que Maurice porte jusqu’au bout sa revendication de souveraineté sur l’archipel des Chagos, détaché de notre territoire dans les années 1960 par la Grande-Bretagne, dans le cadre de la décolonisation. Et dans le cadre d’un accord avec les États-Unis, qui ont établi sur l’île principale de l’archipel, Diego Garcia, l’une de leurs plus importantes bases militaires.
Le jeudi 22 juin, l’assemblée générale de l’Organisation des Nations unies à New York a donc passé au vote une résolution portée par l’ex-Premier ministre et ministre mentor, Anerood Jugnauth.
Il y a lieu de se réjouir de ce vote qui a vu l’expression de 94 pays en faveur de cette résolution pour demander un avis consultatif à la Cour Internationale de Justice (CIJ). Avec 15 voix contre et 65 abstentions
Le Groupe Réfugiés Chagos (GRC) mené par Olivier Bancoult a largement exploré et exploité toutes les avenues légales depuis que les Chagossiens ont été expulsés de leur archipel dans des conditions inhumaines. Cela a généré beaucoup d’espoirs. Mais aussi beaucoup de déceptions, à coups de jugements favorables cassés en appel, ou alors de jugements d’emblée défavorables. Comme, dernier en date, celui de la Cour Européenne des Droits de l’Homme qui, après huit ans de procédures, avait conclu, en décembre 2012, que les Chagossiens ne pouvaient plus entretenir aucune prétention, ayant signé un papier où ils renonçaient supposément à toute requête future lorsqu’une dérisoire compensation financière leur avait été remise par Londres dans les années 80. Du coup, le gouvernement mauricien avait réaffirmé sa conviction que la solution devait être politique. Comme l’avait d’ailleurs fait le groupe mené par Fernand Mandarin et appuyé par Hervé Lassémillante.
Il y a lieu de se réjouir donc de cet engagement politique, et de ses retombées, même si ce n’est que la première étape d’une longue bataille. A partir de là, il revient au secrétaire général de l’ONU de porter cette résolution devant la CIJ. Celle-ci devra dans un premier temps décider si cette affaire relève de sa compétence, puis, si elle décide que c’est le cas, travailler à émettre un avis en soi. Ce qui risque de prendre encore des années.
Dans le meilleur des cas donc, la CIJ pourrait décider que cela relève bien de ses compétences, et émettre un avis favorable à Maurice. Soit reconnaître que la souveraineté de Maurice sur les Chagos a été bafouée. Il est bien dit un avis. Car la CIJ n’a qu’un pouvoir consultatif. Et la Grande-Bretagne et les États-Unis ne sont absolument pas tenus de respecter son avis.
Tout cela ne servirait-il donc, au final, à pas grand chose?
Pas tout à fait.
Symboliquement, le «move» de Maurice est très important. Car malgré les «menaces» à peine voilées des Britanniques et Américains et les impératifs de la realpolitik jusqu’ici privilégiés, l’Etat mauricien a fini par faire corps avec la lutte inlassable des Chagossiens. Dont il faut saluer bien bas la détermination à faire reconnaître et compenser l’injustice flagrante dont ils continuent de souffrir.
Il y a donc là l’alliance de deux choses: d’une part ,la revendication de souveraineté de Maurice, et, de l’autre, la revendication des Chagossiens en tant que peuple bafoué. La suite nous dira si les deux sont tout à fait compatibles.
Au-delà, il y a aussi la question du maintien ou non de la base militaire américaine sur Diego Garcia, à laquelle Anerood Jugnauth a dit que son gouvernement ne serait pas opposée. Revendication de souveraineté pour recouvrer les droits de Maurice et/ou des Chagossiens sur l’archipel. Souveraineté pour négocier la location de l’île aux Américains ou pour réaffirmer la volonté d’un océan Indien zone de paix?
La question est d’autant plus complexe qu’il y a là, aussi, tout ce qui se joue en ce moment autour de l’océan Indien, entre la Chine et l’Inde, qui se positionnent résolument pour baliser cet espace d’influence. Pas anodin d’ailleurs que l’Inde ait voté à nos côtés. Alors que la Chine, elle, s’est abstenue. Comme la France d’ailleurs, qui a émis le souhait que cette affaire soit discutée et résolue entre Maurice et la Grande-Bretagne
A l’occasion de notre 50ème anniversaire, il y aurait là matière à l’organisation d’une autre conférence, sur ce que nous envisageons et voulons comme avenir pour la République de Maurice, soit notre île principale mais aussi Rodrigues, Saint Brandon, Agaléga, Tromelin et les Chagos. Ces îles-confettis que des revendications et convoitises diverses n’ont manifestement pas fini de se disputer...