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ANALYSE: Le réveil

Les virulentes critiques émises après son premier débat « raté » auront enfin réussi à remettre d’aplomb le président Obama. Face à son rival pour la seconde fois en direct à la télévision, l’homme se sera montré à la fois incisif et courtois, arborant finalement ce que tout le monde attendait de lui : une véritable posture présidentielle. Ce qui n’est en soi pas une véritable surprise, car comme nous l’avions rappelé après son premier duel « mitigé », Barack Obama – et, derrière lui, l’équipe démocrate qui l’aura aidé à préparer son face-à-face – est un fin stratège. Il connaît pertinemment le facteur « imprévisibilité » des élections, le potentiel excès de confiance engendré par le « piège » des sondages, l’impact des derniers discours, des dernières prises de position publiques. Et sait tout aussi bien que jusqu’au dernier moment, le moindre faux pas peut anéantir des mois de capitalisation politique.
Cette fois donc, le président sortant aura su resserrer les vis. Apparaissant aussi clair que clairvoyant, répondant à chaque question avec une aisance retrouvée, fustigeant son adversaire et démontant les contradictions de son discours… Et en se réappropriant, finalement, un débat qu’il aura avant tout voulu axé sur le social. Barack Obama se sera même permis de remettre plusieurs fois son rival à sa place, comme l’ont illustré quelques échanges clés. « Avez-vous regardé votre fonds de pension ? » lui a ainsi demandé Mitt Romney, ce à quoi le démocrate lui répond, du tac au tac : « Je ne le regarde pas, il n’est pas aussi gros que le vôtre ! » Ou encore, au sujet de l’attaque du consulat américain à Benghazi : « Suggérer qu’une personne de mon équipe ferait de la politique politicienne au moment où nous avons perdu quatre des nôtres, c’est insultant. »
Mais là où tout le monde l’attendait, c’était évidemment sur la question des fameux « 47 % de victimes », propos tenus à huis clos par Mitt Romney et sur lequel Barack Obama se sera permis le luxe de conclure les échanges. « Mitt Romney a dit que 47 % des habitants du pays se considèrent comme des victimes qui refusent de prendre leurs responsabilités. Réfléchissez à ceux dont il parlait. »
D’une manière générale, Barack Obama sera apparu plus ouvert que son rival, dans la mesure où il aura réussi à l’attaquer sans faire preuve de mépris. Contrôlant les échanges et argumentant intelligemment en replaçant le social au centre des débats. Traitant de « sujets qui touchent » : les impôts, l’immigration, la santé… Un chroniqueur du New York Times devait ajouter ce matin : « Il était plus composé, plus fluide, plus naturel. »
À l’issue du débat, un constat s’impose : Barack Obama a remporté la bataille médiatique. Mais attention, car il est encore loin d’avoir gagné la guerre. À trois semaines environ des élections, l’homme doit encore convaincre. Les indécis, bien sûr. Mais aussi et surtout ceux qui lui avaient offert les clés de la Maison Blanche en votant pour lui il y a quatre ans et qui, aujourd’hui, affichent une certaine déception de son bilan.
Car c’est bien sur ce point que l’homme peine encore à convaincre. Reste que de l’autre côté, dans le camp républicain, les choses ne sont pas beaucoup plus claires. Verbaliser le bilan de son adversaire – que ce soit en termes de dépenses publiques, de politique étrangère ou d’entrées de recettes – ne rime à rien si l’on ne propose pas d’alternative séduisante. Or, pour l’heure, le programme de Mitt Romney, entre autres sur la réforme des impôts, contient plus de « trous » qu’un gruyère suisse. Un vide que le républicain devra absolument combler au plus vite s’il veut conserver le capital politique acquis ces deux dernières semaines jusqu’à la tenue des élections. Et cela, c’est une autre paire de manches !