La tension monte du côté de la fonction publique où les confédérations syndicales se sont engagées dans une campagne de mobilisation contre les recommandations du rapport du PRB, qui devraient entrer en vigueur en janvier 2013. Elles considèrent que ce rapport est loin d’avoir répondu aux attentes des fonctionnaires, que l’écart entre ceux se trouvant au sommet de l’échelle salariale et ceux se trouvant au bas n’a fait qu’augmenter. Alors que certaines catégories d’employés au bas de l’échelle ont obtenu un peu plus d’une centaine de roupies d’augmentation, de hauts fonctionnaires ont obtenu jusqu’à Rs 40 000 de plus. Les syndicalistes concentrent leurs tirs pour le moment sur le directeur du PRB Mahen Parsad Aujayeb dont ils réclament la démission. Certains syndicalistes estiment que le rapport du PBB cette année a raté l’occasion de fixer une fois pour toutes un salaire minimum vital. Des syndicalistes s’étonnent qu’on puisse encore toucher un salaire de quelque Rs 7 800 mensuellement dans le service gouvernemental alors que Statistics Mauritius fixe à un peu plus de Rs 12 000 le salaire minimum décent. Le choc provoqué par la publication du rapport est encore chaud, et il faudra attendre quelque temps pour voir ce que l’avenir réservera à ce document dont la mise en œuvre coûtera plus de Rs 4,6 milliards. Le gouvernement s’est donné un peu plus de trois mois, jusqu’au 28 février au plus tard pour régler toutes les erreurs et omissions enregistrées jusqu’au 30 novembre. Les partis de l’Opposition se sont déjà intéressés aux débats sur ce dossier brûlant qui concerne plusieurs dizaines de milliers de familles mauriciennes, dont des électeurs.
Alors que ce débat tient le pays en haleine, la célébration de certains anniversaires mérite qu’on s’y attarde, avec les 40 ans du textile et de l’habillement célébrés par la MEXA et le 10e anniversaire de l’autonomie de Rodrigues.
40 ans, quel bel âge serait-on tenté de dire. Pour bien comprendre le chemin parcouru, il suffit de voir les images vidéo de la première usine créée par la famille Tang en 1972 et les reportages dans les usines de tissage de la CMT à La Tour-Kœnig. C’est le jour et la nuit. Au moment de l’accession de Maurice à l’indépendance, personne, même pas des Prix Nobel de l’Économie, n’aurait pu imaginer que Maurice deviendrait un jour une puissance internationale en matière de production de textile. Le sucre régnait alors en roi sur l’économie mauricienne. Quelques pionniers téméraires s’étaient hasardés dans la création d’usines de substitution, l’idée étant de rendre Maurice autosuffisante dans de nombreux produits, comme le beurre ou le savon du groupe Currimjee. Cette stratégie était difficilement soutenable dans le cadre de la compétition internationale féroce. Mais une heureuse conjugaison entre des leaders politiques courageux, des entrepreneurs visionnaires et un contexte économique approprié allait précipiter Maurice dans l’univers du textile. Les opérateurs hong-kongais appréhendaient la rétrocession de leur pays à la Chine, les industriels taïwanais disposaient de la connaissance et de la technologie en matière de production mais étaient en quête de marchés. C’est là qu’est intervenu le génie mauricien qui, profitant des facilités d’entrée sans quota sur le marché européen à travers les accords de coopération (Cotonou puis Lomé) et la disponibilité d’une main-d’œuvre éduquée et disponible, allait attirer les industriels asiatiques dans l’île. Les premières usines apparurent dans les zones industrielles de Plaine-Lauzun, qui fut considérée comme une zone franche. Maurice fit alors son entrée dans l’ère du textile et de l’habillement avec comme moteur principal la main-d’œuvre féminine, sans laquelle il n’y aurait pas eu de zone franche et à laquelle tout Maurice devrait exprimer sa reconnaissance. En 40 ans, l’industrie du textile a connu des hauts et des bas. Comme un roseau, elle s’est courbée notamment avec le démantèlement de l’Accord Multifibre, la montée des pays asiatiques comme la Chine, le Vietnam, le départ des industriels asiatiques du pays mais elle ne s’est jamais rompue. Aujourd’hui, on peut dire que le secteur textile et de l’habillement a réussi sa transformation et les principaux producteurs peuvent se flatter d’avoir des profits. « Ces résultats très positifs sont la conséquence logique de la stratégie adoptée par CIEL Textile à travers l’internationalisation de ses opérations et l’excellente performance de ses équipes de management et de tout le personnel tant à Maurice qu’à l’étranger », disait récemment Arnaud Dalais, Chairman du Ciel Textile, présent non seulement à Maurice mais aussi en Asie et à Madagascar. La célébration des 40 ans du textile sera un moment fort dans la vie mauricienne et l’occasion de mettre en exergue plusieurs éléments associés à cette industrie dont la lutte pour la reconnaissance de la femme comme l’égal de l’homme, le sacrifice consenti par les femmes à l’époque où on parlait de zone franche, zone souffrance. Nous ne pouvons terminer cette rubrique sans souhaiter un bon anniversaire à Rodrigues qui célèbre les dix ans de son autonomie. Beaucoup de chemin a été parcouru, même si dix ans ne sont rien dans la vie d’un pays. Quoi qu’on en dise, l’île Rodrigues d’aujourd’hui n’a rien à faire avec l’île sous-développée des années 70, à l’époque où naissait la lutte pour l’autonomie de l’île, obtenue finalement en 2002.