Apprenons-nous jamais rien de rien ?

Sommes-nous condamnés à répéter l’histoire ? Faut-il désespérer de notre capacité à apprendre quoi que ce soit du passé?
Questions que soulèvent notamment ces images, saisissantes, des violentes manifestations orchestrées par les suprémacistes blancs sur le campus universitaire de Charlottesville, dans le sud des États-Unis. Arborant croix gammées et autres symboles nazis, flambeaux et cagoules du Klu Klux Klan, ramenant au devant de la scène le pire de l’antisémitisme et du racisme anti-Noirs.
Parmi le flot de commentaires et d’analyses suscitées par ces événements, nous retenons en particulier une réflexion publiée cette semaine sur Facebook par Andrea Wilson. A 35 ans, cette jeune Américaine blanche, qui a un jour quitté son job dans le secteur financier pour créer la Iowa Writers House, témoigne d’une prise de conscience qu’il est intéressant d’entendre.
«America, you have a problem. We have a problem. We have a shit sandwich on our hands” écrit d’entrée de jeu Andrea Wilson. Que faire par rapport à cela?
Étape 1: reconnaître que nous avons un problème.
Étape 2: admettre qu’il ne s’agit pas d’un groupe marginal. Ce sont des Américains. Et ils ne vont pas s’en aller.
Étape 3: comprendre que rester silencieux, c’est se faire complice.
Étape 4: se demander pourquoi, après des années passées à être underground, ces personnes ont aujourd’hui l’assurance de se manifester publiquement. Ce mouvement s’étend. Pourquoi? Et que pouvons-nous y faire?
Étape 5: mettre de côté tout orgueil, peur d’être jugé et désir de se cacher pour répondre à cette question.
S’adressant aux Américains blancs, la jeune femme dit ceci: même si nous voulons croire que nous n’avons rien à faire avec la création de ce monstre, il est de notre totale responsabilité de deal with it. Parce qu’aucune personne de couleur ou membre de minorité ne devrait jamais avoir à  se retrouver confronté à un gang de racistes portant des flambeaux et scandant «blood and soil» et «you will not replace us.» Et parce que 100% d’entre nous avons bénéficié d’un pays construit économiquement sur un passé de menées aux flambeaux, de lynchages et d’oppression, dit-elle avec une puissante lucidité.
Elle-même reconnaît être mal à l’aise avec le fait d’avoir passé les vingt premières années de son existence à penser que tout le monde avait les mêmes possibilités dans la vie. Que c’était faute d’essayer que certains échouaient.
Elle reconnaît aussi qu’elle n’imaginait pas ce à quoi les personnes de couleur étaient confrontées psychologiquement chaque jour  aux États-Unis. Pas plus qu’elle n’avait réalisé à quel point elle bénéficiait d’un système qui écrasait une population entière, et qui un jour rendit cela illégal, en estimant que cela suffisait et que tout était maintenant pour le meilleur dans le meilleur des mondes.
Étais-je pour autant une mauvaise personne? s’interroge-t-elle. Elle ne le croit pas. “Mais je ne comprenais pas les choses. Parce que personne ne m’avait dit. Je croyais juste que le fait d’être née aux États-Unis signifiait que j’avais naturellement droit à tout ce que la vie m’a donné: un toit où vivre en sécurité, une éducation publique accessible, lait et essence aux prix les plus bas”.
A l’école, on nous a dit l’esclavage a existé, ce n’était pas bien, fin du chapitre. Et séparément, le chapitre 5 dit que les États-Unis sont devenus le pays le plus riche et le plus prospère du monde. “Lucky us! L’enfant de 11 ans que j’étais n’a pas extrapolé le bénéfice venant d’un capital humain exploité”, souligne-t-elle.
A ses yeux, le fait d’avoir porté Barack Obama à la présidence des États-Unis était “a symbol of our collective agreement that everybody had the same right to the word, «American.» It was powerful”. Mais certaines personnes se sont senties amoindries et en colère face à ce symbole. “Nous ne pouvons faire l’impasse sur le fait que les événements de Charlottesville sont liés au slogan du Président Trump en vue de “Make America Great Again”. Great étant connecté à un passé inégal et injuste.
Mon combat, dit-elle, c’est de croire que nous avons plus ensemble. «The world is starting to turn. America may not be number one economically forever but I hope what the history books remember is that when the past tried to repeat itself in 2017 and this ugliness reared its head, we collectively said «No, not now, and not anymore...» and here’s what I’m personally going to do about it. Let’s be that kind of great”, invite Andrea Wilson.
Une prise de position qui montre donc que oui, apprendre, savoir est important.
Qui dit aussi que se mobiliser face à l’abomination est crucial. Ce que montre aussi la décision de l’ensemble du President’s Committee on the Arts and Humanities de démissionner en bloc cette semaine, suite au refus de Donald Trump de condamner sans équivoque les suprémacistes et nazis de Charlottesville.
Ce à quoi peut venir s’ajouter cette info: le 14 août dernier à Montréal, Aaron Panofsky et Joan Donovan, deux sociologues de l’université de Californie, ont présenté, au congrès annuel de l’American Sociological Association, les résultats de leur étude intitulée “When genetics challenges a racist’s identity: genetic ancestry testing among white nationalists”. En résumé, ils y analysent les réactions de quelque 600 personnes appartenant à des mouvements néo-nazis aux États-Unis face aux résultats de leur test ADN. Il y aurait, là aussi, bien des choses à explorer...