Après les lumières de Divali... les étincelles

La fête de Divali a comme toujours été célébrée avec ferveur dans un esprit de réjouissance et de partage. Indéniablement, cette fête s'est imposée comme une célébration nationale à laquelle participent d'une manière ou d'une autre toutes les composantes de la population. L'unité dans la diversité dépasse à cette occasion la dimension du simple slogan et se traduit dans la réalité de la vie mauricienne, attirant au passage l'attention des visiteurs et touristes présents.
Les lampions multicolores qui ont éclairé les villes et les villages ont, il faut le reconnaître, créé le “feel good factor” dont le pays avait énormément besoin. La dimension religieuse qui permet de célébrer la victoire du bien sur le mal, de la lumière sur l'obscurité, et la dimension festive et celle du partage n'ont pas empêché toutefois certaines cérémonies de prendre une coloration politique. L'occasion était trop bonne pour se mettre en avant et cultiver son image.
Cependant, les cérémonies organisées par deux importantes organisations socioculturelles, la Hindu House et la Mauritius Sanathan Dhama Temples Federation, n'ont pas échappé aux observateurs politiques. Les deux organisations, qui n'hésitent pas à afficher sans équivoque leurs couleurs politiques, ont opté cette année pour la prudence. À la Hindu House, le président Ramdhun affirme avoir laissé parler son coeur en invitant le Premier ministre à prendre une position ferme contre ceux qui ternissent l'image de son gouvernement, rappelant que l'ancien Premier ministre n'aurait pas hésité à trancher dans le vif. À Réduit, le nouveau président de la Mauritius Sanathan Dharma Temples Federation, M. Ramdhean, s'est différencié de son prédécesseur et a accueilli les dirigeants des principaux partis politiques. Pour une des rares fois, Pravind Jugnauth, Xavier-Luc Duval, Paul Bérenger, Navin Ramgoolam et Alan Ganoo s'étaient retrouvés sous la même tente avant de partager ensemble un repas offert par la fédération. Il ne manquait que le leader du Muvman Liberater, Ivan Collendavelloo, qui était pris ailleurs. Dans les deux contextes, les dirigeants des deux organisations ont pris la précaution de souligner qu'ils ont pour principe de travailler avec le gouvernement du jour.
Par ailleurs, les cérémonies organisées à Belvédère, à Caroline, à Triolet et à Bon-Accueil ont projeté l'image d'un Navin Ramgoolam requinqué, qui se positionne comme une alternative au Premier ministre actuel. Il est difficile de mesurer la véracité de cette perception. Mais déjà, dans divers quartiers, une réflexion politique autour du risque d'une situation où l'électeur aurait à choisir entre bonnet blanc et blanc bonnet commence à se confirmer. Heureusement que les principaux partis ont annoncé leur intention de se diriger seul aux prochaines élections générales. Y a-t-il une chance que d'autres leaders émergent, un peu à la manière d'Emmanuel Macron en France, avant les prochaines élections générales  ? Cette question pourtant cruciale pour l'avenir de ce pays reste jusqu’à l'heure sans réponse.
Après les célébrations religieuses qui ont marqué ces dernières semaines et qui se sont conclues par la fête de Divali, les regards sont maintenant tournés vers le Parlement, qui reprend ses activités ce mardi. La séance s'annonce chaude à la lumière des scandales auxquels ont été mêlés des parlementaires de la majorité. Pour la première fois depuis l'arrivée du gouvernement, Maneesh Gobin, qui a succédé à Ravi Yerrigadoo comme ministre de la Justice, siégera sur les bancs ministériels. Le nom du nouveau Chief Whip pour le remplacer sera par la même occasion dévoilé. Tant du côté du gouvernement que de celui du bureau du Speaker, on souhaite que ce soit un parlementaire capable de communiquer avec l'opposition. Il semblerait que ce soit la personnalité de Bobby Madhub qui correspondrait le mieux à ce profil. Et il est peu probable que Ravin Rutnah soit promu, ce qui relèverait, dit-on, de la provocation.
Toutefois, tout n'est pas rose au niveau de l'opposition. Les partis ne se ménagent pas sur le terrain à Quatre-Bornes, où la campagne électorale gagne graduellement en ampleur. Paul Bérenger et Xavier-Luc Duval ne se sont pas faits de cadeaux ces temps-ci. La situation au conseil de district de Rivière-Noire semble s'ajouter au clivage entre le PMSD et le MMM. Pourront-ils afficher l'unité au Parlement malgré les différends sur le terrain  ? Ce ne sera pas un défi facile à relever. Le MMM disposera d'un député de plus en la personne de Danielle Selvon, qui devrait participer ce matin à la conférence de presse du MMM. La bonne humeur créée par Divali devrait céder incessamment la place à la confrontation.