Aret fer sinema !

Un pays ne se dit pas qu’à travers les gesticulations et le mauvais cinéma de ses politiciens. Heureusement. Nous aurions déjà remporté une palme dans le domaine de la farce la plus grotesque, avec pléthore de villains et de faux justiciers...
Un pays se dit aussi à travers ce que ses artistes, et son peuple en général, conçoivent, créent et expriment à l’intérieur des frontières de l’esprit. C’est ce que nous montre de fort belle manière cette année le festival de courts-métrages Île Courts. 
Alors qu’il célèbre ses dix ans, on aurait pu s’attendre, lors de la cérémonie d’ouverture mardi dernier, à une rétrospective qui célèbre le chemin parcouru au cours de cette décennie. Car sur la base du rêve et de l’opiniâtreté de quelques passionnés, il y en a eu du chemin effectué grâce à Porteurs d’Images qui a créé ce festival. Le site de l’association affiche ainsi un beau bilan: 40 courts-métrages mauriciens produits en dix ans. Des dizaines d’ateliers de formation ouverts à tous. Des projections à travers l’île, de Flacq à Tamarin et de Chemin Grenier à Grand-Baie en passant par Rose-Hill et Port Louis, avec la formule dite «Sinema koltar, qui permet de découvrir des productions locales mais aussi des courts métrages du monde entier. Soutien et distribution de films locaux dans une centaine de festivals à travers le monde.
Un bilan d’autant plus remarquable que cette association fonctionne avec peu de fonds, et qu’elle n’a été sauvée ces derniers temps que grâce à l’apport de l’Union Européenne. Mais son avenir se retrouve gravement menacé alors que ces financements se terminent.  
C’est dire si on a appris avec surprise, il y a deux semaines, la tenue d’une Mauritius Cinema Week. Mise sur pied par le gouvernement dans le cadre des 50 ans de l’indépendance, cette semaine, tenue du 5 au 8 octobre, s’est montée à la 25ème heure. Et si elle a permis à quelques ministres de faire les beaux en compagnie des comédiennes Emmanuelle Béart et Rani Mukherjee, personne ne savait quel était le programme exact des séances et les lieux de projection. Pourtant, plus de Rs 40 millions ont été investies dans ce supposé coup de com... (en passant allez chercher “Mauritius Cinema Week” sur internet et vous verrez que les rares articles qui y sont consacrés sont de la presse locale...)
Avec le Film Rebate Scheme géré par le Board of Investment, le gouvernement mauricien a joué une belle carte: en offrant le remboursement jusqu’à 40% de certaines dépenses sur des tournages, il compte attirer aussi bien Hollywood que Bollywood à effectuer des tournages chez nous. Mais ne peut-on être capable d’un peu de cohérence? Organiser une Mauritius Cinema Week montée de bric et de broc quelques jours avant la tenue de la dixième édition de Ile Courts en dit long. 
Entre l’esbroufe d’un côté, et de l’autre un travail laborieux, patient, et cohérent dans le temps. Une industrie du cinema, cela se construit. En amont, avec la capacité de susciter, de nourrir et d’exprimer un imaginaire. Et c’est bien de ce travail-là dont témoignent les trois courts-métrages présentés en ouverture du festival cette année. Entre L’oeil des marins, documentaire de Leslie Athanas, qui offre un original point de vue émanant du phare d’Albion; en passant par Pran nesans de Daniella Bastien sur les pratiques traditionnelles de “marquage” et “fer pass” pour soulager et guérir les petits mots du quotidien; pour finir avec Lot kote lagar, un petit bijou de fiction-poésie de O’Brian Vinglassalon qui transfigure un lieu du quotidien comme la gare de Curepipe. 
Une industrie du cinéma, cela se construit aussi en aval avec la création et la formation d’un public. Et quand on voit le nombre et l’engouement du public à Flacq ou à Tamarin cette semaine pour des séances de cinéma en plein air, on se dit qu’il y a vraiment là quelque chose qui est à l’œuvre. Et qui demande à être accompagné. Pas cassé. Tant il est vrai qu’on peut donner diverses interprétations au terme blockbuster...
 
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Notre article publié la semaine dernière sous le titre “Jeunes filles v/s sadique”, a fait l’objet, quelques heures après sa parution, d’un plagiat. Reprenant mot pour mot l’ensemble de notre texte, le site internet Mo Ti News a changé notre titre et a rajouté une photo, pour en faire quelque chose de plus racoleur. Notre article, consacré à la mésaventure de deux jeunes étudiantes françaises qui ont décidé de regagner leur pays après avoir été confrontées à des Mauriciens aux agissements sadiques, est ainsi devenu “Flic en Flac: un homme à vélo se masturbe devant deux touristes françaises”. Titre suivi d’une photo montrant deux jeunes femmes en mini-bikini, qui n’ont rien à voir avec nos deux interlocutrices. Et qui rajoute un sous-entendu qui a été largement exploité par ce site (genre “oui, elles l’ont bien cherché”). Menacé d’une mise en demeure, le site Mo Ti News a retiré l’article de son site. 
Il faut le dire: il est trop facile d’ouvrir un site qui, systématiquement, plagie, détourne et diffuse des nouvelles racoleuses en se cachant derrière l’anonymat d’internet. Cela se joue des efforts de certains de faire ce métier avec sérieux et cohérence, cela se joue sur les bas instincts du public, cela alimente la campagne contre la presse. Et l’enjeu est en ce moment trop important pour fermer les yeux. Ou rester muet.