Aspirations au rabais

Le dénouement attendu et inéluctable, est intervenu dans la soirée de vendredi. Le ministre pyromane qui n’a fait que collectionner des bourdes les unes plus grosses que les autres depuis des décennies et qui a systématiquement poussé le bouchon un peu plus loin depuis décembre 2014, a dû finalement démissionner. Soit. Faut-il dès lors célébrer, crier à l’exploit et se pâmer en y voyant même de l’audace comme le suggèrent certains.
Pourquoi développons-nous, depuis quelques années, des aspirations de plus en plus aux rabais? Pourquoi nos exigences sont-elles aussi molles, timides, creuses, au ras des pâquerettes, soldées ? Pourquoi nos attentes sont-elles si minimalistes ? Pourquoi ne visons-nous pas l’excellence? Pourquoi ne pas toujours chercher à aller plus loin et plus haut dans tous les domaines ? Avant de nous répandre en congratulations devant ce qui sonne comme une évidence, voyons un peu ce qui vient de se passer ailleurs dans les démocraties où l’on ne badine ni avec la probité ni avec la décence publique.
Michael Fallon, secrétaire à la Défense britannique, a démissionné après qu’une journaliste qui a profité de la libéralisation de la parole dans le sillage de l’affaire Weinstein, a révélé qu’elle avait dû repousser un geste appuyé et inapproprié de sa part dans le passé. D’autres femmes sont ensuite venues corroborer ses dires et confirmer que le ministre prenait des libertés avec elles lorsqu’il ne les harcelait pas. Le 1er novembre, la journaliste appelle le 10 Downing Street et, à 17 h, le ministre était parti.
Toujours en Grande-Bretagne, la secrétaire au développement international Priti Patel a dû quitter son poste, non pas pour des faits de corruption, d’accidents mortels sous influence, d’abus de pouvoir ou de langage. Priti Patel avait profité de ses vacances en Israël en août pour rencontrer des dirigeants de ce pays, dont le Premier ministre Benyamin Netanhayu sans informer le gouvernement de la teneur de ses pourparlers. Et ici, on voudrait que le geste le plus anodin, basique et convenu, voire obligé, soit salué comme révolutionnaire ! Non, mais.
Les paroles de l’ancien ministre du Logement sont glaçantes. Elles véhiculent des stéréotypes dégradants qui n’ont pas leur place dans notre société d’aujourd’hui. Ceux qui continuent à ignorer l’histoire, qui refusent de prendre la pleine mesure de l’héritage du passé, de ce qu’il a infligé à certains de nos concitoyens, commettent un crime.
Surtout lorsqu’ils affublent une communauté particulière de tous les vices, alors qu’ils sont aujourd’hui partagés par tous, notre modèle de développement favorisant toutes sortes de trafic en marge. S’il y a bien eu une tentative de réparation avec la Commission justice et vérité au coût de Rs 60 millions, le suivi qu’étaient censés assurer les supposés farouches défenseurs de la cause hier et qui sont devenus aujourd’hui plutôt de grands « défonceurs », n’a jamais abouti.
Les propos outrageants du dangereux farceur de la République sont du même registre de la division que ceux prononcés hier par ceux qui, aujourd’hui, se proclament grands chantres de l’unité nationale. Entre le « pa laisse pouvoir sap dan ou la main », parce que le Premier ministre ne présentait pas le bon profil et la caution publique accordée aux plus sectaires. Le plus vite nous évoluons vers une société aux pratiques laïques et méritocratiques, ce qui n’exclut pas d’avoir un genre de Plan Marshall pour ceux qui ont accumulé du retard, le mieux ce sera pour le pays. On en aura alors fini avec le religieux et le socioculturel qui n’en finissent plus de nous asphyxier. Puisqu’ils investissent tous les compartiments de notre existence.
S’il n’est, par ailleurs, pas question de concourir dans le sens de la posture infamante adoptée par un Ivan Collendavelloo qui a évoqué le privé pour trouver des circonstances atténuantes à son ex-collègue, comme si le viol ou l’assassinat commis hors de la vue de témoins n’étaient plus des crimes, il n’est pas interdit de poser quelques questions sur le caractère opportuniste de ce qui se passe dans les coulisses. D’autant que l’auteur des propos incriminés a maintenant pris le large. En attendant que la police boucle son enquête.
Pourquoi Xavier Duval tient-il tant à répéter que c’est lui qui a fourni la vidéo à un journaliste en particulier alors qu’il y a à peine une semaine il se payait la tête de son supérieur hiérarchique sur son compte Facebook ? On n’ira pas jusqu’à dire que l’échange a eu lieu dans une officine à Trianon, mais on ne peut pas exclure que le moment était bien choisi pour lâcher la bombe et faire oublier le calamiteux Mahmad Khodabaccus qui a plombé de manière significative la campagne du PMSD au No 18.
Une petite mise en perspective devrait jeter un autre éclairage sur le contexte. C’est le 17 juillet que la réunion avec les habitants de Bassin se déroule et que les propos incendiaires de Showkutally Soodhun sont tenus. Rien ne transpire de cette réunion, si ce n’est Week-End qui en fait mention le même mois. Le lendemain, 18 juillet, le même ministre va s’illustrer à Flacq avec de nouveaux propos outrageants autour de son projet de « touye » Xavier Duval si son garde du corps lui avait remis son arme à feu. Comme la vidéo de cette célébration va vite circuler, le tollé est immédiat et la réaction du leader de l’opposition évidente. Il s’en remet à la police le 21 juillet.
Or, il reviendra une nouvelle fois aux Casernes centrales le 4 septembre. Il ne dira rien de plus sur cette nouvelle déposition, si ce n’est qu’il était venu « déposer d’autres éléments additionnels ». S’agissait-il de la vidéo de la rencontre avec les habitants de Bassin ? Entre le 4 septembre et le mercredi 7 novembre, que s’est-il passé ? Lumière, s’il vous plait !