Le 'Bad Trip' de Pravind

Les allégations lancées par le trafiquant incarcéré, Peroumal Veeren, devant la Commission d'enquête sur la drogue, jeudi 10 août, à l'effet que Pravind Jugnauth, entre autres, financerait, le trafic de drogue, ont fait déraper le Premier ministre non-élu, Pravind Jugnauth. Suivant ses écarts et lapsus qui ont ponctué cet épisode troublant, Jugnauth Jr qui s'était démarqué de SAJ jusque-là, en tenant des propos plutôt modérés, voire trop même, dans certaines situations (on pense ici aux menaces de Soodhun à l'encontre de XLD, leader de l'Opposition, et le "regrettable" de Pravind), a déclenché les foudres en s'en prenant à un confrère peut-être un peu trop zélé de le faire réagir. Hélas !, le coup était déjà bel et bien parti. Puisque, lors de ce même épisode, Pravind Jugnauth a fait pas moins de trois déclarations qui semblent, à notre humble avis, un peu trop faciles et gratuites.
D'abord, le PM non-élu mais nommé par son paternel pour prendre le relais premierministériel, s'est fendu d'une « ou reprezant lepep, ou ? Mwa ki reprezant lepep !» Quand on n'a pas été plébiscité PM, mieux vaut éviter de faire ce type de commentaires, pensons-nous, en toute simplicité, pour ne pas créer de confusions. Oui, Pravind Jugnauth a bien été élu lors des législatives de décembre 2014. Mais qu'il soit déclaré PM sans passer par le vote populaire, cela, le peuple a toujours beaucoup de mal à le digérer !
Puis, Pravind Jugnauth a lancé son fameux : « ninport ki batiara fer alegasion ! » Cela en dit long. On n'attend pas d'un Premier ministre qu'il traite, même s'il s'agit d'un trafiquant de drogue, de "batiara" ou de tout autre qualificatif dénigrant, qui que ce soit. Ce lapsus de Pravind Jugnauth est révélateur tant sur son état d'esprit que sa perception des choses. Peroumal Veeren, on l'a dit et on le répétera à chaque fois qu'il le faudra, n'est pas un enfant de chœur. D'ailleurs, il devait, lui-même, en répondant à Sam Lauthan, lors de son audition, estimer qu'il était devenu « enn demon ». Cependant, il demeure que Veeren ou un autre, est, avant toute chose, un être humain. Et en tant que tel, le Premier ministre, en digne représentant du peuple qu'il veut être, se doit, à notre sens, de respecter chaque être humain. Ce serait d'ailleurs tout à son honneur…
Mais dans la perception de Pravind Jugnauth, depuis ce jeudi noir, il semble qu'il y ait désormais, deux factions; d'un côté, les "pro-Peroumal Veeren", et de l'autre, les "anti-Peroumal Veeren", et rien entre les deux. Ce qui l'a sans doute amené à sa troisième déclaration : « ou dan kan Veeren ! » Oups ! avons-nous raté un épisode là, ou est-ce que le PM a sauté du coq à l'âne ? Cette obsession pour Peroumal Veeren doit faire rigoler celui qui croupit en prison, on imagine. Doit-on vraiment lui faire une telle fleur ? Sinon, au train où vont les choses, les adversaires de Lalians Lepep pourraient sous peu brandir un slogan remis au goût du jour : "Veeren... mam !", au lieu du "Vire mam !" mémorable !
S'agissant de ses adversaires, justement, Pravind Jugnauth se trompe de cible en s'en prenant à la presse. Oui, on le sait, les médias ont bon dos. Qu'il s'agisse de Jugnauth Jr, de SAJ ou de Navin Ramgoolam, quand ceux-ci sont au pouvoir, la presse est régulièrement taxée de tous les maux du monde. Parce que l'information, selon leurs définitions quand ils assument le poste de chef du gouvernement, ne doit être qu'en leur faveur. Que l'on se permette de critiquer et d'interroger, ce qui est le propre de l'info, spontanément, levée de boucliers et commentaires braqués : "la presse est anti-pouvoir !"
Et ce jeudi 17, Pravind Jugnauth, soutenu de nul autre que l'inénarrable Showkutally Soodhun, ont tiré à boulets rouges, une fois encore, sur la presse, lors d'une fonction à Cottage. Le corps journalistique n'est pas parfait, nous le concédons. Comme dans tous les organismes, d'ailleurs, il y a certains éléments qui font le jeu des politiques, et les autres qui se targuent de garder la tête sur les épaules en toutes circonstances. Dans l'ensemble, les médias locaux — nuance, pas nationaux, car cela impliquerait la station nationale de télé et de radio qui est loin de jouer son rôle en matière d'information ! —puisque privés et donc, pas à la solde de quelque régent du jour, se démènent pour être le relais auprès du peuple. Représentant et transmettant, justement, les inquiétudes et appréhensions de ceux-ci ! Il est donc facile pour nos politiques de tout mettre sur le dos de la presse plutôt que de s'en prendre à leurs véritables adversaires.
Son mépris, Pravind Jugnauth l'a également brandi face aux familles qui ont été sommées d'évacuer leurs maisons, car se trouvant sur le tracé du Metro Express, ainsi que les travailleurs du secteur du transport, qui menacent de faire grève. Et c'est bien dommage, car ces citoyens sentent, à juste titre, que l'actuel gouvernement bafoue leurs droits. Pravind Jugnauth rectifiera-t-il le tir ou s'enfoncera-t-il dans son "bad trip" ?