Bienvenue à DismayLand !

Chaque nouveau scandale vient un peu plus enfoncer le gouvernement de l'Alliance Lepep, déjà considérablement affaibli depuis le départ l'an dernier du PMSD, et par la suite avec la décision décriée de toute part de passation de pouvoir entre Jugnauth père et fils, début 2017. Ajouté à cela, les (innombrables) casseroles que traîne le gouvernement MSM-ML depuis quelques mois créent une situation sans précédent : aux nominés politiques qui se la coulent douce et profitent pleinement de la politique des “petits copains”, de par leur proximité avec les régents du jour, les crises se succèdent et des dysfonctionnements finissent par toucher quasiment toutes les instances importantes de l'île (en témoigne, entre autres, l'action d'un collectif de pilotes d'Air Mauritius récemment). Pour couronner le tout : un PM non-élu, seul et unique dans notre histoire, qui ne réagit pratiquement jamais quand cela concerne justement les proches du pouvoir. Et quand ça lui arrive de s'y employer, c'est très mollement qu'il le fait !
Dès qu'il est question de députés (Soodhun, Rutnah, Tarolah…) impliqués dans des dérapages et que le besoin de les sanctionner est très attendu, c'est avec (énormément) de réserves que Pravind Jugnauth s'exprime. Exception faite dans le cas de Yerrigadoo, certes. Mais quand il s'agit du Mauricien lambda – entre autres exemples les familles délocalisées se trouvant sur le tracé du métro, ou plus près de nous les femmes “cleaners” touchant une paye pire que dérisoire et contrainte à faire la grève de la faim –, Jugnauth fils ne s'embarrasse nullement de prendre position de manière claire et tranchée. Son « les zot fer tapaz » résonnera longtemps dans les tympans.
Le leadership de Pravind Jugnauth est dès lors mis à rude épreuve. La joute électorale, qui prendra d'ici quelques jours un essor important au No 18, pèsera également lourd dans la balance. Et dans toute cette agitation, plusieurs membres du gouvernement se distinguent par des déclarations faites à tort et à travers, et qui n'arrangent rien pour Pravind. Bien au contraire…
Exemple : les récentes sorties publiques et commentaires de sir Anerood Jugnauth. Dans l'affaire Tarolah, le ministre mentor a lâché un brutal « Mwa ki mo kone ? Mo ti temwin ladan ? » aux sollicitations des médias sur l'affaire. Lors de son déplacement à Rodrigues, il y a quelques jours, questionné quant au problème d'eau dans l'île, il se démarque une nouvelle fois : « Mo finn vinn isi pou fourni dilo mwa  ? ». Flanqué d'un autre commentaire tout aussi brutal et déroutant : « Taler mo bizin vinn begn zot osi ! »
On connaît le personnage, certes, et ce n'est pas demain que ses « moralite napa ranpli vant » ou « demon » seront oubliés. Mais notons qu'il ne fait rien pour se rattraper ni se racheter. Ce qui nous interpelle cependant, c'est que par respect à son grand âge, d'une part, et de l'autre pour avoir été un père fondateur de la nation mauricienne – puisque d'aucuns reconnaissent que l'industrialisation du pays, c'est SAJ qui l'a fait – ne serait-il pas grand temps pour lui de céder son précieux maroquin et de jouir pleinement de sa retraite  ? Lui autant que son fils ne s'en porteront que mieux. Ces écarts de langage et ces marques d'indélicatesse, que l'on pourrait mettre sur le compte d'une certaine fatigue, ne plaident nullement en leur faveur face à la situation actuelle.
Davantage par respect pour la personne, et parce que le Mauricien est jusqu'à l'heure respectueux de ses aînés, il serait plus avisé d'inviter et de conseiller SAJ d'opter pour la porte de sortie. Et ce tant qu'il le peut encore, la tête plus au moins haute. Ainsi, il gardera dans notre histoire et nos manuels scolaires l'image d'une personnalité qui aura contribué au développement de son pays. Et ses manquements ne viendront pas davantage ternir le tableau.
Il y a aussi celui qui s'évertue à dégainer les déclarations selon son humeur : l'inénarrable porte-parole du gouvernement, Etienne Sinatambou. Le commentaire ahurissant, pour dire le moins, du ministre de la Sécu – du fait que « les pilotes touchent un salaire qui est trois fois plus haut que le mien » – fait tout sauf redorer sa réputation ! Ce lauréat de l'État mauricien, et qui s'est également distingué au concours de l'Alliance française, mesure-t-il vraiment ses propos  ? Réalise-t-il que dresser un parallèle entre lui et un pilote, c'est comparer l'incomparable  ?
À trop vouloir défendre l'indéfendable et l'ouvrir sans trop savoir ce qu'il faut dire, nombre de nos politiques, plutôt mal inspirés, transformeront bientôt notre petit paradis en DismayLand : un parc d'attractions pour phénomènes politiques introuvables ailleurs. Gayan s'en inspirera-t-il pour vendre la destination  ?