Le bon sens a prévalu

Le juge Eddy Balancy a réussi cette semaine à dissiper le malaise qui avait germé dans l’esprit de bon nombre de personnes après l’attendu interlocutoire prononcé par celui qui l’avait précédé dans l’affaire opposant Nandanee Soornack aux groupes de presse La Sentinelle Ltée et Le Mauricien Ltd. Le bon sens a prévalu et la justice en sort grandie. Son jugement met en lumière plusieurs principes de base, notamment que « it is beyond dispute that freedom of expression is a fundamental requirement of a democratic state » ; que si le gagging order réclamé avait été accordé, « the constitutional freedom of the press which is part of the constitutional freedom of expression enshrined in our constitution, will have been to a good extent withheld over a substantial period of time ». Ce qui, selon lui, aurait eu pour conséquence que le droit à l’information du public aurait été enfreint dans une large mesure. Il a finalement tranché en affirmant que Mme Soornack s’était suffisamment exposée pour ne pas être habilitée à réclamer un gagging order sur sa vie privée. Il a toutefois ordonné que la presse ne publie rien, pour le moment, concernant son enfant mineur. Le jugement a été accueilli avec satisfaction par tous les défenseurs de la démocratie. La prompte réaction des responsables des deux groupes de presse concernés et leurs efforts afin d’empêcher un musellement des médias n’ont pas été vains. La liberté d’expression et par conséquent de la presse n’est jamais acquise et requiert une vigilance de tous les instants.
C’est pourquoi l’insistance du Premier ministre à entretenir une relation tendue avec les médias constitue non seulement une source d’inquiétude mais suscite un doute sérieux sur la vision qu’il projette par rapport aux valeurs démocratiques. Depuis qu’il a déclaré la guerre aux médias à la suite d’une réunion de l’exécutif rouge, chacune de ses sorties est ponctuée d’une attaque, si ce n’est d’une menace contre les professionnels de la presse. Tantôt il a été question de semi-intellectuels parasites, tantôt de ceux qui sont jaloux du succès de certains. Sa remarque à l’effet que les journalistes peuvent être classés comme des hommes publics en dit long. Non seulement son attitude fait craindre le pire de la Media Law qui est brandie comme une menace et entretient un environnement malsain et impropre à l’épanouissement de la liberté d’expression et la liberté de la presse, mais cet environnement malsain encourage toutes sortes de thuriféraires du pouvoir à se croire obligés de plaire aux maîtres du jour en lançant des attaques mal placées contre la presse. D’autres, par le biais des publications qui se sont toujours désolidarisées de la presse durant les périodes les plus sombres, utilisent aujourd’hui encore un langage d’un autre temps pour critiquer… la presse.
Même dans les milieux proches du pouvoir, des voix commencent à s’élever pour se demander si en fin de compte le Premier ministre n’est pas mal conseillé. Qui a bien pu lui faire croire que les médias sont son principal adversaire ? Est-ce que c’est la presse qui se présentera contre lui lors des prochaines élections générales ? Le Premier ministre ne s’est-il pas trompé d’opposition ? À moins que faute d’adversaire en l’absence de Paul Bérenger, il ait choisi d’affronter la presse. Entre temps, souhaitons que la raison finisse par prendre le dessus sur les émotions qui sont souvent mauvaises conseillères. La presse ne demande aucun avantage particulier, seulement le respect de ses droits constitutionnels.
La grève n’a pas été vaine
Jeff Lingaya a mis fin mardi à sa grève de la faim au terme d’une action de treize jours. Sa décision a été accueillie avec soulagement car même si beaucoup de personnes ont adhéré à sa cause, comme l’indiquent les 21 000 signatures recueillies durant les treize derniers jours, très peu auraient souhaité qu’il mette sa vie en péril. Son action n’a pas été vaine et Jeff Lingaya mérite d’être félicité pour son acte de sacrifice et d’abnégation.
Cette action a permis l’institution d’une National Energy Commission présidée par Dev Manraj, qui examinera en priorité le dossier de CT Power, qui visiblement a très peu de chance de voir le jour. Elle a poussé les IPP’s à dire ouvertement qu’ils ne sont pas contre la publication de leurs contrats signés avec le CEB et a laissé le soin à ce dernier d’avoir le dernier mot à ce sujet. Elle aura également permis à une large partie de la population de donner une plus grande ampleur à la conscience écologique touchant à la protection de l’environnement sous toutes ses formes. Elle aura surtout permis de redonner confiance à tous ceux qui militent pour la protection de l’environnement. Pour Jeff Lingaya, son action s’inscrit dans un contexte plus large de lutte pour la protection de l’environnement mais également contre toutes les formes de pollutions environnementales, sociales et politiques. « La grève continue contre la dictature, l’oppression, l’injustice et la corruption », a-t-il lancé hier soir.
Pour ce qui est de la production énergétique, le poids repose maintenant sur la National Energy Commission qui doit soumettre ses recommandations sur la politique énergétique du pays. Espérons que ce nouveau rapport ne finira pas au fond d’un tiroir et que les recommandations, qui tiendront compte des besoins du pays en termes énergétiques, puissent être mises en œuvre le plus vite possible.


Commentaires

Une claque masgistrale à ceux qui veulent faire taire les autres. Ce qui me tracasse c'est le ruling du juge Domah... c'est un cas flagrant de l'impartialité de nos juges. Et ça fait un peu peur!