Bouleversement et rééquilibrage politiques

C’est une véritable secousse tellurique qui a secoué la scène politique cette semaine avec l’annonce du retrait du PMSD du gouvernement. La nouvelle a été accueillie comme une surprise dans la mesure où vendredi dernier le leader du PMSD, Xavier-Luc Duval, affirmait qu’il était satisfait de la dernière version du Prosecution Commission Bill adoptée par le Conseil des ministres.
Alors que la présentation du texte de loi paraissait inévitable, les principaux partis de l’opposition, notamment le MMM et le Parti travailliste, avaient déjà entrepris des manœuvres en vue de la mise en place d’une plateforme commune afin de faire échec à l’adoption du texte de loi. Le leader du MMM, Paul Bérenger, évoquait même l’éventualité d’un recours à la justice au cas où le texte de loi était adopté. Les hommes de loi réunis au sein du Bar Council, dont plusieurs avaient fait des déclarations dans la presse contre la démarche gouvernementale, avaient donné rendez-vous pour une réunion lundi afin de prendre position contre la précipitation avec laquelle le gouvernement présentait le texte de loi. L’annonce du retrait du PMSD a provoqué véritable bouleversement. La nouvelle devait se concrétiser dans l’après-midi avec la démission du vice-président de l’Assemblée nationale, des ministres et des PPS.
Dès lors la scène politique se présentait sous un visage nouveau. L’Alliance Lepep perdait subitement un partenaire important et la majorité parlementaire perdait du même coup onze membres pour se retrouver avec seulement 41 députés. Ce qui voulait dire que le gouvernement perdait sa majorité de trois-quarts rendant impossible l’adoption de tout amendement constitutionnel, y compris le Prosecution Commission Bill, sans négociation avec l’opposition. La nouvelle donne a eu un effet immédiat sur l’opposition parlementaire également. Avec l’arrivée des onze membres du PMSD, le MMM qui ne disposait que de six parlementaires perdait du coup le poste de leader de l’opposition occupé par Paul Bérenger. Ce dernier devait annoncer mardi matin sa démission de ses fonctions qui a été suivie de celle de Rajesh Bhagwan comme chief whip et Veda Baloomoody comme président du PAC. On a assisté donc à une redistribution des cartes tant au niveau du gouvernement que de l’opposition. Au niveau gouvernemental, le Premier ministre a consenti à nommer Ivan Collendavelloo aux fonctions de Premier ministre adjoint et ministre du Tourisme. Ce qui lui a permis de « leapfrog » Showkutally Soodhun pour se retrouver comme No 2 dans la hiérarchie gouvernementale, tous les autres portefeuilles laissés vacants ont été répartis parmi les ministres du MSM. Le ministère stratégique des Communications extérieures, qui englobe le port et l’aéroport jusque-là sous la responsabilité du leader du PMSD, se retrouve désormais entre les mains du Premier ministre. La vitesse avec laquelle les deux anciens partenaires ont commencé à croiser le fer semble indiquer que les relations entre le MSM et le PMSD au sein du gouvernement n’ont pas été un long fleuve tranquille. « Nous sommes de cultures différentes », devait lancer sir Anerood Jugnauth, qui rappelle que le MSM est l’épine dorsale du gouvernement. Est-ce pour cela que les Bleus ont été obligés de lutter pour maintenir leur identité propre au sein de l’alliance ? Nous reviennent en mémoire les affiches bleues séparées, les grands congrès du PMSD à l’école hôtelière SGD, les affrontements entre Xavier-Luc Duval et Showkutally Soodhun, entre autres. C’est dans le port que les divergences de vues étaient les plus manifestes. Xavier-Luc Duval affirmait à qui voulait l’entendre qu’il était contre la privatisation de la Cargo Handling Corporation, et encore plus contre le choix de DP World comme partenaire stratégique. Il s’insurgeait contre les tentatives de certains de négocier avec la compagnie de Dubaï derrière son dos. Est-ce que cela a pesé dans sa décision de quitter le gouvernement ?
Pour les amoureux de la démocratie, le nouvel équilibre des forces au parlement est beaucoup plus rassurant. Aucun amendement constitutionnel ne pourra se faire sans consultation avec l’opposition et sans débats publics. Ce sera le cas pour le Prosecution Commission Bill. Il faut toutefois reconnaître qu’entre maintenant et le 28 mars 2017, beaucoup d’eau coulera sous les ponts. Personne ne peut prévoir avec certitude quelle sera la configuration du parlement à la rentrée parlementaire.
En attendant nous souhaitons un joyeux Noël à nos lecteurs.