Budget : opération de communication d'envergure

La présentation du budget a toujours été un rendez-vous important dans la vie économique du pays. Il fut un temps où, alors que le paysage médiatique était bien moins développé qu'aujourd'hui, des foules se bousculaient autour des kiosques et des points de ventes de journaux afin de prendre connaissance des mesures budgétaires, particulièrement des mesures fiscales, dont l'impôt sur les revenus, et leurs effets immédiats sur les prix des commodités de base, ou sur les cigarettes et les boissons alcoolisées. Au fil du temps, le budget est devenu le moment privilégié où le gouvernement, par le biais du ministre des Finances, présente l'état de la nation. Cette formule permet aux ministres des Finances de faire un bilan de la performance économique durant l'année financière écoulée et de faire un état des lieux des forces et des faiblesses constatées, prenant en compte la situation économique sur le plan international, avant que les orientations économiques pour l'année à venir ne soient présentées et que les mesures fiscales nécessaires pour atteindre les objectifs fixés ne soient énoncées.
Force est de constater aujourd'hui que la présentation du budget est devenue l'occasion pour une opération de communication de grande envergure frisant la propagande, mobilisant toutes les formes de médias – médias sociaux, médias électroniques, etc. Le budget présenté hier par le Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, n'échappe pas à cette règle. Il n'y a rien dans ce budget qui permet de mesurer la situation économique dans laquelle se trouve actuellement le pays, aucun bilan du chemin parcouru depuis l'année dernière, aucune référence aux problèmes locaux ou internationaux susceptibles de peser sur l'orientation budgétaire, aucune mention des obstacles que le pays aura à franchir... Nous avons eu droit à un feu d'artifice de mesures et de promesses touchant tous les secteurs. Certaines propositions, à l'instar de celle concernant la plantation de Macadamia, apparaissent comme des cheveux sur la soupe. Or, l'exercice budgétaire d'hier n'est ni le premier ni le dernier présenté par le gouvernement. Les orientations proposées ne sont pas l'alpha et l'oméga de l'activité économique. Leurs réussites dépendent des ressources humaines disponibles, des structures institutionnelles et, surtout, de la volonté politique et de la confiance de la population. Ce que le ministre des Finances n'a pas suffisamment expliqué, c'est que l'actuel budget s'inscrit dans la suite de celui présenté l'année dernière. Il apporte des mesures correctives et incitatives visant à faciliter l'opérationnalisation des projets et mesures qui n'ont pu démarrer depuis l'année dernière. Il semble avoir toutefois fait bon usage des propositions formulées par les parties prenantes du secteur privé, des syndicats et de la société civile. L'institution de l'Economic Development Board et ses trois « directorates » permet de corriger un problème structurel majeur et apparaît comme une structure institutionnelle essentielle à la mise en œuvre des politiques gouvernementales. Le premier « directorate » se présente comme le ministère du plan et du développement, dont le pays a besoin afin de définir les stratégies et anticiper les problèmes à venir; le deuxième devrait permettre une meilleure coordination entre les différentes instances responsables de la promotion des investissements et des exportations du pays; et le troisième, qui sera consacré à l'e-licensing, aura pour tâche de traduire dans la réalité l'e-governance et l'e-procurement. La grande question est de savoir qui dirigera ce board et de quel personnel il disposera.
Si la baisse du prix de la farine est considérée comme faisant partie des mesures populaires proposées, celles éminemment sociales concernant la “negative income tax” ou le prélèvement spécial de 5% (solidarity levy) sur les salaires dépassant Rs 3,5 millions annuellement ont été bien accueillies. Les incitations à l'intention du secteur de l'exportation sont également appréciées. La “negative income tax” semble indiquer que le gouvernement favorise un salaire minimum de Rs 10 000. L'apport de l'Inde a été déterminant dans le financement des 24 projets d'infrastructures, au coût de USD 35,2 millions, prévus pour la prochaine année, avec un fort potentiel de création d'emplois. Le projet de métro express a été pour la première fois estimé officiellement à USD 525 millions. Le budget comprend une série de mesures concernant l'innovation, les PME, la culture, le sport.  
L'opposition a accueilli le budget avec le plus grand scepticisme. Cependant, il importe de tenir en compte que « the proof of the pudding is in the eating ». C'est dans la mise en œuvre qu'on pourra juger les mesures budgétaires, à moins qu'il y ait des élections avant le prochain exercice budgétaire.