C’est quand le bonheur ?

L’angoisse est lancinante. Chaque jour, ce sont toujours les mêmes questions qui reviennent dont voici quelques-unes. À quand le prochain licenciement parce que notre petite entreprise n’arrive pas à surmonter la crise économique et que les mesures correctives tardent à venir ? À quand la prochaine déclaration qui va traverser le pays comme un feu de brousse allant jusqu’à menacer la survie de nos institutions, piliers de l’indépendance, de l’équité et de la démocratie ? Combien de Khamajeet et de Juggoo y a-t-il encore ? À quand la prochaine révélation qui exposera au grand jour le caractère mercantile et égoïste de certaines personnes qui occupent des postes de responsabilités dans ce pays, qui promettent d’œuvrer au service de la population mais qui n’hésitent pas à s’en mettre plein les poches ? À quand la prochaine défection d’un côté ou de l’autre de l’Assemblée nationale, où l’idéologie, la conviction, le sens d’affiliation, la confiance semblent n’avoir plus cours ? À quand donc les prochaines élections générales, qui fortes d’une réforme électorale annoncée, permettraient de remettre de l’ordre dans cette institution parlementaire ? À quand la prochaine interpellation politique qui va mettre à rude épreuve les nerfs de la population ?
Cette liste non exhaustive de questions mine chaque matin l’esprit des citoyens de ce pays.
Aujourd’hui tout le monde s’accorde à dire que le pays passe par des moments difficiles, tant sur les plans économique, politique que social.
Ce qui est surprenant est que les événements les plus bouleversants de ces derniers jours se produisent en l’absence du Premier ministre. Coïncidence ou calcul ? La semaine dernière, il y a eu l’interpellation et l’inculpation de Pravind Jugnauth par l’ICAC. Aujourd’hui, c’est le Dr Zouberr Joomaye qui semble être dans le collimateur de la police. Quelles sont les autres arrestations qui interviendront dans les prochains jours ? On parle de complot pour déstabiliser le gouvernement. On ne sait cependant pas ce que cache le terme complot, cher aux pays totalitaires, dans une démocratie comme Maurice. Est-ce que demain toute critique contre le gouvernement peut être assimilée à un complot ?
Dans le cas de l’enquête policière initiée par le Premier ministre à la suite d’une déposition de ce dernier contre Paul Bérenger, on s’interroge encore sur sa pertinence aujourd’hui. L’ICAC a déjà entendu les principaux protagonistes. Le leader de l’Opposition a déjà donné les noms de son informateur et de son intermédiaire. Ces révélations ont servi de base au Premier ministre en vue de la recomposition de son gouvernement, qui a été suivie du passage du MSM dans l’Opposition.
Cette affaire est perçue comme l’utilisation de la police par le pouvoir pour un règlement de comptes politique. Dans un pays comme Maurice, qui se présente comme un exemple de démocratie dans le monde et sur le continent africain, il existe bien d’autres plates-formes pour le règlement des différends d’ordre politique. Le recours à la police peut à terme entacher l’image du pays, surtout alors que les arrestations se succèdent. 
Nous sommes à l’heure de l’escalade. Tout cela crée une atmosphère malsaine, déstabilisante et insupportable dans le pays. Il revient au Premier ministre et ministre de l’Intérieur de désamorcer toutes ces bombes de manière à ce que le pays retrouve la sérénité. 
En attendant, on ne peut que se demander avec le chanteur français Cali : c’est quand le bonheur ?