C’est déjà fait

Le Premier ministre nommé s’améliore. Le leader du MSM, plutôt crispé, sans sens avéré de la dérision, a décidé de s’exercer dans un nouveau registre : l’humour. A moins qu’il le fasse sans en être tout à fait conscient. Et puisqu’il a parlé d’exemple, c’est précisément celui de vendredi dernier qui servira à notre propos de ce dimanche. Et quel exemple ! Celui d’abord de la trahison de la promesse de campagne selon laquelle, après les abus de l’utilisation partisane du socioculturel par le gouvernement précédent, ça n’allait, avec Lepep, être plus jamais ça. Non, c’est lors d’une activité pour célébrer le Varusha Pirappu que Pravind Jugnauth a sorti ses vannes.
Puisque le leader de l’opposition était des invités présents au MGI, cela l’a inspiré puisqu’il a piqué le slogan des bleus, loin d’être d’une grande finesse, pour revendiquer, lui aussi, « rezilta lor rezilta ». Il parlait de son sujet préféré du moment, la drogue, qui relève au premier chef de la police, secteur qui est officiellement de la responsabilité du Mentor. Mais il faut dire qu’avec ce gouvernement, il est devenu un peu compliqué de savoir qui fait quoi.
Toutes les semaines, Pravind Jugnauth parle de la drogue. Il y a peut-être des raisons à cela, comme pour faire oublier les photos avec Dewdanee et les étranges ramifications d’affaires ou d’affairistes au nord de la capitale entre les amis du trafiquant présumé, les zenfan lakaz et les transfuges. Parler de la drogue pour dire quoi ? Tous les jours, il y a de nouvelles qui se répandent, qui inquiètent et qui ne sont pas clarifiées.
Si le Premier ministre veut parler de la drogue, il a le devoir de rassurer aussi. Il ne peut pas laisser dire, si ce n’est pas exact, que Dewdanee mettait régulièrement les pieds au PMO, qu’il arpentait presque au quotidien les couloirs du ministère des Finances, qu’il bénéficie d’un traitement VIP en cellule, ou encore qu’il y a eu un grand nombre des kilos manquants à une saisie de drogue. Ou que d’autres cargaisons de la même nature, dont certaines ont été jetées à ciel ouvert, avec les mêmes protagonistes présentant des variations de poids suspects ne soient l’objet d’aucun semblant d’investigation.
S’il n’a rien à dire sur tout cela, sur le fond, il vaut mieux alors se taire. Parce que nombreux sont ceux qui pensent que les dernières saisies sont le résultat d’une entreprise fortuite ou d’une guerre de gangs mafieux et de trafiquants. Lorsqu’on se rappelle que c’est à La Réunion qu’une cargaison de 43 kilos d’héroïne valant Rs 600 millions a été saisie en novembre de l’année dernière et que l’on ne sait pas vraiment s’il y a une collaboration effective entre les services de la répression des fraudes et du trafic de stupéfiants de Maurice et de La Réunion, et à quel niveau elle se situe, il y a de quoi entretenir le doute.
« Fer dimounn sit Moris kouma enn legzanp a tou lé nivo », a martelé le Premier ministre. Mais c’est déjà fait, et vraiment, à tous les niveaux. A commencer par les conditions dans lesquelles celui dont le seul mérite visible est d’être « le fils de » a pu s’installer au poste suprême. Et qu’il arrête de se prévaloir des us et coutumes de Westminster. Là-bas, Monsieur, il n’y a jamais eu aucun « fils de » qui a, par une porte dérobée, une fenêtre entrouverte ou une imposte cachée, accédé au fauteuil de Premier ministre. Il n’est pas étonnant que ceux qui ont voté Lepep ont aujourd’hui le sentiment d’avoir été sciemment utilisés, d’avoir été floués par un programme mirobolant qui, en fait, ne se résumait qu’à une seule mesure : installer coûte que coûte Pravind Jugnauth comme Premier ministre.
Il cite souvent Teresa May. Mais il n’y a pas de comparaison. L’histoire de la Grande Bretagne est truffée d’exemples de Premiers ministres qui, pour une raison ou une autre, se sont retirés, ont aussi renoncé à leur mandat d’élu, ont affronté l’électorat ou sont tranquillement passés à autre chose comme David Cameron, celui qui s’est retiré, l’année dernière, pour avoir été désavoué par le vote du Brexit alors qu’il avait été fraîchement reconduit lors de la consultation populaire de 2015 et qu’il avait, à la tête des conservateurs, remporté seul le scrutin.
Et lorsqu’ici, on est fils de Premier ministre, condamné, puis acquitté et confronté à un appel, où l’on se perd entre les bal kuler, un Euro Loan, les propriétaires de chiens méchants qui atterrissent au ministère qui enquête sur eux, aux députés, qui sont l’objet de dénonciations de toutes sortes, les clans, les membres du Sun Trust, avec ses Dewdanee, l’exemple pour le monde est vraiment frappant.
Lorsqu’il s’agit des « institutions », il n’y a vraiment pas de quoi se poser en exemple planétaire. L’année dernière, la police a procédé à l’arrestation musclée d’un député de l’opposition pour des faits qui remontent à 1996 ; il y a eu un député, aujourd’hui jugé assez compétent pour être ministre, qui a été dénoncé depuis 2015 pour détournement allégué, aucune suite connue et, cette semaine, un autre élu ensoleillé a été au cœur d’une déposition pour escroquerie à grande échelle par un partenaire, aucune nouvelle. Peut-être que la police était plus occupée à faire du porte-à-porte pour voir ce qui se mijotait dans la cuisine des gens et voir si certains ne se faisaient pas une petite belote payante pour passer du bon temps. 
On peut aussi prendre l’ICAC qui a subitement décidé de s’intéresser aux recrutements douteux, mais qui n’a jamais entendu parler de ceux qui se sont déroulés à l’IBA ou au Centre cardiaque ou qui ignore comment des proches de ministres et autres protégés ont été embauchés comme médecins par sélection directe et sur pouvoir délégué de la PSC. Exemple pour le monde ? Peut-être, mais exemple vraiment glaçant. Pour ne pas dire, honteux.