Ça commence à devenir intéressant

Ça commence à devenir intéressant. Vraiment. Le PTr, ou du moins le maître d’œuvre, Ah Fat Lan Hing Choy, le “zanfan lakaz” de toujours des Boolell, celui qui en tant que conseiller de Rajesh Jeetah au Commerce et à l’Industrie avait créé la STCM, une compagnie privée pour concurrencer la STC, a mis le paquet vendredi pour faire de la première sortie publique du candidat travailliste un rassemblement national avec tous les caciques rouges mobilisés à travers le pays pour faire de ce premier rendez-vous un succès. Un peu comme ce qui se faisait lors de la dernière campagne de décembre 2014. Avec les résultats que l’on sait. Ceux qui ont compté les vrais Quatre-Bornais présents et qui sont sur le registre électoral de la circonscription, ont, eux, été plutôt déçus. 
Mais il y a plus piquant. L’entrée en campagne de Navin Ramgoolam aux côtés d’Arvin Boolell à ce premier rassemblement public est, incontestablement, venue apporter du piment dans une campagne électorale de Belle Rose/Quatre Bornes qui ne se signalait jusqu’ici que par sa morosité patente et des échauffourées entre partisans adverses, avec des agents portant T-shirts jaunes perturbant un rassemblement du Mouvement Patriotique et l’incident ayant opposé cette semaine un agent du candidat travailliste à Roshi Bhadain, le leader du Reform Party et candidat à sa propre succession. 
La présence prépondérante de celui qui, il y a tout juste une semaine, a été formellement inculpé pour blanchiment d’argent pour avoir disposé d’un coffre bourré de Rs 220 millions, dont une grosse partie en devises étrangères, avec en bonus une recommandation du Directeur des Poursuites Publiques pour qu’il soit aussi soumis aux fourches caudines de l’Integrity Reporting Board et de la Mauritius Revenue Authority appelle inévitablement quelques observations. 
Ailleurs, pour le plus petit soupçon, pour une mise en examen et avant même une condamnation, un homme public se met en congé, le temps que son affaire aboutisse. Dans un sens comme dans l’autre. Il se fait discret et il limite, surtout, sa prise de parole dans l’espace public. C’est le prix des principes et du respect de certaines valeurs dans des démocraties dont nous osons nous réclamer. Raj Dayal, qui n’est certainement pas un modèle, dans tous les sens du terme, avait débarrassé le plancher sur ordre du Premier ministre le lendemain même des dénonciations qui le visaient. Aujourd’hui, un ancien chef de gouvernement prétend pouvoir faire moins et continuer à commander le respect. C’est grave pour la démocratie et c’est une insulte à l’intelligence des citoyens honnêtes de ce pays. 
Que Navin Ramgoolam veuille revenir au-devant de la scène, on peut le comprendre. Battu par trois de néophytes, abasourdi par une débâcle dans son propre fief, pourchassé par la police, interdit de quitter le territoire dès le lendemain des dernières élections générales, il veut retrouver un peu de son lustre perdu. Qu’il l’ai diminué en affirmant que son ministre ds Affaires étrangères salué par un éditorialiste n’avait fait que lire un discours que lui avait écrit en tant que Premier ministre était à mettre sur le compte d’un rapport de forces au sein d’un gouvernement où c’est le chef qui a le dernier mot. 
Mais qu’Arvin Boolell accepte aujourd’hui, in this day and age, comme dirait l’anglais, d’être le laquais d’un justiciable reste une grande énigme. Qu’il trouve normal que celui qui fait le tour des tribunaux vienne publiquement affirmer que lui, le candidat, ne sera pas élu s’il ne descend pas sur le terrain au N°18 aurait, pour toute personne censée, signifié l’insulte suprême. Même s’il ne doit pas beaucoup apprécier la comparaison, son père, sir Satcam, en son temps, se serait fait entendre. 
Que ce même Arvin Boolell ait oublié ce qu’il a vécu voire subi depuis que lui aussi a été botté dans ce qui était considéré comme son bastion du N°11 par ce trio improbable composé de Mahen Seeruttun, Prem Koonjoo et de Sandhya Boygah, est tout aussi surprenant. Poussé par ces quelques rouges qui ont eu un sursaut de dignité, Arvin Boolell avait cru entrevoir la roue tourner en sa faveur au premier semestre 2015, les images télévisées du coffre débordant de liasses ayant alors considérablement marqué les esprits, même dans l’appareil du vieux parti de Curé, d’Anquetil, de Rozemont et de Seeneevassen et qui avait surtout révolté le Mauricien moyen, celui qui paie ses impôts, qui se sacrifie en espérant un avenir plus radieux pour sa progéniture. 
Il avait un temps pris une sérieuse option sur le leadership et avait même été fait porte-parole. Avant ce 12 mai 2015 fatidique au Square Guy Rozemont, lorsque des tapeurs, probablement ceux qui accompagnent le leader et qui sont accusés d’avoir tabassé à mort un jeune au stade Anjalay, sont venus intimider Arvin Boolell en lui lançant à la figure « Navin nou lerwa ! » Il avait, ce jour-là, effectué un walk-out de la réunion du comité exécutif. En regagnant précipitamment sa voiture, comme s’il craignait pour sa sécurité, il avait quand même eu le temps de dire aux journalistes que « zamé pa finn trouv travayis fer vinn taper dan enn réunion. » Il dut très peu de temps après abandonner le titre deporte-parole des rouges, le leader reprenant petit à petit du service. 
C’est dire que la campagne du tandem Navin-Arvin a de quoi déstabiliser ceux qui ont beaucoup misé sur l’occasion qu’offre cette partielle pour le second nommé de tracer sa route vers le sommet. Du coup, le macaroni distribué le matin du jour des municipales à Cité Malherbes le 9 décembre 2012 que certains voulaient bien reléguer aux oubliettes revient brutalement d’actualité. Notre caricaturiste maison Deven T. a, dans un raccourci très inspiré, bien résumé la situation en dessinant que « voter macaroni, c’est voter Macarena. » Depuis vendredi, forcément.