Calme relatif après la tempête

Après la forte tempête qui a secoué les régions de Barkly et de La Butte la semaine dernière, le pays a retrouvé un calme relatif cette semaine. L’intervention impromptue de la police la semaine dernière pour démolir les maisons de quatre familles à Barkly et d’une famille à La Butte avait provoqué de la colère dans la population, surtout après l’annonce que des personnes avaient été bousculées malgré l’injonction de la Cour suprême. Les autorités avaient créé l’impression qu’il fallait à tout prix et le plus vite possible compléter le travail de démolition avant que la Cour suprême ne se prononce au sujet des injonctions réclamées par les familles concernées dans les deux localités, et cela à la veille d’une célébration religieuse, samedi dernier. Cette manière de procéder avait été considérée comme révoltante, ce qui explique les hostilités exprimées par les habitants de Barkly lundi à l’occasion d’une rencontre organisée pour entendre les explications des ministres Collendavelloo, Gayan et Sinatambou. La réunion a dû être interrompue et les officiels ont quitté les lieux sous forte escorte. Un calme relatif a été observé depuis que l’affaire a été prise devant la Cour suprême. Même si on évite de faire des commentaires en attendant que les juges ne se prononcent sur ce dossier, de part et d’autre, il apparaît qu’on a opté pour le dialogue plutôt que pour la confrontation. Les hommes loi semblent pour le moment favoriser les négociations en vue d’une compensation raisonnable aux victimes plutôt que de faire obstacle au projet de Metro Express. Et dire qu’il a fallu qu’il y ait tout ce bouleversement la semaine dernière pour que les autorités comprennent qu’il aurait mieux fallu attendre l’ordre la Cour suprême de donner les instructions pour faire partir de force les familles récalcitrantes dont les résidences empiétaient sur le tracé du Metro Express.
Ces événements n’ont pas été sans conséquence pour la MBC et la force policière. À la MBC, le chef de la rédaction est sous le coup d’une suspension et le directeur s’en est sorti avec un avertissement pour la non-couverture des événements de la semaine dernière, alors que des transferts surprises sont intervenus au niveau de la police. Maintenant, chacun doit tirer ses leçons. Le gouvernement doit savoir ce qu’il doit faire s’il veut que le projet de Metro Express soit mis en œuvre dans les meilleures conditions, surtout sans que personne ne se sente victimisée comme c’est le cas actuellement pour les propriétaires du garage de mécaniciens dans la région de La Butte.
Tout cela ne doit pas détourner l’attention des autorités des problèmes économiques auxquels est confronté le pays. Le secteur de la production fait face à des problèmes majeurs. En premier lieu, la production sucrière n’atteindra pas les estimations de 360 000 tonnes prévues au début de la récolte. Elle sera inférieure en raison du climat qui prévaut en ce moment et du taux d’extraction inférieur à l’année dernière. Le volume et la valeur des exportations continue à baisser, le secteur du textile bat de l’aile en raison de la situation économique volatile au niveau international, la croissance des investissements à Maurice stagne depuis plusieurs années. Alors que le gouvernement continue à parler de réformes structurelles, comme l’a fait le Premier ministre à Médine jeudi, le secteur privé estime qu’on devrait passer de la parole à l’acte et qu’une accélération de ces réformes est nécessaire notamment en ce qui concerne le sucre et la production énergétique. On cite volontiers le secteur touristique, qui a bénéficié largement de la décision d’ouvrir le ciel mauricien.
Le gouverneur de la Banque centrale, Ramesh Basant Roi, est venu apporter de l’eau au moulin du secteur privé, estimant qu’il n’est pas aussi facile qu’on le croit de faire des affaires à Maurice et qu’il y a trop d’obstacles administratifs à surmonter. Il s’est également associé à ceux qui pensent que le taux de productivité dans le pays ne suit pas les coûts de production, sans compter que la productivité au niveau portuaire n’est pas satisfaisante. La plupart des secteurs de production en souffrent. Dans ce contexte, la décision du gouvernement d’introduire un Exchange Rate Support Scheme avec une subvention maximale de Rs 2.50 aux exportateurs qui paieront le dollar à un niveau inférieur à Rs 34.50 apportera un soulagement pour tous ceux qui sont affectés par la roupie forte. Mais cela ne constitue qu’une solution temporaire. Il faut bien plus pour relancer la production dans le pays.