Ces cancers qui nous rongent

Le monde de la médecine est en ébullition depuis ce jeudi 31 août. Et plus précisément ceux qui sont engagés dans la recherche et le traitement des cancers. L’élaboration d’un nouveau médicament, commercialisé sous le nom de Kymriah, par les laboratoires Novartis, se présente en effet comme un nouveau protocole de traitement pour un certain type de cancer. Ce nouvel élément est venu relancer la donne. De nouvelles avenues de soins et de traitements sont désormais permises. La nouvelle, en elle-même, injecte un souffle nouveau à la recherche et aux attentes, tant pour les professionnels de la médecine que, surtout, les patients, qui, pour la plupart sinon la totalité, s’accrochent à tout espoir, désireux de vivre jusqu’au bout.
Il y a encore deux décennies, le cancer était une maladie moins fréquente à Maurice qu'elle ne l'est aujourd'hui. Depuis ces dernières années hélas, ce fatidique mal est sur les lèvres de tout un chacun. Au point où il nous semble qu’on peut compter quasiment une victime par foyer, tant le mal s'est répandu. Jeunes comme vieux, cancer « napa guet figir », pour emprunter la formule sacrée qui a tant aidé à faire décoller une campagne de sensibilisation chez nous d’une autre forme de cancer, le sida, dans les années 90’.
L’avènement du Kymriah aura certainement son incidence sur le monde médical. Mais ce qui nous interpelle surtout, par le biais de cette avancée qualifiée d’historique par les spécialistes de la question en Angleterre, aux Etats-Unis et ailleurs, c’est sa retombée positive. Même si nous n’en sommes pas à la formule magique ou le remède miraculeux qui guérira les victimes des cancers qui rongent des millions de familles, l’élaboration d’une nouvelle réponse nous permet de respirer !
Et c'est dans ce sens que l'on souhaiterait vivement que l’État mauricien trouve une solution plus adéquate pour ce qui est du « cancer » que représente le futur métro et les dégâts que ce dernier cause déjà à nos compatriotes ! Ce qui amène un grand nombre de questions comme de savoir pourquoi il faut absolument d’un projet qui cause autant de torts, et peut-être irréversibles. N’y a-t-il vraiment pas un moyen d’élaborer un projet reposant sur une méthode qui épouserait davantage l'harmonie et le contexte îlien de Maurice ? Qui serait en phase avec les spécificités du pays ? Une alternative qui respecterait la nature ? Un projet où l'on n’aurait pas à détruire des maisons, fruits du labeur de leur propriétaire, d’une vie de sacrifices et d’efforts ? Un projet qui respecterait l’écologie, les espaces verts et récréatifs du pays ? N’y a-t-il pas d'autre alternative que celle que le gouvernement de Lalians Lepep veut à tout prix (et c’est pourquoi on se pose tant de questions) et qui serait davantage rentable tout en étant moins coûteux, mais surtout plus soucieux des droits des habitants ? Cet entêtement à vouloir absolument de ce projet spécifique, alors qu’il n’y a pas à notre humble avis une urgence extraordinaire à lancer de métro à Maurice, est pour le moins… intriguant !
Les larmes des familles, qu'elles soient de La Butte, de Barkly ou d'ailleurs, sommées d’évacuer leur modeste mais ô combien précieuse demeure, dans leurs cœurs et à leurs yeux, ne semblent avoir aucun effet sur les politiques ! Souhaitons que leurs cris du cœur de même que les actions en justice intentées par ces groupes d’habitants finissent par ralentir, sinon pourquoi pas obliger le gouvernement à revoir tout le projet.
Il y a aussi cet autre cancer qui gangrène notre société, spécifiquement nos jeunes. Trop accros aux pièges faciles et factices d’une existence conjuguée aux smartphones et autres joujoux technologiques. L’excellente observation de Mariam Gopaul, ancienne employée de l’Unicef à Maurice, publiée dans nos colonnes ce 31 août, nous rappelle justement la fragilité de nos jeunes. Trop pressés, trop enfermés, trop isolés. Au point où certains se donnent la mort. Si ce n’est pas l'arrêt physique de leur vie, ce déni se traduit aussi dans leur refus, pour un grand nombre, d’aller vers les autres. La faute aux parents ? Pas seulement. Mais à toute la société plutôt, qui privilégie une avancée en accéléré, brûlant les étapes parfois cruciales de l’épanouissement et du développement humain, comme il se respecte. Comme une fuite en avant, ces jeunes optent alors pour l’alternative la plus commode et qui requiert le moins d’effort.
Rien n’est impossible. Renverser la vapeur est réalisable. Opter pour un autre projet de transport en commun que le métro peut encore se faire. Offrir à nos jeunes des lendemains riches et forts en sensations et en émotions sans pour cela qu’ils soient scotchés à leurs téléphones mobiles ou autres outils mal exploités, idem. Tout comme le Kymriah ouvre une nouvelle porte pour le cancer, il nous appartient à chacun de continuer à chercher et à tenter tout ce qui est possible afin que nous ne regrettions pas de ne pas avoir essayé !