Casseroles United

On a eu la présentation lundi dernier, la réclame vendredi et, vu le casting et le scénario proposés, le film risque fort d’être classé dans la catégorie horreur. Entre deux lancements de pose de tuyaux, l’inauguration précipitée d’une moitié de foire comme à Quatre-Bornes, une distribution de molletons, une petite séance de ramassage d’ordures dominicales et un shooting avec des acteurs venus de Hollywood, le Premier ministre a, lundi, lancé son Metro Express : coût pour les contribuables d’aujourd’hui, de demain et d’après demain, Rs 18 milliards. Pour le moment. Quelles que soient les assurances données.
Des doutes ont aussi été exprimés sur la firme qui a décroché le contrat. Ses antécédents ne plaident pas forcément en sa faveur. Certains à l’humour potache évoquent déjà un genre de « Casseroles United » que ce contrat entre la coalition MSM/ML et Larsen and Toubro. Si la présentation a été sommaire, les questions qui restent sans réponses sont, elles, innombrables. Le nombre d’usagers réels de ce Metro Express reste un gros point d’interrogation, même si un sondage aux questions très orientées, ce qui n’est pas très surprenant puisqu’il vient de ceux, les « régimistes », qui ont l’habitude de tout peindre en rose qu’elle que soit la couleur politique du commanditaire, laisse croire le contraire et que tout le monde va délaisser, bus, voiture, taxi et mobylette pour sauter dans le métro. Comment va s’articuler la cohabitation entre le métro et les autres véhicules sur une voie aussi empruntée que la route St-Jean sans provoquer de nouveaux goulots d’étranglement ?
La réclame de vendredi est, elle, très mal passée. Après l’augmentation conséquente d’avril 2017, revoilà une nouvelle hausse des prix du carburant. Pourquoi cette augmentation alors que le cours sur le marché mondial s’est stabilisé ? Est-ce pour transférer davantage de fonds de la STC pour payer le prix de ses conneries et de ses erreurs, pour payer Betamax, pour rembourser le SCBG, dont on ne sait toujours pas la source exacte du financement ?
Qu’avez-vous fait des Rs 5,3 milliards pompées depuis janvier 2015, du coût du litre d’essence que paie l’usager sur le seul item du Build Mauritius Fund, porté d’une roupie à quatre roupies ? Que faites-vous de la Road Tax d’une moyenne, allons dire de Rs 4 000 qui frappe les propriétaires des 508 000 véhicules qui circulent sur nos routes ? Rien. A part le coûteux projet de prestige du Metro Express, devenu une espèce de Heritage City bis, rien qui soulage le calvaire des usagers ou qui résout durablement les gros problèmes de circulation non seulement sur le couloir saturé de Curepipe/Port-Louis, mais partout où de nouvelles zones résidentielles ont été aménagées depuis ces dernières quinze.
On nous bassine du Road Decongestion Programme depuis bientôt trois ans sans que l’on voie la réalisation du plus petit projet qui facilite le déplacement des Mauriciens. Le seul nouveau chantier en cours est celui qui a été déjà lancé avant l’arrivée de l’actuel gouvernement, celui d’une voie de contournement pour atteindre la région aéroportuaire à partir de Rose-Belle. Ceux qui croyaient qu’une alternative à l’unique voie d’accès à Flic-en-Flac ne serait qu’une question de mois ont dû déchanter après que des appels à manifestation d’intérêt déjà lancés et publiés aient été brusquement annulés.
Le chantier de Terre-Rouge/Verdun est permanent depuis trois ans et rien ne dit qu’il sera bientôt achevé. La région du nord qui a explosé avec le développement du commerce, du tourisme, des ERS, des PDS offre un schéma très insolite. Si l’on ne veut pas emprunter la route côtière, on a, certes, un très bon quatre voies de Port-Louis à Grand-Baie qui se termine par un trou de souris avec deux petites voix au début du chemin vingt pieds devant La Croisette. Lorsque deux autobus se croisent sur ce tronçon, c’est la galère. Pas un seul nouveau « bypass » pour alléger le trafic dans les grands villages.
Le réseau urbain est déplorable. Hormis le réasphaltage obligé après les travaux de pose de nouveaux tuyaux ou le raccordement au réseau de tout-à-l’égout. Comme si les citadins ne payaient pas la taxe immobilière et qu’ils n’avaient pas droit à un peu de considération ! Et là, il faut citer un exemple qui illustre la mentalité de ceux qui nous gouvernement. Cela fait des mois que Week-End a attiré l’attention des autorités sur l’état calamiteux de la rue Jemmapes. Il a fallu que tous les « missié » du gouvernement se rendent au show des Casernes centrales et que Mario Nobin y organise la célébration des 250 ans de la police pour que cette route soit remise à niveau. On dirait que leurs belles limousines n’auraient pas résisté aux nids de poule et aux trous béants !
A moins que ce réasphaltage a été fait exprès en prévision du passage nocturne vite fait de Showkatally Soodhun et de son avocat Raouf Gulbul au CCID. Visite à la tombée de la nuit avec une interdiction initiale d’accès aux Casernes pour les journalistes, comme si la police avait peur que le ministre ne s’empare de l’arme de son garde du corps pour les menacer. Ce qui n’est pas sans rappeler le petit saut express, un peu comme le métro, d’un certain Rakesh Gooljaury un dimanche matin au CCID flanqué de son désormais célèbre avocat, Sanjeev Teeluckdharry. Et la police travaille, bien entendu « en toute indépendance ». Qu’attendent nos humoristes pour lancer la nouvelle saison de « Flics en délire »? Ils ont pourtant du pain sur la planche et matière pour faire un tabac.
Et ce sont ces décideurs-là, ceux dont on ne sait plus qui ou dans quelle officine, tellement certains potentats portent de multiples casquettes et qui font qu’ils deviennent à la fois, le client, le vendeur et l’arbitre, comme dans le cas de la vente de Britam, qui vont réaliser le Metro Express ? Il y a de quoi frémir.