«It is sad and humiliating that now, some 35 years after taking up my professional trainer’s license, having conditioned nearly 2000 winners, I find myself having to offer explanations in such degrading circumstances in my country of birth»
Ricky Maingard
Revoilà le spectre du dopage qui refait surface dans l’hippisme mauricien. Personne n’est dupe. Le dopage n’a jamais vraiment cessé dans notre pays. On voit bien de temps en temps des chevaux réaliser des performances surprenantes et suspectes. Ils sortent de l’anonymat, brillent de mille feux avant de retrouver l’anonymat. Mais ces sautes de forme ne sont pas toujours détectables au laboratoire car ceux qui « préparent» les chevaux s’arrangent avec une grande dextérité à les présenter « free of drug» le jour des courses. Ces fauteurs connaissent pour la plupart les rudiments de la médecine équine pour rendre leur acte invisible car, en matière de dopage, il est coutume de dire que les adeptes ont une longueur d’avance sur les laboratoires,
Celui du MTC, l’un des plus performants au monde, sous la direction de Bertrand Baudot, est le plus proche possible des dernières technologies et du savoir-faire en matière de contrôle médical des chevaux. Tout cela se fait en étroite collaboration avec les plus grands laboratoires mondiaux, organisés aujourd’hui en réseaux, pour être au diapason des dernières trouvailles en matière de dopage. Mais il faut d’emblée faire la différence entre le dopage, qui est un acte totalement illégal, et l’utilisation des produits, dits dopants, utilisés à des fins thérapeutiques, au su et au vu des autorités, sous la supervision des vétérinaires agréés par le MTC et qui sont parfois retrouvés dans l’organisme du cheval le jour des courses. Car les utilisateurs ont mal calculé le temps d’élimination du produit dans l’organisme. Dans ces cas là, on ne parle pas de dopage mais de positivité. Les coupables sont alors sanctionnés pour une faute où l’on peut clairement situer les responsabilités.
L’équipe de Bertrand Baudot a, ces derniers jours, transmis au Chief Stipe Stéphane de Chalain des résultats d’analyse positifs pour deux chevaux, l’un de l’écurie Maingard, Day Of Reckoning, détecté dans l’urine du cheval prélevée dans le sillage de sa victoire du 6 octobre dernier et l’autre de l’écurie C. Ramdin, Wave Dancer, détecté dans l’organisme du cheval dans des échantillons prélevés inopinément dans le centre d’entraînement privé de cet entraîneur et non au lendemain de sa récente victoire surprise, suivie, il faut le souligner, par une défaite cuisante.
A ce stade, on ne connaît pas tous les tenants et aboutissants de ce dernier cas car le communiqué du MTC est très liminaire tout comme celui concernant Day Of Reckoning. Les seules autres informations rendues publiques à ce stade sont le fait que Ricky Maingard a demandé une contre-expertise et que son collègue Raj Ramdin n’a pas utilisé ce droit-là. Mais, selon les bruits à la rue Shakespeare, les deux chevaux ont été testés positifs à des anabolisants, ce qui est strictement interdit par les Rules of Racing du MTC, même sous thérapie
Cependant, grâce au communiqué fleuve de Ricky Maingard, on a une idée plus précise du cas de Day Of Reckoning. Ce cheval ne faisait l’objet d’aucun traitement au produit décelé, Nandrolone, dans son organisme, ce qui permet de conclure qu’il s’agit d’un «wilfull doping» et l’entraîneur a eu parfaitement raison de faire appel à la police des Jeux pour en savoir plus sur les circonstances entourant l’administration de ce produit. Accessible pour les initiés – les culturistes en particulier — sous forme de DecaDurabolin ou de Laurabolin dans les pharmacies complaisantes, et qu’on détecte dans l’urine, plus long à analyser, et non dans le sang. Ce qui explique sa détection post-course.
« Due to the long active of Nandrolone only a fool would dare use the product on a race-horse in Mauritius where the use of anabolic stéroïdes is strictly forbidden under MTC rules which I fully endorse», écrit Ricky Maingard ,visiblement déstabilisé par cette affaire et qui entend «clear his name» pour ce qu’il considère comme un enfant qu’on lui a fait dans le dos. Il est raisonnable de penser, jusqu’à preuve du contraire, que l’entourage immédiat, en particulier l’entraîneur du cheval n’aurait pas pris un tel risque, eu égard aux règlements et à sa réputation…de 35 ans de métier. D’ailleurs, il a demandé que tous ses chevaux soient testés aux anabolisants à ses frais avant de courir, pour s’assurer qu’ils n’ont pas été «tampered with». Les résultats se sont jusqu’ici révélés négatifs, à l’exception du nouvel examen de Day Of Reckoning qui demeure toujours positif.
Et tous ceux qui ont administré ce produit à Day Of Reckoning, sont loin d’être des «fools» s’ils ont profité de son long repos (4 mois) pour agir mais, dans ce cas-là, ils ont visiblement mal jugé les doses prescrites. Ils sont loin d’être des «fools» puisqu’ils ont «heavily backed» le cheval dès son retour à la compétition le 2 septembre avant de répéter victorieusement ce vif et surprenant intérêt au pari pour ce cheval dont les chances dans la course en référence étaient moyennes. Ce sont les circonstances du déroulement de l’épreuve qui ont favorisé sa victoire, obtenu d’un nez seulement, le 6 octobre dernier.
La police des Jeux, qui a déjà interrogé le palefrenier du cheval et deux jockeys mauriciens dans cette affaire, n’a qu’à retracer ceux qui ont touché le pactole pour retrouver ceux qui sont derrière cette affaire de dopage, qui vient, comme par hasard, jeter le discrédit sur un établissement devenu au fil des semaines un prétendant sérieux au titre d’écurie championne. Il faudra bien un jour que les prestataires de paris émettent aux parieurs des preuves de provenance des fonds, comme l’exige les banques lorsque les gains dépassent des centaines de milliers de roupies. Cela représentera alors les premiers pas volontaristes et déterminés de la lutte contre la corruption sous toutes ses formes dans le monde hippique.
Nous ne nous faisons guère d’illusions, la montagne accouchera une nouvelle fois d’une souris. Pourtant, pratiquement du néant, le MTC a encouragé le développement d’un laboratoire digne des meilleurs mondiaux mais force est de reconnaître qu’il y a de quoi pour ses animateurs de se laisser gagner par un sentiment de découragement car, jusqu’ici, aucun des manquements majeurs mis à jour n’a été au-delà de la sanction, souvent injustifiée vis-à-vis des seuls entraîneurs plus responsables que coupables. Y-a-t-il une réelle volonté da traquer les vrais commanditaires ? Permettez-nous d’en douter car ni le MTC, ni la GRA, ni la Police des Jeux n’a apporté de résultats probants au-delà des résultats du laboratoire jusqu’ici.
Comme un malheur ne vient jamais seul, l’écurie Maingard qui a été mise au courant de cette affaire de dopage dès vendredi dernier a eu la poisse, le lendemain, de perdre son jockey Gaëtan Faucon, sans doute pour le reste de la saison. Celui-ci, victime d’un incident en course, a chuté sans gravité avant d’être lourdement percuté par un autre cheval. On avait, à un moment donné, craint le pire mais, heureusement, il ne s’agit, si on peut s’exprimer ainsi, que d’une clavicule fracturée. Si c’en est fini du titre de jockey champion pour lui, il est indécent de constater que celui ou ceux responsables de sa mésaventure vont normalement monter en course cette semaine. Il faut apparemment écouter son témoignage pour établir la faute et les éventuels coupables alors que les images de la course sont suffisamment parlantes. Là aussi, la justice hippique a ses raisons que la raison a du mal à assimiler !