C'est reparti

Eh oui, c'est reparti. Nous vous y voyons. Vous allez soupirer : encore un commentaire sur les turbulences politiques du moment. Ben non, c'est reparti en fait de plus belle sur un autre front, celui de la politique monétaire et économique. Après une accalmie de deux ans, il semble que le froid s'est de nouveau installé entre la Banque de Maurice et le ministre des Finances.
Tout commence avec la recomposition du Monetary Policy Committee. Et là, surprise. Xavier Duval ne se contente pas de nommer des copains, Kamal Taposeea, un ancien pote de la période 99-2000, président de la Media à l'époque de la bouillabaisse et du Mont Blanc, qui est ainsi repêché après avoir été débarqué de la présidence d'Air Mauritius, et Nishan Degnarain, une connaissance nouée lors du passage du ministre dans le secteur des services financiers.
Mais cerise sur le gâteau, le ministre nomme aussi deux ressortissants étrangers, Alain Madelin, ancien ministre français de l'Économie et des finances, et Silvana Tenreyro, de la London School of Economics. Le leader de l'opposition et la presse ont publiquement remis en question le choix d'Alain Madelin, mais leur objections ont malheureusement rencontré peu d'échos. Il importe que l'on y revienne.
Alain Madelin a commencé sa carrière politique en se mesurant aux militants d'extrême gauche. Divers sites d'information rappelant son passage à la Fédération des Étudiants Nationalistes, un organisme d'extrême droite. Il est également fondateur d'un mouvement appelé Occident, de tendance résolument droitière extrême, dont un des chevaux de bataille est la suppression du suffrage universel. Autres hauts faits d'armes de ce mouvement, l'attaque d'un cinéma.
Le nouveau membre du Monetary Policy Committee a, en 1965, été condamné à un an de prison avec sursis et trois ans de mise à l'épreuve pour vol et détention d'armes. En 1967 il est de nouveau condamné avec d'autres militants d'extrême droite pour violences et voies de fait avec armes et préméditation. Et dans un rapport de police de 1968, Alain Madelin est cité comme ayant participé « à la préparation d'un hold-up ».
En 1984, il est sanctionné d'une privation d'un mois d'indemnité parlementaire pour injures et menaces envers François Mitterrand, alors président de la République Française. Après un telle nomination, qui sait si on ira pas bientôt recruter au Front National, comme au bon vieux temps où SSR ne se gênait pas pour se faire photographier en compagnie de Jean Marie Le Pen et que Gaetan Duval, surtout, fricotait ouvertement avec l'ancien leader du Front National. Celui qui, aujourd'hui encore, mène une politique xénophobe, raciste et indigne du XXe siècle.
On ne sait pas si c'est à titre gracieux que l'ancien préparateur présumé de hold-up siège au comité de politique monétaire de la banque centrale d'un pays souverain, mais c'est quand même une honte que, comme dit l'autre, quarante-quatre ans après l'indépendance, on en soit réduit à faire appel à de tels personnages, alors que des professionnels mauriciens avec un passé et un passif moins lourds auraient parfaitement pu faire l'affaire.
Ce n'est pas tout. Comme l'y autorisent les amendements portés à la Bank of Maurtius Act de 2004, les membres du MPC peuvent participer aux délibérations du comité par téléconférence et c'est, semble-t-il, ce qu'ont fait les deux étrangers y siégeant. Et comme si tout cela n'était pas déjà assez rocambolesque, la première réunion du comité new look tenue lundi dernier a été émaillée d'incidents qui ont débouché sur une plainte formelle logée par le secrétaire du comité pour délit de fuite, la baisse du taux directeur ayant paru sur un site web animé par un tandem journaliste/animateur, connus en plus comme étant proches de Xavier Duval, avant même que la baisse de 50 points de base ne soit officiellement annoncée. Du jamais vu, dénonce avec raison Manou Bheenick. Restent maintenant à enquêter et à éplucher les échanges téléphoniques de l'après midi du 19 mars. Ça promet !
Et bien que tout cela ne soit pas qu'anecdotique, il reste l'essentiel, soit une vraie divergence entre le ministre et le gouverneur de la banque de Maurice sur la politique monétaire. Lors de la dernière réunion du MPC, en décembre 2011, Manou Bheenick avait pleinement justifié la petite baisse de 10 points intervenue alors comme étant juste pour contenir une possible poussée inflationniste et ne pas freiner la croissance. Il expliquait que les nouvelles données de l'économie et de marché commandaient que l'on procède par « petites touches ».
Or, lundi dernier, après d'âpres discussions et une impasse, c'est finalement ceux qui ont été sensibles à l'argumentaire du ministre des Finances selon lequel la roupie est « surévaluée » et qu'il fallait donc la dévaluer, qui ont eu gain de cause et appliqué une basse de 5,4% à 4,9%. Au grand dam du gouverneur, mais pour le plus grand bonheur des exportateurs qui n'avaient pas arrêté de critiquer la roupie forte, qui s'était encore appréciée avec la crise de la zone euro, et qui avait fait perdre de sa valeur à la monnaie du continent, ce qui affectait leur trésorerie.
On est donc reparti pour un nouveau round de crispations entre BoM Tower et Finances, comme au bon vieux temps où Rama Sithanen était le Grand Argentier, et que Manou Bheenick l'ignorait royalement. Les divergences avaient trouvé de larges échos jusqu'à l'Assemblée Nationale, et avaient même débouché sur un Fact Finding Committee à huis clos qui n'avait rien trouvé. Puis est venu, en 2010, Pravind Jugnauth, qui a plutôt fonctionné en bonne intelligence avec le gouverneur de la banque centrale. Mais çà c'était avant. Avant l'arrivée des spécialistes en préparation de hold-up


Commentaires

Eh bien, le soleil s'est leve a l'ouest. Vous faites des compliments a Manou.
Je deplore les actions de Xaxa, plus ils y a des gens a la MPC, moins les decisions seront a la hauteur des exigences economiques. Pourquoi Zaza traine-t-il un K.T. qui n'a su prevoir la chute de MK.
Pravind et le mot intelligence dans une meme phrase chere JL, OXYMORON. Osez osons