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CHAGOS : Navin Ramgoolam prend rendez-vous avec l'Histoire !

Dans son dernier livre au titre railleur L'An prochain à Diego Garcia, paru en mai 2011, Jean-Claude de L'Estrac, le prolixe ancien ministre des Affaires étrangères sorti d'un sérail militant, prenait prétexte, entre autres, que le ministre des Affaires étrangères britannique William Hague ait déclaré "qu'après avoir étudié de près le dossier des Chagos, il n'entrevoyait aucun changement fondamental dans la politique de son pays et de celle des États-Unis" pour communiquer aux Mauriciens son pessimisme que leur pays puisse un jour récupérer sa souveraineté sur l'archipel. Nous parlons de pessimisme ? Défaitisme aurait été le terme le plus approprié car, le jour même du lancement de son ouvrage au siège de l'Alliance Française à Bell Village, le flamboyant de l'Estrac prophétisait devant un petit cercle d'amis avec lequel il prenait un café : " Vous allez voir, Maurice n'a aucune chance. Le Tribunal de la Mer va, diplomatiquement, refuser de prendre en compte notre revendication de souveraineté sur les Chagos et il va se déclarer incompétent. La démarche du gouvernement mauricien devant ce tribunal est un coup d'épée dans l'eau !" Le café eut, du coup, la même triste saveur que celle qu'on éprouve lors d'une veillée mortuaire !
Il faut rappeler que, en décembre 2010, le gouvernement avait pris l'initiative de saisir le Tribunal Arbitral de la mer, institué sous la United Nations Convention on the Law of the Sea (UNCLOS), d'une contestation de la démarche de la Grande-Bretagne d'aménager un Parc Marin Protégé (Marine Protected Area) autour de l'archipel des Chagos en faisant fi, totalement, de la revendication territoriale de la république de Maurice sur l'archipel. Avec ce parc censé protéger l'environnement, non seulement la Grande-Bretagne, notre ancienne colonisatrice occupant de l'archipel, voulait y exclure définitivement les Chagossiens, mais elle entendait surtout anéantir à jamais les velléités mauriciennes. Londres avait objecté contre le fait que le Tribunal Arbitral examine la question de souveraineté. Ce qui revenait à dire que, pour les Anglais, si le Tribunal Arbitral acceptait de priver la république de Maurice du droit même d'évoquer cette question, tout autre débat devenait caduc. Or, le Tribunal Arbitral a siégé le 11 janvier dernier à Dubaï, et son ruling, signé de son président, le professeur Ivan Shearer, a complètement pris à contre-pied le gouvernement britannique. Maurice a gagné une première manche. Son procès contre la Grande-Bretagne, certes, ne fait que commencer. Il reste au Tribunal Arbitral d'entendre tous les arguments — constitutionnels et autres — des deux parties. Mais, comme l'a souligné le quotidien britannique The Guardian, la défaite de la Grande-Bretagne dans sa tentative de contester la juridiction du Tribunal était "unexpected" (inattendue). Et les décisions du professeur Shearer et de son équipe, souligne le journal, lient la Grande-Bretagne et l'obligent maintenant à venir s'expliquer sur ses "highly sensitive political decisions dating back to 1965". Autrement dit, la Grande-Bretagne va se voir contrainte d'expliquer enfin à la communauté internationale dans quelles circonstances scabreuses, frauduleuses, que l'on sait, elle avait excisé l'archipel du territoire national mauricien en parfait irrespect des résolutions des Nations unies se rapportant à la décolonisation des peuples en voie vers leur indépendance. À ce jour, Londres et son complice, les États-Unis, étaient toujours parvenus à défalquer cette explication devant les sérieuses instances des Nations unies !
L'avancée faite par la petite île Mautice dans le dossier Chagos au sein du Tribunal Arbitral de la mer est énorme. Et, il est très dommage que le Premier ministre de Maurice soit tellement sur la défensive en ce moment qu'il ne semble même pas avoir la force de venir l'expliquer plus clairement et plus longuement à la Nation. En d'autres circonstances, un chef de gouvernement aurait convoqué la presse. Comme il l'avait si bien fait d'ailleurs, en décembre 2010, quand le procès avait été logé contre Londres. Mais, sans doute pour ne pas avoir à se laisser entraîner sur d'autres terrains plus glissants concernant des affaires plus locales — pour ne pas dire plus privées —, notre Premier ministre a préféré éviter les journalistes locaux pour confier sa joie à leurs confrères du Guardian britannique ! Et pourtant, en toute équité, Dieu sait combien grand sera le mérite personnel de Navin Ramgoolam si jamais, comme nous le souhaitons tous en tant que patriotes, son gouvernement parvenait à la fin du procès à imposer une fois pour toutes les droits territoriaux de Maurice sur les Chagos.
Le mérite de Navin Ramgoolam, dans la perspective d'une victoire finale, ne se limiterait pas uniquement à un retour de l'archipel à la souveraineté mauricienne — ce qui est l'essentiel du combat — mais il parviendrait accessoirement à faire taire une opposition MMM qui, précisons-le, ne fut pas un chaud partisan de son initiative auprès du Tribunal de la Mer. Paul Bérenger et le MMM, rappelons-le, avaient, en décembre 2010, trouvé "risqué et peu suffisant" le recours au Tribunal et ils avaient réclamé d'autres actions dont il n'ont toutefois jamais défini la nature. À ce jour encore, le MMM ne fait que critiquer le gouvernement Ramgoolam sur le dossier Chagos sans cependant jamais dire ce qu'il faut faire en définitive pour faire progresser les revendications mauriciennes. D'autre part, Navin Ramgoolam doit être bien conscient que, poussée à justifier ses
"highly sensitive political decisions de 1965", la Grande-Bretagne ne s'embarrassera pour livrer en patûre son propre père, sir Seewoosagur Ramgoolam, et d'autres prétendus pères fondateurs de la Nation mauricienne pour leur rôle peu glorieux dans la cession — même sous contrainte — de l'archipel. En tant que chefs de partis politiques déléguée pour faire entendre les points de vue de leur formations respectives, sir Seewoosagur, Sookdeo Bissoondoyal, sir Abdul Razack Mohamed, le vested-interst Maurice Paturau et, mais dans une moindre mesure, Jules Kœnig, durent se plier aux exigences de la politique militariste américaine dans l'océan Indien. L'île Maurice n'avait pas alors pleinement le contrôle de sa destinée et, déjà, c'est un aspect qui pourrait jouer en sa faveur si ses avocats présentent bien les faits au Tribunal.     
À ce stade de la joute Little Mauritius v/s La Grande-Bretagne, avec les States en embuscade, pour en revenir à ceux qui ont joué aux oiseaux de mauvaises augure, pour dire le moins, il se sont lourdement trompés. Jean-Claude de L'Estrac peut néanmoins se consoler de n'être pas seul dans cette posture, quand même celle-ci était sincère. Assez nombreux, effectivement, doivent être ces citoyens mauriciens fatigués, blasés — que nous qualifions déjà depuis longtemps de Chagosceptiques — qui on dû cette semaine éprouver un peu de gène d'avoir jeté les armes avant même d'engager la bataille. Notre ami Jean-Pierre Lenoir, pourtant homme de droite avec lequel on n'est pas souvent d'accord, a raison quand il répète à satiété le proverbe chinois "les seules guerres qu'on est sûrs de perdre sont celles dans lesquelles on ne n'engage pas." La guerre de la souveraineté sur les Chagos, par parc marin protégé interposé, aura, elle, bien lieu. Et Navin Ramgoolam a pris rendez-vous avec l'Histoire. Pour une fois, on ne peut qu'être de tout cœur avec lui !


Commentaires

The Malvinas also known as the Falklands has never been a British sovereignty territory during all its existence.Hence its decision to organise a referendum of its inhabitants the bulk of whom happens to be British citizens or descendants of British citizens,emanating directly from Britain!The outcome of the proposed referendum is well known in advance.Britain cannot prove that the Falklands or Malvinas is its sovereign territory.So try the French trick!France has populated its colonial territories like Reunion,the Comoros with French citizens and then organise a referendum to prove to the world that Mayote for example wants to remain French.Never mind the people of the Comoros who have lived on these islands for over seven hundred years!Navin Ramgoolam has indeed given a huge blow to Great Britain through the UN's Law of the Sea Tribunal.The MMM had indded taken a guarded approach but has also stated in Parliament that it is behind the PM on this matter.The MMM has also taken the view that the sovereignty of Mauritius is a subject qhich is above party politics.The Tribunal may well have taken the view that indeed Great Britain was right to contest its authority.Then would Henry Marimootoo have written?That Jean Claude de L'Estrac was right.That the MMM was right to express doubts about the course of action undertaken by the PM?Being wise with hindsight,Henri Marimootoo?No one,not even the PM could have foreseen such an outcome at such an early stage of that case!Individuals must believe firmly in their hearts and minds whether Mauritius has acase or not!This is no time for bending with the wind or indeed play party politics,with a national matter!Divide and rule is a British trait not Mauritian!To remember that there's also the re constitution of the UN's Decolonisation Committee taking place in New York.A Committee that was sent to sleep as it turns out prematurely!The main question is whether Britain should automatically lose its place at the Security Council now that its breaking UN's Resolutions defiantly,has come to the surface at the UN itself?Have Navin Ramgoolam and Mauritius opened the way for other aggrieved countries to follow suit with their own claims?Pre colonial times,back in fashion?

M. Marimootoo, votre analyse est très percutante. Mais, il ne faut pas se faire trop d’illusions. Le Tribunal Arbitral de la Mer ne s’en tiendra qu’au parc marin protégé alors même que les arguments de la Grande Bretagne sur sa souveraineté pourraient être entendus. Il peut y avoir de surprises. Et de taille. N’oublions pas que c’est la loi du plus fort qui règne en ce moment. Might is right. La déconvenue des Chagossiens devant le tribunal de Strasbourg en est une preuve flagrante ; du moins, c’est le sentiment qui prévaut après le prononcé du jugement. Pessimisme ou défaitisme, de l’Estrac a raison sur toute la ligne.
Ce qu’il faut de l’Ile Maurice, c’est se mettre vite en état de guerre. Bien qu’il veuille bien faire la guerre – contre les médias, entre autres – Navin Ramgoolam, à mon avis, doit céder la place à un autre pour cette rude bataille. Il ne jouit pas en ce moment de la force morale nécessaire pour ce faire. Comme dans une guerre, il faut anticiper. Procéder vite et établir un calendrier pour bien avant 2016. D’abord, lutter, de concert avec les pays de l’Indian Ocean Rim, afin de déclarer l’Océan indien Zone de Paix exempt de nucléaire, les gouvernements successifs après Sir Seewoosugur, en particulier ceux d’Aneerood Jugnauth et du MMM ayant failli lamentablement dans cette tâche. Pire, le Traité de Pelindaba, signé par Bérenger, a reconnu les Chagos comme territoire en litige, pouvant donner un coup fatal à la souveraineté de Maurice sur l’Archipel. L’hypocrisie du MMM sur la question n’est plus à démontrer. Ensuite, fort des décisions favorables récentes du Tribunal Arbitral, porter en même temps la question de souveraineté devant la Cour Internationale de la Haye et demander à cette Cour non seulement de déclarer le contrat entre la Grande Bretagne et les Etats-Unis caduc mais aussi le démantèlement de la base militaire américaine pour le retour des Ilois sur leur terre natale.
Le piège que peut tendre les Anglais, c’est de demander un référendum pour l’association avec leur pays, comme ils projettent de faire pour les Malouines. Il y aussi le danger de grandes guerres qui s’annoncent et qui peuvent tout chambarder.