Chagos : victoire diplomatique historique

L'adoption jeudi de la résolution autorisant Maurice à demander un avis consultatif de la Cour internationale de Justice concernant l’excision de l’archipel des Chagos a constitué indéniablement un succès retentissant de la diplomatie mauricienne à l'échelle internationale. Ceux qui ont suivi en direct le déroulement des travaux à l'Assemblée des Nations unies ne peuvent nier avoir ressenti des frissons parcourir leur corps au moment de la publication des résultats du vote final. Les appréhensions ont rapidement fait la place à un élan de fierté patriotique. La petite île Maurice a encore une fois, après le tribunal d'arbitrage, eu le dessus sur son ancien pouvoir colonial, la Grande-Bretagne.
Pour sir Anerood Jugnauth, la boucle est bouclée et c'est mission accomplie. Cinquante-trois ans après avoir participé à la conférence constitutionnelle où l'excision des Chagos avait été décidée, il avait réussi à obtenir le soutien de la communauté internationale pour compléter le processus de décolonisation de Maurice. Pas moins de 94 pays ont accepté que les discussions bilatérales, dont parlait l'ambassadeur britannique, ne se sont traduites jusqu'ici qu'en des décisions unilatérales, et ce sans tenir en compte l'opinion de Maurice. Le travail abattu par sir Anerood Jugnauth et toute son équipe tant à Maurice qu'à New York a été salué par la majorité des partis politiques. Le MMM devrait livrer ses premiers commentaires aujourd'hui après la réunion spéciale de son bureau politique d'hier.
Le vote de jeudi avait visiblement plusieurs dimensions. En premier lieu, il est profondément réconfortant pour Maurice de constater que tous les pays africains ont, en bloc, pris l'ownership de l'argument concernant la complétion de la décolonisation de Maurice. De plus, ce processus est intrinsèquement lié à la décolonisation de l'Afrique. Le parrainage de l'Union africaine, représentée par le Congo, et l'intervention de l'Angola en tant que représentant de la SADC ont pesé de tout leur poids dans la balance pour faire que tous les pays africains – sauf le Sénégal, qui était absent – soutiennent la résolution de Maurice. Les pays non alignés, avec en tête l'Inde, avec qui nous entretenons des relations privilégiées, ont dans leur grande majorité soutenu la démarche mauricienne au nom du respect du droit international.
Par ailleurs, les commentaires de la presse internationale, que ce soit en Europe, au Royaume-Uni ou aux États-Unis, indiquent que les pays européens ont, à travers leur abstention massive, envoyé un signal incroyablement fort et clair à la Grande-Bretagne, qui a enclenché le Brexit de l'Union européenne. Ils ont voulu ramener la Blonde Albion à sa juste proportion. Les titres de la presse sont éloquents, à l'instar de celui du journal britannique The Independent hier après-midi : « Chagos Islands: Mauritius sovereignty dispute reveals Brexit Britain's loss of global influence ».
En fait, le vote de l'ONU est interprété comme un échec de la diplomatie britannique. Pour Maurice, il ne s'agit pas désormais de dormir sur nos lauriers. Le pays a remporté une autre bataille contre le Royaume-Uni, mais la lutte pour notre droit de souveraineté sur les Chagos est loin d'être achevée.
Sur le plan local, après deux semaines consacrées aux débats et à l'examen des dotations budgétaires, les regards sont maintenant tournés vers le Privy Council. Et ce après que la Cour suprême ait approuvé la demande du DPP de recourir au conseil privé de la reine concernant le jugement prononcé dans l'affaire MedPoint. Cette décision place à l'évidence une épée de Damoclès sur la tête de Pravind Jugnauth.
De son côté, le leader du Reform Party, Roshi Bhadain, continue d'entretenir le suspense autour de sa démission du parlement, qui devrait intervenir dans le courant de la semaine prochaine. Mais déjà les spéculations autour des différentes configurations qui s'affronteraient lors d'une éventuelle élection partielle dans la circonscription No 18 s'intensifient. D'autre part, le forcing d'Alan Ganoo pour faire introduire le kreol à l'Assemblée nationale mérite d'être signalé. Il a réussi à prononcer une tranche de son discours sur le budget en kreol avant d'être rappelé à l'ordre et est revenu à la charge sur le sujet à l'ajournement mardi. Il serait intéressant de voir comment la partie en créole de son discours est retranscrite dans le Hansard. Pourquoi ne pas instituer un Select Committee pour passer en revue toute la question, d'autant que l'actuel Premier ministre ne s'est pas prononcé contre l'utilisation du créole au parlement  ? Pour terminer, souhaitons un Eid Mubarak à tous les Mauriciens de foi musulmane.