Le chantage au certificat

Il faut commencer à se faire à cette immuable idée que tout a un prix. A commencer pour le contribuable. Ceux qui s’acquittent obligatoirement de l’impôt doivent réaliser qu’à chaque fois qu’ils ont le sentiment d’obtenir une faveur ici, ils casquent bien plus là-bas. Et les partis et les alliances qui construisent leur campagne électorale sur des promesses mirobolantes juste pour remporter le scrutin doivent se rendre à l’évidence  cette pratique à courte vue ne rend aucun service à la population et qu’elle heurte le pays, nuit à ses comptes nationaux, freine son développement et, pis, provoque l’accroissement de la misère.
Le dernier gouvernement qui avait remporté une majorité de plus de trois quarts sans avoir promis de donner quelque chose de gratuit, sans donner de bribe électoral était celui constitué par l’alliance MSM/MMM en 2000. Le programme se résumait dans un slogan simple, parlant et très fédérateur : « A nou redress nou pei », pays qui s’était dévoyé sous cinq ans de règne de Navin Ramgoolam. Ce dernier a vite fait de renouer avec la pratique des promesses électorales. En 1976, voyant le pouvoir lui échapper, SSR alla à la télévision annoncer la gratuité de l’éducation pour tous. Le fils annonça, lui, le transport gratuit, à un meeting électoral à Quatre-Bornes en 2005.
Ces bribes avaient influencé le vote. C’était gagné, oui, mais après? L’éducation gratuite universelle qui existe depuis quarante ans a eu ses bons comme ses mauvais effets. Elle a permis à ceux qui ne pouvaient se le permettre de compléter leur cursus secondaire, mais elle a aussi eu ses côtés pervers. Elle a provoqué une dégradation de la qualité de l’éducation en général qui a été compensée par une extension de l’industrie des cours particuliers que pouvaient seuls payer les parents aisés. Un genre de retour à la case départ qu’avait bien résumé l’excellente Vidula Nababsing dans un rapport intitulé « The private cost of education » au début des années 1980.
Ce n’est guère mieux dans le cas du transport gratuit pour tous qui est devenu une véritable nuisance. Le milliard de roupies que pompe annuellement des fonds publics cette annonce frivole, ce sont ceux qui croient avoir obtenu un gros cadeau qui le paient. On ne le répétera jamais assez. Ce sont les 25 roupies supplémentaires de taxes prélevées sur chaque litre de carburant que paient le propriétaire de la petite mobylette comme celui de la Porsche dernier cri qui financent ce transport gratuit.
Mais le transport gratuit n’est pas qu’un gouffre financier, il est devenu un inconvénient majeur pour la circulation. Ce qui a aussi son prix. Pour en prendre la mesure, il faut aller autour des écoles voir ces autobus qui attendent les collégiens devant la porte même de leurs établissements comme s’ils étaient en maternelle . Comme si les filles du collège de Lorette de Quatre Bornes ne pouvaient pas faire quelques pas, jusqu’à la gare pour prendre leur autobus. Il n’y qu’à demander aux riverains, les résidents des alentours du Rosaire, ce qu’ils pensent de tout cela surtout les jours où il y a, par exemple, des funérailles. Même chose ailleurs comme ces établissements du centre de Curepipe qui sont à un jet de pierre de la gare Ian Palach.   
Aujourd’hui, l’éducation connaît une crise. Et elle est en grande partie tributaire des promesses électorales de 2014. C’est comme la pension de retraite universelle qui a été augmentée puis renvoyée devant un comité pour voir comment tailler dans le mammouth coûteux qu’il est devenu. C’est la pension payée à 65 ans, puis la suppression de tout paiement à ceux qui sont encore en emploi. Au milieu des douze mesures visant à appâter l’électorat, il y avait aussi la gratuité des frais d’examens pour tous fièrement annoncée par Lalians Lepep, le 12 octobre 2014, à Vacoas, alors qu’il était auparavant assorti des conditions de ressources parentales. Ce qui était une mesure de justice sociale.
Une fois le peuple embobiné, le gouvernement a commencé à édicter toutes sortes de paramètres avant de l’appliquer. La gratuité de la participation aux examens a d’abord été utilisée pour combattre l’absentéisme. Aujourd’hui, c’est le chantage au certificat. Ou paye ou gayn ou bout papye! C’est honteux. Il faut donner leurs certificats à ses enfants. Ils en ont bien besoin pour leurs démarches. Il y a certainement un moyen de négocier avec les parents, les amener à honorer leurs engagements sans pénaliser leurs enfants. Cette forme de stigmatisation de quelques familles n’est pas acceptable.
Ce pays qui a un taux d’endettement inquiétant, qui a besoin de ressources considérables pour moderniser son infrastructure et éradiquer durablement la pauvreté doit mettre un terme à des politiques populistes légères, qui sonnent bien aux oreilles d’un peuple crédule et naïf, mais qui lui coûtent très cher, en fin de compte. Est-ce que quelqu’un peut nous expliquer le pourquoi du maintien de ce gadget, de ce bribe budgétaire annoncé par Xavier Duval à la veille des municipales de 2012, de cette folie qui consiste à donner des tablettes à tous les collégiens ?  Et de vouloir l’étendre au primaire ? Pourquoi distribuer des tablettes à des enfants qui ont déjà des smartphones dont les prix sont aujourd’hui très abordables? Il n’est pas étonnant que certains s’en amusent, ceux qui ont le bijou dernier cri et qui se moquent de la tablette bas de gamme à Rs 4 000 aux applications restreintes. 
A la veille de la présentation du Budget 2017/2018, le temps est certainement venu pour une réflexion sur la manière dont on dispose de l’argent des contribuables. De voir comment faire davantage et mieux pour ceux qui sont les plus démunis au lieu de jeter l’argent public par la fenêtre. Voilà un vrai programme.