Circulez, c’est une femme

La circonscription N°14 a osé renvoyer la dame Maya Hanoomanjee dans le karo-kann et si l’on suit le raisonnement aussi bancal qu’ahurissant de la ministre qui a pourtant l’importante responsabilité de l’éducation, cette méchante circonscription qui l’a sanctionnée l’aurait fait à cause de son statut de femme.
 C’est ce qu’il nous a été donné de comprendre en entendant Leela Devi Dookun-Luchoomun dire le plus sérieusement du monde que c’est parce qu’elle est une femme que la Speaker a été l’objet d’une motion de blâme et qu’elle est critiquée. Non seulement c’est un peu court comme argument, mais cela nous rappelle étrangement les conférences de presse du samedi du PTr et de certaines organisations socioculturelles vilipendant les médias parce qu’ils avaient osé exposer les avantages indus obtenus par Nandanee Soornack sur la base de sa proximité avec le Premier ministre d’alors.
 Une femme qui a une responsabilité et qui est payée des fonds publics doit autant que les hommes être constamment contrôlée. Où est-ce qu’il est écrit qu’être femme est une protection contre la critique ou la dénonciation ? Appliquer l’égalité, lorsqu’il s’agit des droits, impose aussi celle des devoirs. Ce n’est pas la faute des médias si Lalians Lepep recrute mal et n’importe qui y compris les femmes. Ramasser tout ce qui est jeté ailleurs ne peut jamais être un gage de qualité et de probité. Et c’est ce qu’a fait Lalians Lepep aux dernières élections et qu’elle vient de répéter pour s’assurer une majorité viable à l’Assemblée nationale. Ce qui lui a valu l’épithète peu reluisant de « kamion salté ».
 Les femmes de Lepep ont tout fait pour se distinguer ces deux dernières années. À commencer la présidente de la République. Lorsque c’est la State House qui, en seulement 18 mois, demande en 31 occasions des facilités VIP à l’aéroport pour un investisseur objet d’enquête dans plusieurs pays, femme ou pas, il y a de quoi s’interroger. Lorsque son association avec Sobrinho prend chaque jour l’allure d’une collusion suspecte, il y a de quoi s’indigner.
 Lorsque des gens qui ont arpenté les couloirs du Château du Réduit sont convoqués au CCID pour des faits de faux et d’usurpation frauduleuse du vocable banque, lorsque le fonctionnaire qui a accompagné Ameenah Gurib-Fakim dans ses déplacements roule pour l’Angolais et qu’il en devient même un des employés clés, lorsqu’un investisseur semble ne plus savoir où mettre son argent tellement il en dispose et qu’il achète le foncier à coup de millions et des voitures en série pour lui-même et les copains, il y a au contraire une obligation, une urgence, un devoir sacré de tout étaler sur la place publique. En espérant que, dans un sursaut de dignité, ceux qui ne veulent pas entacher leurs fonctions, décident de ce qu’il y a de plus honorable à faire : se démettre.
 Il y a dame-présidente grande adepte des déplacements et il y a dame-Speaker, frappée un temps par le même virus, dont la photo à une « soirée familiale et privée » dans un des joyaux de l’État, Clarisse House, a été postée sur le site du MSM et que ses filles ont, comme par hasard, obtenu, l’une un poste public et l’autre un contrat de fourniture de biscuits à une compagnie d’État, rien à dire, circulez, c’est une femme.
 Comment ne pas parler de la nièce par alliance de Madame Dookun, Sandhya Boygah, cette bonne sœur qui s’est portée garante de son frérot présumé trafiquant et qui, après avoir récupéré sa patente zougader de l’année dernière, veut maintenant étendre l’ouverture de ses maisons de jeu partout, même si elle rencontre quelques poches de résistance, ici et là. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin si monsieur peut aussi avoir un petit barachois pour nager comme un poisson dans l’eau et faire multiplier ses bambaras ?
 Pour rester au Parlement, il est aussi nécessaire d’évoquer Roubina Jadoo-Jaunbaccus, celle qui a disparu de la circulation depuis que ses fréquentes visites en prison pour voir des trafiquants de drogue déjà condamnés et purgeant de lourdes peines ont été détaillées dans la presse. Ce beau tableau a été complété par l’arrivée de Marie Claire Monty. Et on ne dirait pas qu’elle est une transfuge parce qu’elle est une femme ? Et quoi encore ?
 Entre parlementaires et nominées politiques, il y a l’embarras du choix sur les femmes qui se sont particulièrement distinguées. Vijaya Sumputh nommée à la tête du Cardiac Centre dans les conditions que l’on sait, qui a continué avec ses activités partisanes au quotidien, a été forcée à la démission après les révélations du ministre de la Santé sur les juteuses augmentations qu’elle s’est octroyées avec le coup de pouce de ses copains du parti. Que va-t-on dire dans ce cas-là ? Qu’Anwar Husnoo est anti-femme et c’est ce qui l’a poussé à tout déballer à l’Assemblée nationale ?
 Brinda Thanacody-Soborun, nominée politique à la tête de l’organisme sensible qu’est le Mauritius Examination Syndicate, avait oublié qu’elle se devait de rester loin de la politique. Or, elle a mis son vêtement orange et elle est allée s’asseoir sur l’estrade du MSM à Grand Bois. Faut-il parler du membre du MSM Youshreen Choomka, celle qui s’ennuyait à la présidence de l’Independent Broadcasting Authority et qui a préféré se nommer elle-même directrice ?
 Faut-il rappeler les hauts faits de cette autre recrue politique, Shakilla Jhungeer, qui a démissionné de l’ICAC parce que Lutchmeeparsad Aujayeb prenait trop de gants pour ordonner l’arrestation du DPP et qui a repris son poste parce que son parti, le MSM, le lui a instamment demandé. Et pour couronner le tout, Mary Jane Gayle Yerriah qui, elle aussi, a oublié de dire qu’elle n’était pas qualifiée pour occuper un poste dans cet organisme devenu fantôme, l’Equal Opportunities Commission.
 Il ne suffit pas d’aligner des femmes pour faire le nombre. Il faut montrer qu’elles peuvent être aussi bien sinon mieux que les hommes, ce qu’elles sont censées être. L’alliance Lepep ne nous a sorti que le pendant exécrable de la promotion du genre. Qui veut être à l’abri des critiques.