Climat : la bévue de trop !

Bien que ne reprenant finalement que son slogan de campagne, la fin de son Tweet (« MAKE AMERICA GREAT AGAIN! ») annonçant l’imminence de sa décision concernant l’accord de Paris sur le climat, n’avait laissé aucun doute. C’est chose faite : Donald Trump tiendra sa promesse envers ses électeurs, quitte à renier celle que son pays avait faite au reste du monde. Sa décision aura certes créé une onde de choc planétaire – d’ailleurs aussitôt condamnée, à commencer par une bonne partie des 147 pays ayant déjà ratifié l’accord – mais elle n’aura en soi pas réellement surpris tant le président américain, en à peine quelques mois, aura attisé de polémiques, de son fameux mur à ses décrets migratoires en passant par ses lapsus verbaux, ses attaques maladroites ou ses plaidoyers absurdes dus à un évident manque de connaissances, notamment des Affaires étrangères.
Sur la question climatique, son message était on ne peut plus clair depuis longtemps : le réchauffement planétaire n’existe pas. Et quant à l’immense majorité des scientifiques plaidant pour un arrêt – ou tout au moins la limitation – de l’utilisation d’énergies fossiles, ce ne sont que des imbéciles ! Raison aussi pour laquelle Trump n’avait pas hésité une seconde à donner son feu vert au projet pour le moins controversé d’oléoduc Keystone XL. Après cela, nous aurions été bien naïfs de croire que l’Amérique respecterait ses engagements climatiques.
Cette décision, bien plus encore que toutes les autres ayant mené les Américains à descendre dans les rues, est la pire que pouvait prendre Donald Trump. Et ce pour plusieurs raisons. La première, la plus évidente – et la plus importante en fin de compte –, c’est que si le 2e pays le plus pollueur de la planète ne réduit pas ses émissions carbones, il ralentira de fait forcément le processus mondial visant à restaurer l’équilibre climatique. Sans compter le funeste message que les États-Unis envoient au reste du monde, à savoir que l’accord de Paris peut-être renié à tout instant et par n’importe quel partenaire, signifiant ainsi que la sauvegarde de nos intérêts immédiats prévaut sur celle de l’humanité.
Mais la décision d’abandonner l’accord climatique n’aura pas que des incidences environnementales. Et c’est bien là où celui que certains aiment encore à décrire comme un « génie de la finance » se trompe. Car même sur le plan économique, l’abandon de l’accord aura d’inévitables répercussions, à commencer par les emplois, ceux-là même qu’il entend préserver, à l’instar de ces 65 000 mineurs du secteur du charbon. Car il est un fait indéniable que la dynamique économique américaine a pris depuis quelque temps déjà une orientation nouvelle, le public comme le privé se tournant de plus en plus vers les énergies renouvelables, secteur ayant déjà généré à lui seul plus de 3 millions d’emplois aux États-Unis. De nombreux États américains ont d’ailleurs adopté une politique sans équivoque. On peut ainsi citer la Californie, bien sûr, mais aussi, et ce sera peut-être une surprise pour Trump, le Texas – pourtant leader en matière de production pétrolière aux USA –, et qui investit massivement depuis quelques années déjà dans l’éolien et le solaire. Sans compter l’Iowa, dont 36 % de l’électricité provient de ses parcs éoliens. Et ce ne sont là que quelques exemples.
Par ailleurs, en tournant le dos à Paris sur la question climatique, le milliardaire fait le bonheur de Pékin, pourtant sa principale bête noire depuis sa campagne jusqu’à son installation dans le bureau ovale. Ainsi, anticipant la décision de l’administration Trump, la Chine avait déjà rassuré le monde que, pour sa part, elle ne compte pas revenir sur sa décision concernant sa réduction d’émissions polluantes. Pour preuve, le pays compte investir pas moins de USD 360 milliards dans le renouvelable d’ici les trois prochaines années. Ainsi, tandis que Washington deviendra la risée du monde, Pékin, de son côté, s’affirmera comme le premier acteur mondial de la révolution énergétique. Nouvelle erreur Mr Covfefe !
Et ce n’est pas tout. Car en dehors de toute considération écologique et environnementale, la position américaine constitue également une bévue supplémentaire en termes de politique étrangère. Ainsi, pour l’Europe, les États-Unis ne sont plus « le » partenaire de toutes les décisions, celui qui s’imposait automatiquement lorsqu’une aide était recherchée, que ce soit en matière d’expertise ou financière. Ce qui avait d’ailleurs déjà poussé, avant même l’annonce de Trump, Angela Merkel à affirmer que Bruxelles ne pouvait plus compter sur Washington. Des propos qui, aujourd’hui, ont évidemment encore plus de sens et qui, ailleurs dans le monde, risquent de trouver rapidement écho.
En outre, en jetant aux orties un accord négocié par 195 États, le président américain projette l’image d’un dirigeant n’ayant cure de l’opinion du reste du monde et des promesses faites par son prédécesseur au nom de son pays. Qui plus est, en proposant de renégocier un pseudo-nouvel accord, Trump se pose en véritable despote de l’environnement en prenant la planète en otage. Sauf que, dans les faits, la planète fera sans lui, la communauté internationale n’ayant pas l’intention de se soumettre au diktat américain et de remettre le climat à la table des discussions, d’autant plus que l’accord de Paris aura été arraché aux forceps. Trump voulait être seul, alors qu'il le soit !