Le combat des ONG

A quelques heures de la nouvelle année, on ne sait toujours pas qui sont les membres de la Fondation CSR censée remplacer le comité CSR chargé, lui, de mettre de l’ordre dans le secteur des ONG et surtout contrôler ses finances. Et pourtant cela fait des mois que le ministre des Finances a présenté et fait voter son budget dans lequel il remettait en question le fonctionnement du CSR suite aux “many representations” qu’il avait reçues critiquant la manière dont les fonds du CSR sont utilisés. C’est donc pour satisfaire ces “many representations” dont il n’a pas révélé l’identité des auteurs que le ministre des Finances a décidé que désormais le CSR devrait passer sous le contrôle du ministère de la Sécurité sociale et de la National CSR Foundation qui doit fonctionner le 1er janvier. Si, dans l’absolu, la décision de contrôler le secteur et de doter le CSR de “guidelines” correctes relève d’une bonne initiative, encore aurait-il fallu que l’annonce soit suivie de mesures concrètes. Or rien n’a été mis en place depuis l’annonce du changement à venir, en dehors du fait que les entreprises ont commencé à réduire leurs dons et que, du coup, beaucoup d’ONG se sont retrouvées en difficulté. Avec la baisse des fonds, beaucoup ont été forcées de réduire leurs activités et ont  commencé à licencier leur personnel.
C’est dans cette situation que s’est retrouvée la Mauritius Mental Health Association, qui depuis plus cinquante ans offre une forme de scolarité à des handicapés physiques et mentaux. Dans l’interview accordée à Week End, dimanche dernier, sa présidente résumait la situation. L’association s’occupe de 145 handicapés, emploie 32 personnes et a besoin d’un budget annuel de Rs 5 millions pour fonctionner. Elle reçoit deux grants des ministères de l’éducation et de la Santé qui font presque Rs 3 millions et jusqu’à l’heure avec les dons elle arrivait à trouver les Rs 2 millions manquantes. Mais avec les nouveaux règlements annoncés, l’argent se fait rare, la MMHA s’est retrouvée sans ressources et a décidé de fermer ses portes. Mardi dernier, le ministère de la Santé a réagi à l’interview de la présidente de la MMHA et l’a invitée à une réunion avec son Manager. Au cours de cette réunion, des arrangements ont été trouvés pour que l’association reçoive en avance les grants, ce qui va lui permettre de fonctionner jusqu’au budget. Cette mesure a été étendue à toutes les ONG qui reçoivent des grants de l’éducation et de la Santé. Pourquoi l’éducation a-t-elle attendu la publication de l’interview pour réagir, alors qu’elle est au courant de la situation de la MMHA depuis des mois ? Pourquoi les autorités ont-elles attendu la dernière minute pour répondre aux appels à l’aide et aux cris de détresse des ONG obligées de fermer leurs centres ? Est-ce que pour ceux qui décident, les personnes handicapées physiques ou mentales et tous les bénéficiaires de l’action des ONG n’ont pas les mêmes droits et le même traitement que les autres Mauriciens ?
Bien que le problème de la MMHA soit temporairement réglé, il faut se réjouir qu’une solution ait pu être trouvée. Il faut aussi souhaiter que les ministres des Finances et de la Sécurité sociale veuillent enfin s’occuper de la situation des ONG et faire appel à leur expérience et leur sens du service envers les autres pour mettre au point les nouveaux “guidelines” pour faire fonctionner le CSR et les ONG à la satisfaction générale. Surtout celle des bénéficiaires de leurs services. Le combat des ONG pour pouvoir continuer à faire leur travail continue. La solution temporaire au problème de la MMHA aurait pu être célébrée comme une victoire si elle n’avait pas été entachée par une grossière tentative de récupération. Alors que la présidente de la MMHA n’avait pas fini de rédiger la lettre de l’accord avec le ministère de l’éducation, un syndicaliste s’en est attribué le mérite. Réunissant les parents des enfants fréquentant la MMHA, affolés face à la situation, il leur a fait voter une résolution à main levée pour que les enseignants et les parents reprennent la gestion de l’association à partir de janvier !
Nous savions que les politiciens ont une immense capacité à récupérer l’action des autres, à “déclare piti ki napa pou zot !” Il semblerait que certains syndicalistes n’ont rien à envier à ces politiciens, qu’ils critiquent à longueur de journée. Et que pour faire avancer leur “cause”, ils sont prêts à dire et à faire n’importe quoi. Même à utiliser la souffrance de parents d’enfants handicapés.