Le "coming out" !

Rassurez-vous, ce n’est pas d’orientation sexuelle que nous allons parler. Mais de la première grande sortie publique de celui qui tirait les ficelles derrière les rideaux et qui a fait son coming out cette semaine. Ce que nous savions déjà, c’est ce que ce conseiller de l’ex-PM devenu Mentor, M. Beekhary, n’allait pas se contenter du placard dans lequel, un moment, la nouvelle haute hiérarchie du PMO a voulu l’enfermer. Nominé politique sur le board de la Gambling Regulatory Authority (GRA), ce simple membre, qui a souvent agi comme le maître à bord lors des réunions de la GRA, a été propulsé au-devant de la scène médiatique pour expliquer et défendre le message gouvernemental sur sa nouvelle politique hippique puisque le président en exercice de la GRA, candidat MSM battu aux dernières élections, Me Raouf Gulbul, doit se contenter de se faire le plus petit possible — au lieu de prendre la porte de sortie —, empêtré qu’il est dans les affres de la commission d’enquête sur la drogue.
Dans une émission radiophonique en début de semaine face à un pugnace Jeenarain Soobagrah, ex-président du MTC, ce conne-tout, avec une arrogance digne de ceux qui ont le parapluie du pouvoir, s’est permis de mettre en doute les qualifications et les compétences de différents acteurs du monde hippique mauricien. Évidemment, selon lui, et à part lui sans doute, ils sont peu nombreux ceux qui possèdent les qualifications requises et ceux qui osent le qualifier ainsi que ses semblables de la GRA d’incompétents sont tous pointés du doigt.
Pourtant, c’est bien trois commissaires britanniques de renom international, Parry, Gunn et Scotney, dont nul ne peut contester les qualifications et expérience en matière hippique, qui ont trouvé que « the GRA is ‘not fit for purpose’ and requires a fundamental overhaul with more dynamic leadership, a clear strategic plan to fulfil its wideranging responsibilities under the Act, tactical options for implementing its strategy and, crucially, needs to be properly resourced with experienced and motivated staff. » Et c’est par respect pour nos sources et notre profession que nous tairons tout le mal que pensent ces messieurs de celui à qui ils ont remis le rapport intérimaire Parry. Un rapport qu’il a retenu et pour lequel il a l’outrecuidance de démentir des Britanniques, qui ont dû le supplier pour être rémunérés, dont personne ne peut douter de leur intégrité.
Si c’est ce personnage central du dispositif gouvernemental en matière hippique qui convoque le MTC à la GRA, à chaque fois qu’il n’est pas satisfait — ne dites surtout pas lorsqu’il a perdu aux courses puisque ce monsieur NE JOUE PAS — pour se faire expliquer des déroulements de courses, qui invoque le PMO pour faire pression sur l’organisateur des courses lorsque cela va dans le sens de ses adversaires, et qui se permet de faire la leçon au président de la Fédération internationale des autorités hippiques, Louis Romanet, en lieu et place d’un SAJ d’abord présent puis pris par ses obligations parlementaires, qui va garantir l’intégrité, la transparence et l’équité dans le monde hippique mauricien, c’est comme demander à un alcoolique de veiller sur une bouteille de vin.
Cela dit, tout ce que dit ce monsieur n’est pas faux car les errements qu’il impute au MTC et les conflits d’intérêts dans le monde des courses qu’il cite sont bien réels, puisque nous les avons nous-mêmes dénoncés depuis des années. Pour ce qui est des promesses sur la qualité et les compétences du recrutement au sein de la Horse Racing Division de la GRA, de la volonté de pleinement collaborer avec le MTC sans enfreindre ses prérogatives et son savoir-faire, nous jugerons sur pièce le moment venu. Cela dit, nous continuons à penser qu’une exportation de certaines des prestations à cette excroissance de la GRA, donc de la GRA, perpétuera de fait des conflits d’intérêts puisque cette instance sera toujours sous la mainmise étatique à travers les nominés politiques sur le board qui ont de fait le pouvoir absolu. Seule une Horse Racing Authority totalement indépendante comme celle de la British Horse Racing Authority, où les responsables seront recrutés selon des critères reconnus pour le poste et non selon la couleur du t-shirt qu’ils ont porté le jour des législatives ou le nombres d’affiches qu’ils auront collées pour faire la promotion de leurs favoris, pourra contribuer à donner à nos courses cette "noblesse" tant de fois exprimée.
Il faudrait peut-être dans cette optique donner plus de latitude à la CEO de l’organisme, Mme Ringadoo, qui cherche encore ses marques mais, aux dires des acteurs qui l’ont côtoyée, apprend vite et ne se laisse pas intimider. Un temps désavoué par son conseil d’administration, elle aurait finalement convaincu, malgré une résistance interne soutenue, qu’une sanction soit prise contre le bookmaker Jankee, suspendu pour une quinzaine de jours. L’honneur est sauf, quoique c’est fort peu payé pour un acte qui a mis à mal l’intégrité des courses, mais c’est un petit pas dans la bonne direction, même s’il nous revient que l’intéressé passera outre cette sanction et continuera ses activités. Cela dit, il en faudra bien plus à la CEO pour convaincre de sa capacité de dompter ce monde machiste, habitué aux petites combines, et se défaire de la tutelle de sa hiérarchie animée d’une ingérence et d’une mainmise maladives. En tout cas, la détermination est bien là, comme illustré ce matin même par une demande expresse de prise de sang inopinée de certains chevaux sous l’œil observateur de la Police des Jeux, après que des allégations de dopage ont été dénoncées à la GRA.
Alors que la GRA s’apprête à mettre en place les dispositions des amendements dont certains vont prendre plus de temps pour être opérationnels, le MTC, principale victime dans cette affaire, s’est encore tiré une balle dans le pied depuis le vote du Finance Bill mercredi dernier. À un moment où il aurait dû se doter d’une Union Sacrée pour combattre cette usurpation légalisée par le parlement de certains pouvoirs indispensables pour continuer sa mission de 200 ans et, au lieu de communiquer sur son action et contrer les attaques de maldonne qui lui sont imputées, c’est la division et la guerre des clans qui ont été les maîtres mots. Peu après une conférence de presse courageuse de son président qui a dit ce qu’il fallait dire concernant l’ingérence de la GRA, le MTC a émis un communiqué pour se dissocier de ses dires. Pire, le même soir, l’un de ses administrateurs, coopté et non élu et qui engage le MTC dans une ligne contraire à celle de sa hiérarchie, concède qu’il faut retourner à la table des négociations. Quelles négociations ?
À partir de maintenant, ce sont des instructions qu’il faudra aller chercher, à moins qu’il n'y ait une démarche ferme de contester auprès des instances appropriées ces amendements que le MTC a fort justement qualifié d’atteinte à certaines libertés fondamentales défendues par la Déclaration des droits de l’homme et de notre Constitution. En tout cas, tout ce désordre s’est terminé en eau de boudin à la séance d’explication de mardi dernier et a encore écorné l’image d’un MTC, qui semble avoir perdu le sens de l’orientation. Lui qui venait de se soumettre à un exercice de remise en cause à travers à une redéfinition de sa vision et de sa mission semble groggy par l’uppercut reçu par le Finance Bill et ne sait plus où se trouve le Nord. Il est temps de revenir aux fondamentaux et de mettre en place des structures plus modernes aux aspirations des courses d’aujourd’hui et pourquoi pas think the unthinkable, en transformant le club en une compagnie privée, avec ses membres comme actionnaires majoritaires et des partenaires minoritaires composés d’une compagnie d’État et d’autres stakeholders du monde hippique, comme l’a fait Lottotech, par exemple. Cela enlèvera sans doute cette animosité malsaine qui perdure depuis des décennies entre l’État et le monde hippique qui, en partenaires qui se respectent, sont susceptibles de refaire des courses mauriciennes le sports of the Kings.
Le temps du "coming out" du MTC a peut-être sonné.