Conférences de presse

Ils ont arrêté de cause causer de la situation politique, c'est-à-dire l'exploration des possibilités d'alliances. Ils, ce sont bien entendu les leaders des trois principaux partis politiques engagés, depuis que le MSM a démissionné du gouvernement, dans un intense processus de rencontres. Au départ, ils ont juré qu'ils se rencontraient uniquement pour discuter de la réforme électorale que l'on avait oublié dans un tiroir de l'Hôtel du gouvernement. Le MMM était pour le MSM contre et le PTr pour, sans avoir jamais enclenché les procédures pour la faire adopter. Plusiuers fois de suite, les leaders se sont rencontrés pour discuter de leurs désaccords, sans les régler. Puis, les réunions entre le PTr et le MMM ont pris fin, tandis que celles entre les "frères" retrouvés se maintenaient chez l'un et l'autre leader à tour de rôle. Tout le monde sait que sous couvert d'analyser la situation politique et de préparer la rentrée parlementaire, on évoquait surtout la énième grande réunification de la famille des militants. Si du côté du MSM beaucoup sont prêts à passer sur beaucoup de choses pour retourner au gouvernement le plus vite possible, il n'en est pas de même du côté des militants du MMM. Ils ont gardé un mauvais souvenir de la partielle du No 8, où Pravind se fit élire avec un coup de main des rouges et annoncé que le MSM serait une opposition loyale au gouvernement. L'alliance PTr/MSM conclue dans le dos d'un Bérenger qui s'était fait berner par un Navin Ramgoolam dont il avait mal interprété le "body language" et le comportement du MSM au gouvernement ne rétablissent pas l'image des oranges dans le cœur des mauves. C'est sans doute après avoir mesuré la profondeur de la méfiance de ses militants pour les oranges que Paul Bérenger vient de déclarer que des années lumières séparent le MMM du MSM. Le problème, c'est qu'en politique ces distances-là peuvent être franchies en une fraction de seconde dans le cadre d'une alliance électorale digne et sincère. Ou la constitution d'une winning team

Si Navin Ramgoolam n'a pas situé la distance qui sépare le PTr du MSM, au cours de son interminable conférence de presse d'hier matin, il a bien fait sentir qu'il avait au moins un râtelier contre Pravind Jugnauth. Pendant plus d'une heure, il a essayé de montrer que celui à qui il avait généreusement accordé 18 tickets aux dernières élections en sacrifiant certains de ses fidèles était un traître, un irresponsable — il n'a pas répété poltron et guignol. Tout en dénonçant le fils, Navin Ramgoolam a dit qu'il n'avait rien à reprocher à son président de père en allant jusqu'à lancer que le fameux "l'ICAC pé fané" — déclaré à deux reprises était un propos qui avait été mal rapporté. C'est tout juste si Navin Ramgoolam n'a pas dit que le propos avait été inventé. Dans le même registre — celui du n'importe quoi — le PM a déclaré que son PPS Khamajeet n'avait rien dit de mal. En dépit du fait que le PPS avait reconnu par écrit avoir tenu les propos que des centaines de Mauriciens avaient pu entendre. Affirmer que l'on peut s'arranger pour contourner les règlements de la PSC n'est pas une faute pour cet homme de principe que Navin Ramgoolam prétend être. La faute, c'est le journaliste qui a enregistré le PPS sans lui demander son accord qui l'a commise. Ainsi donc, selon le ministre de l'Intérieur, il faudrait désormais demander à un voleur son accord avant de le prendre la main dans le sac. Il va sans dire que Navin Ramgoolam n'a rien, mais alors strictement rien à faire dans les arrestations de ses opposants. La police est un corps totalement indépendant qui mène ses enquêtes à sa guise, sans aucune ingérence et arrête qui bon lui semble. Ceux qui ne sont pas satisfaits n'ont qu'à aller en Cour pour demander réparation. D'ailleurs, lui-même l'avait fait quand on avait voulu lui voler son poste de leader de l'opposition. C'était la séquence Navin raconte un épisode de son passé. Après plus d'une heure de conversation sur des sujets divers et variés, Navin Ramgoolam a terminé en demandant que l'on tourne la page. Laquelle ?

Pour Pravind Jugnauth, qui tenait aussi conférence de presse hier, il n'était pas question de tourner des pages, mais de les montrer. Dans le cadre des scandales qu'il a promis de révéler à intervalles réguliers, il a donné des détails sur le fameux hedging sur l'essence contracté par la State Trading Corporation, alors sous la tutelle de Rajesh Jeetah, un autre ennemi préféré de Pravind Jugnauth. Le leader du MSM a expliqué comment en seulement quelques heures, l'opération qui a coûté à Maurice des centaines de millions, payées par les consommateurs, a été montée. Le problème de cette révélation de Pravind Jugnauth, et probablement de celles à venir, est que c'est aujourd'hui seulement, après le retrait du MSM de l'Alliance de l'Avenir qu'il vient la rendre public. Ce qui incite à se poser les questions suivantes : si le MSM était resté dans l'Alliance de l'Avenir et au gouvernement, est-ce qu'il aurait rendu public les détails du hedging ? Si Pravind Jugnauth et le MSM étaient scandalisés par le hedging fait en 2009, comment ont-ils pu faire alliance et travailler avec Rajesh Jeetah de juin 2010 à aout 2011 ?
Les politiciens mauriciens pensent que les Mauriciens avalent tout ce qu'ils leur disent. A leur décharge, il faut admettre que les résultats des élections semblent leur donner raison.